Agriculture urbaine et périurbaine dans les villages de Koné kainé, Bongoula et Karey-gorou :  L’odeur d’une bonne campagne  agricole aux portes de Niamey

Dossier
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L’agriculture urbaine et périurbaine est une activité agricole pratiquée dans les villes ou dans les villages qui se trouvent aux portes des grandes agglomérations. Cette forme d’agriculture prend de plus en plus de l’ampleur dans les villages environnants de la capitale Niamey. En effet, l’agriculture urbaine et périurbaine est pratiquée par des populations vivant soit en zone urbaine ou à proximité et dont le revenu reste faible pour couvrir les besoins alimentaires de la famille. Elles pratiquent par conséquent l’agriculture urbaine pour combler le gap de revenu afin de subvenir aux besoins de la famille. C’est une agriculture de subsistance. Toutefois, il se trouve que cette activité saisonnière est réalisée dans des espaces urbains où la municipalité a déjà procédé à un lotissement et éventuellement à la vente des parcelles. C’est le cas des villages de Koné kainé, Bongoula peulh dans la commune rurale de Karma et Karey-Gorou sur la route de Namaro. Dans ces différents villages, les champs cachent quasiment les maisons construites en général en banco. En outre, dans ces localités que nous avons sillonnées le jeudi 27 Août 2020, la campagne agricole 2020-2021 présage une bonne récolte. Toutes les variétés de cultures qu’on rencontre dans les champs de Koné kainé, Bongoula et Karey-Gorou sont à un stade de développement acceptable. Ainsi, le stade phénologique du mil et du sorgho varie de la montaison à la grenaison en passant par la floraison et l’épiaison. La physionomie de toutes les spéculations est jugée satisfaisante comme en témoigne les producteurs que nous avons rencontrés dans leur champ. Selon Ousmane Abdoulaye, un natif du village de Koné kainé qui a préféré s’approcher de son champ pour pouvoir se donner corps et âme aux travaux champêtres, la campagne agricole augure de bonnes perspectives. ‘’ Au début de la saison, nous avions eu des inquiétudes énormes par rapport à l’installation de la campagne avec trois semis dont les germes ont été littéralement devastés par des vents secs et violents. Il a fallu procéder à un quatrième tour pour voir les semis résister avec l’installation définitive de la saison des pluies’’, a  expliqué le jeune producteur Ousmane. Celui-ci a élu domicile avec deux de ses frères dans leur champ situé à quelques encablures du village de Koné Kainé. Les trois frères prennent de l’air frais sous un arbre ce jeudi 27 Août 2020. Les précipitations tombées il y a juste quelques heures installent un beau temps dont Ousmane et ses frères profitent au maximum avant de reprendre l’exercice physique qu’est le labour. Le repos de ce producteur n’est pas assimilable au fainéantisme. C’est pourquoi, il tente de nous expliquer en ces termes : ‘’Lorsqu’il vient de pleuvoir, la terre devient lourde pour le labour. C’est pourquoi, nous avons décidé de nous reposer aujourd’hui afin d’avoir de l’énergie dès demain pour pouvoir continuer le travail ’’, nous a confié le jeune producteur âgé de 28 ans. Notre interlocuteur du jour cultive, dans ce champ où il vit avec sa femme et ses deux frères, du mil, du sorgho, du haricot et de l’arachide. Il affirme avoir labouré trois champs. ‘’Nous avons débuté le second labour il y a quelques jours seulement. Le mil de ce champ dans lequel nous sommes a été semé en fin juin 2020. Avec l’abondance des pluies cette année, il est au stade de la montaison’,’ a relevé Ousmane Abdoulaye. En effet, la montaison est un stade phénologique qui correspond à la croissance des tiges de mil ou de sorgho, avant l’apparition des épis. Ainsi, c’est avec le sourire aux lèvres qu’Ousmane se dit rassurant par rapport à la conduite de la campagne agricole. Il souhaite récolter beaucoup de bottes de mil et de sorgho.  Ce jeune producteur note d’ailleurs qu’il y a des producteurs dans la zone du village de Koné Kainé dont les cultures sont au stade de l’épiaison. Toutefois, il faut dire que le  développement de ces cultures a été jalonné de plusieurs difficultés notamment les longues périodes de sécheresse. Les perturbations climatiques et l’appauvrissement des sols observés ces dernières années ont convaincu Ousmane de la nécessité d’aller vers une agriculture qui s’adapte au changement climatique. Ce qui l’a poussé à semer dans son champ une variété de mil précoce dont il ignore tout de même le nom. Il précise avoir eu les semences lors d’une distribution gratuite dans le village de Koné Kainé.

