Economie rurale dans le département de Say : Des actions salvatrices à double impact en matière de restauration de l’Environnement

Société
Spread the love

Sharing is caring!

 

 

Situé dans la partie sud de la région de Tillabéry, le département de Say est l’une des zones les plus forestières du Niger. C’est dans ce département que se trouve la plus grande partie du parc National de W, faisant partie lui-même du complexe naturel du WAP que se partagent le Bénin, le Burkina Faso et le Niger. Outre le parc W qui couvre 220 000 ha et regorgeant un nombre important d’espèces animales et végétales, le département de Say dispose d’une réserve de 70 000 ha et une forêt protégée de plus de 300.000 ha d’après les statistiques de la Direction départementale de l’Environnement, de la Salubrité urbaine et du développement durable.

Selon le lieutenant-colonel Hama Hassane, Directeur départemental de l’environnement, de la salubrité urbaine et du développement durable, plusieurs activités de protection de l’environnement sont initiées et exécutées dans cette zone de l’Ouest du Niger très riche en ressources forestières pour faire face au problème de dégradation des terres. En effet, à l’instar des autres localités ou départements du Niger, Say n’échappe hélas pas à la menace du dérèglement climatique qui impacte négativement l’écosystème, la faune, la flore et les espaces agricoles et pastoraux. Même si la désertification n’est pas si visible, il y a lieu de reconnaitre que le phénomène se fait de plus en plus sentir par les populations dans le département.

Ainsi, en 2019, les services de l’environnement ont conduit de nombreuses activités de restauration des terres. Il s’agissait essentiellement des travaux de récupération des terres, de reboisement, d’aménagement des forêts et des pêcheries, de la régénération naturelle assistée (RNA) et de la formation destinée à encadrer les communautés dans divers domaines. Selon le lieutenant-colonel Hama Hassane, les actions de récupération des terres ont consisté à la réalisation des demi-lunes sur les terrains de glacis, à la production puis la plantation d’arbres pour le reboisement, l’ensemencement en herbacées des aires de pâturage. «Ces activités de récupération de terres dégradées ont permis de traiter 285 ha par la réalisation des demi-lunes et de faire des regarnis sur plus  de 210ha.  Ces espaces récupérés ont été plantés d’arbres mais aussi ensemencés d’herbes à haute valeur nutritive pour les animaux. La production des plants a permis de produire 147.000 plants qui sont mis à la disposition des communautés», souligne le Directeur départemental de l’Environnement.

Dans les communes de Say, Guelladjo et Tamou, il a été respectivement planté 48.000, 78.250 et 20.000 arbres. Tous les sites récupérés, plantés et ensemencés sont gérés par un comité de gestion local et surveillé par un dispositif de sécurité. Les revenus générés par la vente de la biomasse produite sur les différents sites sont gérés par les communautés. Outre les actions précitées, le département de Say a mis en œuvre le programme de régénération naturelle assistée. Celle-ci a notamment eu lieu dans la commune de Guelladjo portant sur une superficie de 722 hectares. En ce qui concerne l’aménagement des pêcheries, il faut souligner qu’une trentaine d’hectares ont été traités à travers le faucardage autour des mares.

Dans le cadre de l’exécution de leur cahier de charges, les services départementaux de l’environnement ont bénéficié du soutien des partenaires non seulement dans la production, la plantation et l’ensemencement mais aussi dans la rémunération de la main d’œuvre. «Les travaux ont permis de créer beaucoup d’emplois temporaires rémunérés sous forme de cash-for-work pour une enveloppe de 54millions F CFA», confie le lieutenant colonel Hama Hassane.

 

Une campagne en dessous des attentes des producteurs

La campagne agricole dans le département de Say fut marquée par un bon démarrage dans l’ensemble. Mais certaines localités ont été confrontées à une rupture relativement prolongée des pluies en milieu de saison et une inondation vers la fin du mois d’août.  Ce qui a occasionné un  déficit céréalier significatif tant pour les productions vivrières traditionnelles (Mil et sorgho) que pour le riz pluvial (hors aménagement) selon le directeur départemental de l’Agriculture M. Ali Touré Adamou. Il rappelle toutefois que comme d’habitude, l’Etat et les partenaires n’ont pas lésiné sur les moyens pour avoir apporté le soutien nécessaire requis chaque année à la veille du début de l’hivernage. En effet, les semences et les engrais ont été placés à temps et mis à la disposition des producteurs. «Mais à cause des perturbations du cycle normal de culture, le département, qui dispose théoriquement d’environ 100 000 ha cultivables pour le mil et 50.000 autres hectares pour le sorgho, a obtenu ce résultat déficitaire par rapport à l’année dernière», explique le Directeur départemental de l’Agriculture. A titre d’exemple, M. Ali Touré a indiqué que les inondations intervenues en début septembre 2019 ont à elles seules  causé la perte de 221ha de riz hors aménagement, 107 ha de mil, 69 ha de sorgho et 34,5ha. Au total, c’est 437 ménages qui sont concernés pour un nombre de sinistrés estimés à 3.682 personnes.

 

Quatre aménagements hydro-agricoles en cours de réhabilitation

Traversé par le fleuve, le département de Say dispose de quatre aménagements hydro-agricoles pour une superficie totale de 842 ha. Ces aménagements sont tous situés dans la commune urbaine de Say. Aussi, après plusieurs années d’existence, les périmètres ont connu une phase de difficultés. Les ouvrages ont significativement perdu de leurs capacités avec la vétusté des équipements et les pannes répétitives des pompes hydrauliques et des groupes électrogènes. La production a ainsi baissé du fait de la diminution des eaux obligeant certains producteurs à arrêter leurs activités.

