Agadez : Les spécificités du Mouloud dans la capitale de l’Aïr et à In’gall

Société
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La fête du Mouloud ou la célébration de la naissance du prophète Mahomed (SAW) à Agadez serait introduite d’après l’historien Adamou Aboubacar par l’Ermite Zakaria. Cette année, les autorités administratives ont célébré aux côtés du Sultan de l’Aïr Oumarou El Hadji Ibrahim Oumarou Ed Dasuki, le Mouloud à l’instar de la Oumma islamique.

Une occasion pour le Sultan de l’Aïr de prier le Tout Puissant Allah, pour la Paix, la quiétude et la stabilité au Niger. Les fidèles rassemblés dans les différentes mosquées d’Agadez ont également saisi l’opportunité offerte pour réitérer une fois de plus des prières pour le repos de l’âme du défunt Sultan Feu El Hadji Ibrahim Oumarou Ed Dasuki.

A Agadez le mouloud est célébré dans neuf mosquées de la ville. Mais, la spécificité du Mouloud réside ailleurs. Ici on commémore si bien la naissance que le baptême du Prophète. Cette fête  se repartie en deux périodes : La première période est dite de Gani. Elle a lieu le 12 Rebi El Aouel du calendrier musulman. Les manifestations sont dirigées par le sultan qui, dans l’après-midi, après la prière de l’El-Açer (16h), et après des prières pieuses, monte à cheval et commence en compagnie de sa cour et de la foule urbaine, une promenade rituelle marquée d’abord par un arrêt dans le kori Azamadarene, au nord-ouest de la ville.

Après cette cérémonie, le cortège fait trois tours d’une colline sur laquelle s’élevait jadis la maison des frères jumeaux qui avaient été tous deux élus sultans et qui avaient gouverné à tour de rôle. La passation de service se faisant chaque vendredi, selon la tradition. On dit qu’ils sont morts également le même vendredi. Ces trois tours terminés, le sultan regagne sa résidence où l’attendent les forgerons qui l’accueillent par des invocations.

Peu après, tandis que les marabouts se rendent à la mosquée pour lire l’Achrania, les forgerons vont au Bango-Maouli à l’est de la ville et y procèdent debout à des prières et récitations qui durent jusqu’à l’aube. Jeunes gens (filles et garçons) leurs tiennent compagnie jusqu’à l’apparition du jour où le chef des griots et les étudiants coraniques qui l’entourent récitent ensemble des louanges et parcourent des écoles coraniques et mosquées en ruines. Au cours de cette même nuit du 12 Rebi El Aouel, des réjouissances ont lieu à Azzel, une bourgade située à 15 kilomètres d’Agadez, où tous les nomades des environs se réunissent pour des chants et des danses.

La deuxième période est celle des cérémonies dites du baptême du prophète. Elles se déroulent 7 jours après le Gani. Mais, dès le sixième jour, les femmes de la ville vont chercher du gravier dans des vans qu’elles déversent dans la mosquée de Zakaria. Ces femmes sont dirigées par un orchestre formé de griots, mais aussi de femmes de Tendekaïna (originaires des quartiers d’Amdit, d’Obitara, de Hasna, de Tafimata). Cet orchestre chante la Tendekaïna et les étudiants coraniques qui l’accompagnent récitent des poèmes spéciaux.

Le septième jour, les festivités débutent par une promenade des étudiants coraniques et du chef des griots guidés par un vieux marabout qui, à l’aide d’un bâton qu’il tient de sa main, leur indique le trajet à suivre et les lieux à visiter.

Dès l’aube, les marabouts s’installent dans la mosquée de tendé (une des mosquées de Zakaria) où ils sont rejoints par le sultan qui viendra écouter la lecture de mouloud d’El Achrania et des Hadiths. Ces récitations ne finissent que vers 3 heures de l’après –midi. Entre temps, vers 10 heures on égorge un mouton offert par le sultan, geste qui évoque le baptême du Prophète.

Au terme de cette lecture, le sultan rejoint sa résidence mais dès la prière de d’El Açer, il revient dans ce quartier d’Amdit, à une place de Tendekaïna, en face de la demeure de Zakaria. Faisant face à l’est sur son cheval, il reçoit les salutations d’une vieille femme, descendante des serviteurs de Zakaria qui se détache de la foule et qui avance  en dansant. Cette cérémonie marque la fin de la fête.

Le lendemain a lieu une cérémonie plus réduite qui consiste à transférer le gravier de la mosquée de Tendé à la demeure du sultan. Ce gravier sur lequel sont assis le sultan, l’Imam et les marabouts, le jour du tendé, est l’objet de haute considération.

Dès la fin de la lecture du tendé, la foule se rue pour se procurer quelques grains. Chacun en avale 7 et repartit les autres dans les divers coins de la maison. Ce sont les restes de graviers qui sont portés par les femmes chez le sultan. Ce transport rituel se fait en 7 voyages au coucher du soleil accompagnés de chansons religieuses et de la musique. Au dernier voyage, la petite foule se rend auprès du Sultan qui essuie avec la main le tambour des porteuses de gravier et se frotte la figure en guise de bénédiction.

Ensuite, c’est au tour des femmes du sultan, de ses enfants et puis de la foule de faire le même geste pour obtenir la bénédiction du sultan.

A In’gall particulièrement le mouloud dure un mois.

A In’gall particulièrement le mouloud est fêté depuis la nuit des temps et symbolise la naissance du prophète Mohamed. Cette fête est célébrée en deux phases chez les Issawaghens. Le 11 du mois lunaire Rabioul Awal ou Almouloud en Tessawak et le baptême une semaine après.

Cette fête s’appelle Almouloud. Les Ingallawas Issawaghens lui accordent tellement d’importance que même les enfants nés courant ce mois se baptisent Maouli pour les garçons et Khadija pour les filles (nom célèbre de la compagne du prophète). Dix jours avant le jour «J» les marabouts organisent des séances de lecture du coran et des éloges du prophète.

Enfin le jour «J»: dès 15 h 30, les vieilles femmes se mettent en place pour Azirey-Zerey signifiant l’arrivée du prophète au monde. Des danses au son des Akanazam, sortes de tambourins et des chants envahissent tout le village. Dans la nuit, le rythme devient plus endiablé car, l’heure de la naissance se fait plus proche.

Aux premières lueurs du jour, l’enfant prodigue naquit. Tout le village éclate de joie: les cœurs apaisés et joyeux, tout le monde rentre à la maison en remerciant le miséricordieux. Une semaine après, tout se remet en place pour le baptême avec beaucoup plus de sérénité.

Abdoulaye Harouna, ANP-ONEP/Agadez