Cohésion sociale à Ouallam : Un exemple typique de cohabitation harmonieuse entre autochtones, déplacés internes et réfugiés maliens

Société
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Ouallam, la Capitale du Zarmaganda, est une commune urbaine de la région de Tillabéri située à une centaine de kilomètres de Niamey. Après avoir souffert de plusieurs années de sècheresse qui ont conduit à des cycles répétitifs de famines, cette commune accueille depuis dix (10) ans des refugiés maliens et des déplacés internes qui ont été victimes de violences perpétrées par les groupes armés terroriste. Malgré la forte pression qu’exercent ces nouveaux venus sur les infrastructures des services sociaux de base et sur l’approvisionnement en produits alimentaires, la population autochtone les a accueillis fièrement et continue de faire de leur protection un objectif commun.

A la cérémonie d’accueil du Secrétaire général des Nations Unies en visite au Niger, il était difficile de différencier la population locale des déplacés internes et des refugiés maliens, tellement la joie et l’énergie qui se dégageaient du camp des déplacés faisaient oublier la situation sécuritaire qui martyrise la région. Au son des tamtams, joués par des musiciens de la commune urbaine de Ouallam, des femmes déplacées internes se jetèrent sur la piste de danse, esquivant des pas de Biti, cette danse traditionnelle qui ne se pratique plus que dans les villages reculés du Zarmaganda. «Admirez de vous-mêmes, la beauté de ce Biti original que nous amènent les femmes déplacées», s’est exclamé un quinquagénaire qui se tenait debout au milieu des enseignants et de quelques journalistes.

Les déplacés internes, les réfugiés maliens, tout ce beau monde a fusionné avec la population locale pour n’être qu’un. Ici, affirme M. Yacouba Soumana, président-fondateur du Collectif des Jeunes ‘’J’aime Ma Commune’’, le mérite revient aux nombreuses séances de sensibilisation que mènent les jeunes du terroir, soutenus par les autorités locales et la chefferie traditionnelle, pour demander aux populations de la commune urbaine de Ouallam «de prendre soin de ces invités que Dieu nous a envoyés et qui ont traversé des situations traumatisantes». Pour régler les potentiels conflits entre les déplacés, pratiquant majoritairement l’embouche bovine, et les cultivateurs, des sédentaires locaux, les jeunes de la commune arrivent à convaincre ces derniers de ne pas demander réparation en cas de préjudice causé involontairement.

A ces débuts, il y’a trois (3) ans de cela, le Collectif des Jeunes J’aime Ma Commune était formé uniquement de membres de la communauté locale. Sur conseil du chef de bureau de l’UNHCR à Ouallam, l’association a accueilli en son sein 89 réfugiés et déplacés internes. Ce qui a permis de mobiliser des financements pour organiser des activités culturelles en commun, surtout des cérémonies de danse Biti dont raffolent les femmes déplacées internes. «Nous menons ensemble des séances de salubrité dans le camp, dans les marchés, les cimetières et les grandes mosquées. Plus important encore, nous organisons des séances de don de sang et identifions les personnes qui sont des donneurs en cas d’urgence», souligne M. Yacouba Soumana.

Les querelles communautaires se sont donc estompées dans la commune urbaine de Ouallam et sa forte communauté de réfugiés et déplacés internes. Les recherches de solutions ont permis aux jeunes, déplacés et autochtones, d’acquérir jusqu’à un kilomètre de grillage pour sécuriser le passage des animaux vers les points d’eau où ils s’abreuvent. «Nous n’avons aucun problème avec les autorités. C’est la mairie qui nous fournit en matériels aratoires et elles se déplacent sur les lieux de nos activités pour nous encourager. Il en est de même des autorités départementales et de la chefferie traditionnelle», se réjouit le président-fondateur du Collectif des Jeunes J’aime Ma Commune.

Les réfugiés maliens apprécient et s’approprient la convivialité des autochtones

Depuis dix ans aujourd’hui, la région de Tillabéri, en particulier la commune rurale de Ouallam, accueille à bras ouverts ceux qui ont dû quitter leurs maisons et leurs terres pour fuir la violence armée. Si les déplacés internes n’ont jamais douté de l’accueil qui allait leur être réservé par les autochtones, les réfugiés maliens en revanche avaient un léger doute. Pour une de leurs leaders, Mme Aminata Walet Issafeitane, la peur de ces compatriotes était de voir les cycles de sècheresses exacerber les tensions  avec la communauté locale. «Heureusement, se réjouit-elle, les autorités nigériennes nous assurent protection et assistance durant notre asile ici à Ouallam où nous cohabitons pacifiquement avec nos frères et sœurs nigériens».

Ces réfugiés maliens, majoritairement des pasteurs nomades venus de Adranboukar et ses environs, ont vu leurs vies changer avec l’arrivée des groupes armés dans le Nord du Mali. «Nous sommes aujourd’hui contraints de nous transformer en un peuple sédentaire, une vie à laquelle on essaie de s’adapter tant bien que mal, en dépit de la sévère sécheresse et du manque d’eau qui ne nous permettent pas de pratiquer l’agriculture ou les cultures de contre saison. Ce qui aggrave l’insécurité alimentaire que nous subissons tous», indique Mme Aminata Walet Issafeitane. Elle se félicite néanmoins du fait que dans ce contexte d’asile complexe, l’Etat du Niger, à travers la population de Ouallam et les autorités locales les aient accueillis à bras ouverts, mettant à leur disposition des espaces et services sociaux de base qui se trouvent aujourd’hui sous pression.

Avec l’insécurité qui a fini par s’étendre à la zone des trois (3) frontières et la présence des groupes armés  dans le nord du Mali, les réfugiés maliens voient le rêve d’un retour au bercail s’éloigner, au moins dans l’immédiat, alors que de l’autre côté il y’a une forte volonté politique de réinstaller dans leurs villages d’origine, l’ensemble des déplacés internes du Niger. Les Maliens de Ouallam s’attendent même à accueillir prochainement, de nouveaux réfugiés suite à la détérioration de la situation sécuritaire chez eux et à l’amplification des conséquences du changement climatique au Sahel. Ce qui a un impact considérable non seulement sur les populations déplacées, mais aussi la population hôte de la commune urbaine de Ouallam.

Mme Aminata Walet Issafeitane demande que la complexité des crises à travers le monde ne fasse pas oublier les drames qui se jouent au Sahel. D’où son appel pour que le Sahel soit considéré comme une priorité absolue dans les actions humanitaires de la communauté internationale. Grâce aux espaces lotis que la mairie de Ouallam a mis à leur disposition, des partenaires humanitaires ont construit des maisons durables aux réfugiés maliens et aux déplacés internes, en plus de quelques familles autochtones précaires qui ont aussi bénéficié de ce programme. Avec le soutien des autorités communales, locales et coutumières, les efforts se concentrent désormais sur la mise à disposition de plus de terrain pour accroitre les cultures de contre saison et atténuer les effets du changement climatique.

Souleymane Yahaya(onep)(Envoyé Spécial)