Face à cette situation, des travaux de réhabilitation sont entrepris par l’Etat à travers l’Office National des Aménagements Hydro-agricoles (ONAHA) au niveau de tous les quatre périmètres pour un coût total de plus de 3,7 milliards F CFA. L’objectif étant de reprendre normalement les activités et de booster la production. Les travaux de réhabilitation consistent à remettre en état de service, toutes les composantes des périmètres pour exploiter le maximum de leur potentiel. Il s’agit de rénover totalement les stations de pompage par l’installation de nouvelles pompes et de connecter les sites au réseau  électrique de la NIGELEC sur 11 km avec en prime l’électrification de tous les villages traversés.

Selon le Directeur départemental du Génie rural, M. Gamatié Abdourahamane, cette réhabilitation a concerné également toutes les digues de protection, les canaux et les ouvrages de franchissement. Sur un des sites, une station de drainage a été réalisée pour l’évacuation des excédents d’eaux dus aux pluies. Ces travaux qui auront coûté environ 4 milliards F CFA, permettront aux coopératives des quatre sites d’augmenter leur production.

 

Un potentiel important à exploiter dans le secteur de l’élevage

Du fait des importantes ressources fourragères disponibles, le département de Say est une zone où l’élevage est largement pratiqué par les populations. D’après le directeur départemental de l’élevage M. Moussa Hamidou le département dispose d’un cheptel important estimé à des centaines de milliers de têtes toutes catégories confondues.  En effet, souligne-t-il, Say compte 362.130 têtes de bovins, 189.929 d’ovins, 197.391 de caprins, 13.583 asins et 704 têtes de camelins.

Les animaux sont élevés à travers un élevage essentiellement extensif et transhumants. Mais il existe aussi celui de type intensif pratiqué au niveau familial. Les éleveurs  transhumants de Say ont essentiellement pour  destinations le Bénin, le Burkina Faso et le Togo avec des séjours n’excédant pas plus de quatre à cinq mois. Evoquant la question de la santé animale, M Moussa Hamidou a indiqué que cet aspect est très bien pris en charge. Des campagnes de  vaccination sont régulièrement organisées au profit des éleveurs par l’Etat, les organismes et les ONG partenaires. C’est dans ce cadre  que 58 402 bovins, 85009 ovins et caprins ainsi que 385 camelins ont été vaccins contre certaines maladies. «En outre, avant le départ des animaux pour la transhumance, d’autres campagnes de vaccination spécialisées sont menées et des certificats internationaux de transhumance sont délivrés aux éleveurs. Néanmoins, il y a le risque que les animaux reviennent avec d’autres maladies qui n’existent pas au Niger. Mais les rares cas ont vite été maitrisés généralement» a-t-il rassuré.

Quant aux infrastructures, M. Moussa Hamidou souligne que le département dispose de cliniques vétérinaires publiques et privées qui prodiguent des soins aux demandeurs. Toutefois, le service départemental ne dispose pas d’équipements adéquats a-t-il déploré et s’acquitte de sa mission avec des moyens de fortune. S’agissant de la situation épizootique, il est à noter qu’elle reste globalement calme et aucun cas inquiétant de maladie grave encore moins d’épizootie n’est à signaler actuellement. «Des cas de pasteurellose de petits ruminants, de coccidiose, de dermatose nodulaire ou fièvre aphteuse  sont parfois signalés et très vite maitrisés», précise le directeur départemental de l’Elevage.

Compte tenu de l’importance que revêt la santé animale et l’élevage dans le département, «les techniciens parviennent, malgré l’insuffisance de l’effectif et le manque de moyens, à offrir de la formation ciblée aux éleveurs afin qu’ils puissent détecter précocement les  maladies pour alerter ou traiter au premier degré», conclut M. Moussa Hamidou, directeur départemental de l’élevage de Say.

 

Amélioration significative de l’accès à l’eau potable des populations

Le secteur de l’hydraulique du département de Say a connu une amélioration significative ces dernières années, grâce aux nombreux ouvrages réalisés et/ou réhabilités. Les populations éprouvent moins de difficultés à trouver l’eau potable, contrairement aux années passées. A Say, les ouvrages hydrauliques étaient insuffisants faisant de la question d’accès à l’eau potable, une  préoccupation constante pour les populations. Les efforts de réalisation d’ouvrages sont parfois estompés par la nature du terrain qui est constitué de socle le long du fleuve, où vit la frange la plus importante de la population.

Le Directeur départemental de l’hydraulique a souligné qu’en 2018, en attendant le bilan de 2019, le département a enregistré une hausse de plus de 3% du taux de couverture en eau de consommation. «Le taux d’accès s’est établi à 47,85% pour tout le département et permet de bien espérer l’atteinte de l’objectif de 85% d’accès à l’eau en milieu rural à l’horizon», s’est réjoui M. Abdou Rachid Amadou. En 2018, le département de Say a bénéficié de 35 nouveaux équivalents points d’eau modernes desservant plus de 7000 personnes, de 40 forages réhabilités. Actuellement le département compte 17mini Adductions d’eau potable et 16 postes d’eau autonomes effectivement opérationnels et de nombreux forages à motricité humaine auxquels s’ajoutent les ouvrages en cours de réalisation au titre de l’année 2019. Avec la mise en service de ces ouvrages hydrauliques, le directeur départemental nourrit l’espoir que le taux d’accès à l’eau connaitra une forte progression dans le département.

Dans le domaine de l’hygiène, M. Abdou Rachid Amadou a relevé la construction de nombreuses latrines scolaires et dans les centres de santé. Dans le cadre de la mise en œuvre de la démarche ATPC (Assainissement total piloté par la communauté), les services donnent des formations aux communautés villageoises en hygiène et assainissement. Le projet est actuellement dans sa phase de certification pour 42 villages.

 

Zabeirou Moussa, Envoyé spécial(onep)