‘’ C’est le technicien de l’agriculture qui nous a rassuré que la variété de ce mil s’adapte à la terre que nous cultivons. Selon lui, les producteurs qui se trouvent dans les zones où la saison des pluies tarde à s’installer, doivent comprendre qu’il leur faut des variétés de mil dont le cycle ne dépasse guère 60 à 70 jours maximum’’, a ajouté

Ousmane Abdoulaye.

A Koné Kainé, tout comme à Bongoula Peulh, le développement des cultures agricoles est jugé satisfaisant par les producteurs en raison de l’abondance des pluies qui a caractérisé particulièrement ce mois d’Août. M. Boubacar Harouna est un cultivateur. Leur champ qui dispose d’un titre foncier est contigu au village de Bongoula. Avec ce titre foncier, la famille de Boubacar renforce la propriété privée de leur domaine. Beaucoup de champs sont lotis et vendus à Bongoula. Malgré les précipitations tombées la veille du jeudi 27 Août 2020, le soleil dardait ses rayons. Les producteurs sont pour l’essentiel au champ. C’est le cas de Boubacar et son oncle Souleymane Ousseini que nous avions trouvés en pleine activité champêtre. Ils transpirent partout. L’oncle est venu lui donner un coup de main. La solidarité existe toujours dans nos sociétés même si ces manifestations ne sont pas grandes comme avant.  Visiblement, Boubacar n’a pas terminé le premier labour comme en témoigne la présence des mauvaises herbes dans son champ et la lente croissance du mil. Le développement des cultures dans ce champ reste mitigé. Mais l’essentiel du mil est au stade de montaison. Comparativement à d’autres champs, le mil du champ de Boubacar est moins développé. On remarque une réelle disparité quant à la croissance des cultures. Boubacar tente de nous expliquer. En vérité, ‘’c’est le manque d’engrais ou la fumure organique dans mon champ qui a retardé la croissance du mil et du haricot que je cultive. Mon voisin a les moyens pour se procurer de l’engrais. C’est pourquoi, on est même tenté de dire qu’il a semé avant moi. Je compte acheter de l’engrais dès que j’aurai les moyens. je ferai tout ce qui est possible pour pouvoir acheter ne serait-ce que la fumure organique auprès de ceux qui ont des animaux parce que les pluies sont vraiment abondantes. En tant que paysan, nous n’avons aucune crainte jusque-là.  Et si la tendance des pluies se maintient, nous allons assister à une année où les récoltes seront bonnes’’, a affirmé M. Boubacar Harouma avant de lancer un appel à l’endroit de l’Etat et les structures intervenant  dans le développement du monde rural. ‘’ Nous demandons à l’Etat et ses partenaires de nous venir en aide surtout au niveau des instants agricoles tels que les semences et l’engrais’’,  a ajouté M. Boubacar Harouna.

 

Pour M. Hamadou Hamadou, un producteur du village de Karey-Gorou, la campagne agricole 2020-2021 se passe normalement. ‘’ Le mil est au stade de grenaison. D’ici trois (3) à quatre (4) jours, on peut commencer à manger le nouveau mil.  Ce mil a été semé pendant le mois de Ramadan. ‘’Notre seule inquiétude, c’est les oiseaux granivores qui circulent un peu partout et la chenille mineuse de mil qu’on observe sur les épis de mil. Un autre problème lié à la campagne, c’est cette vague d’inondations qui n’épargnent pas le village de Karey-gorou situé  au bord du fleuve Niger. Je fais partie des victimes d’inondation parce que je vis présentement dans une maison de la grande famille. Ma maison s’est complètement effondrée’’, a confié M. Hamadou Hamadou.

 

Les  contraintes d’une agriculture urbaine et périurbaine

 

En général, les champs se trouvant à proximité des villages sont des champs exploités de génération en génération. Ce qui fait que les sols sont pauvres. Il va falloir pour les propriétaires de ces champs acheter de l’engrais ou de la fumure organique comme fertilisant agricole. A l’époque, les producteurs obtenaient la fumure organique gratuitement chez les voisins ayant des animaux. Mais maintenant, le monde a évolué, les temps ont changé. Il faut tout acheter. Un producteur qui n’a pas de troupeau sera contraint d’acheter de l’engrais chimique ou la fumure organique, faute de quoi les semis de son champ ne se développent plus comme dans un champ où il y a l’engrais ou la fumure organique. C’est le cas d’Ousmane Abdoulaye dont une grande partie du champ n’a pas eu de la fumure organique. ‘’ Certes, l’engrais est disponible à Niamey. Mais, faut-il avoir les moyens financiers pour s’en procurer. Si tu laisses le champ quelques jours pour aller travailler chez quelqu’un afin d’obtenir un peu d’argent pour pouvoir acheter de l’engrais, les mauvaises herbes risquent de prendre le dessus sur les cultures. D’où l’obligation pour nous de continuer le labour sans pour autant mettre de l’engrais. Même la nourriture qu’on nous prépare chaque jour pour amener au champ, c’est grâce à notre grand frère qui est au Ghana. Celui-ci nous envoie de l’argent de façon périodique pour pouvoir rester dans nos champs. Les temps sont durs  ces dernières années parce qu’une année sur deux est déficitaire.

Par ailleurs, l’un des problèmes  majeurs de l’agriculture urbaine et périurbaine réside dans le fait qu’elle se pratique à proximité de la ville ou des villages environnants. Elle est favorable à l’éclosion des moustiques vecteurs du paludisme. Ousmane reconnait que la nuit, il faut forcement dormir sous une moustiquaire pour ne pas piquer le palu. ‘’ Fort heureusement, avec la campagne de distribution gratuite des moustiquaires imprégnées, nous avons eu suffisamment de quoi nous protéger contre cette terrible maladie. Selon la responsable de la case de santé de Koné Kainé, Mme Smaguil Amma Dan-Azimi, on est déjà dans la période du pic du paludisme. Cette période du mois d’Août à septembre. Elle dit recevoir au moins 10 cas de paludisme par jour dont la majorité des patients sont des adultes. ‘’ Nous pensons qu’avec la campagne de distribution gratuite de plus 2000 moustiquaires imprégnées, il y aura moins de patients du palu si les populations font bon usage de celles-ci. En raison de la pandémie à coronavirus, la distribution des moustiquaires a été réalisée de porte à porte pour que chaque ménage ait en fonction de sa taille. Pour la responsable de la case de santé de Koné Kainé, Mme Smaguil Amma Dan-Azimi, il y a une corrélation entre la proximité des champs et le nombre élevé des cas du paludisme. Mme Ousmane Kissa Abdou, responsable de la case de santé de Bongoula peulh partage le même point de vue que sa collègue de Koné Kainé. Elles estiment que les champs, les mares qui entourent le village, les jardins, les latrines mal entretenues et autres endroits insalubres sont des lieux qui favorisent l’éclosion et le développement des moustiques. Ces derniers se propagent après dans tout le village. L’autre contrainte liée à l’agriculture urbaine et périurbaine repose essentiellement sur le saccage des semis par les animaux. Chaque jour, les propriétaires des champs qui sont à proximité du village se plaignent des animaux qui viennent brouter les cultures. Ce qui fait que le rendement agricole de ces champs n’est pas toujours à la hauteur des attentes des différents propriétaires tels que Ousmane (Koné Kainé) ; Boubacar (Bongoula peulh) et Hamadaou Hamadou dit Modibo du village de Karey-Gorou.

 

 

 

Par Hassane Daouda, envoyé spécial(onep)