Editorial : Du terrorisme djihadiste au ‘’terrorisme communicationnel’’

Edito
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Notre préoccupation du jour est relative aux dérives informationnelles actuelles préjudiciables à la sécurité intérieure du Niger, dérives qui sont devenues monnaie courante depuis que les réseaux sociaux ont pris une place accrue dans la vie des citoyens. Ici même dans ces colonnes, si vous en souvenez-vous, nous avions stigmatisé l’utilisation abusive qui est parfois faite de ces fameux réseaux sociaux, devenus des plateformes d’informations et de désinformations de toutes sortes, qui peuvent mettre à mal la sécurité intérieure des pays africains en général, comme c’est le cas, ces derniers temps.

Aujourd’hui, par la bénédiction de ces plateformes sociales, une caste d’activistes aux motivations douteuses, qui se réfugie sous le label bien commode de ‘’Société civile’’, exerce un véritable terrorisme informationnel sur l’opinion publique nationale par la distillation de ‘’fake news’’, ‘’d’informations de cabaret’’, par de montages grossiers et grotesques, afin de créer la psychose dans l’esprit des citoyens. Récemment encore, cette soi-disant Société civile, version africaine, était même à l’honneur au Sommet France/Afrique du 08 octobre dernier, à Montpellier, un véritable camouflet infligé par Paris aux autorités attitrées des Etats africains, dans un format inédit qui n’avait pas manqué, d’ailleurs, de susciter des interrogations sur les desseins futurs de l’ancienne métropole coloniale. Sur quels critères et de qui ces organisations de la Société civile avaient-elles été choisies, ou avaient-elles reçu mandat pour représenter l’Afrique à ce forum, parler en son nom et prendre des engagements en son nom ?

En Afrique et au Niger, il existe des autorités légitimes, élues par leur peuple en toute liberté, et par conséquent, qui sont les seules habilitées à parler et à agir pour le compte de leur pays ! Quand même, un peu de considération et surtout d’élégance de style de la part d’une diplomatie hexagonale qui prône une nouvelle approche des relations franco-africaines, loin de cette vision condescendante développée sur les rives de la Seine depuis que le monde est monde ! La lutte contre le terrorisme dans nos pays passe d’abord par le respect des souverainetés nationales exprimées à travers les urnes, pour élire démocratiquement des hommes et des femmes mandatés pour parler et agir au nom des peuples qui leur ont confié leurs destinées.

D’un côté, l’on ne cesse d’appeler à la démocratisation des Etats africains, mais, de l’autre, insidieusement, sournoisement, l’on ne rechigne point à en saper les nobles efforts faits au quotidien par ces Etats dans l’enracinement de ces

valeurs démocratiques, en sous-traitant avec des structures anonymes qui ne peuvent justifier d’aucune aucune onction populaire, sur des questions régaliennes touchant à l’avenir du continent africain. Aujourd’hui, c’est cette même caste d’activistes qui est à l’œuvre sur les réseaux sociaux pour fabriquer, répandre des fausses informations sur des prétendues présences militaires étrangères sur notre territoire. Mieux, cette caste d’activistes rêve même de déterminer, de dicter la conduite à tenir, en lieu et place des autorités légalement élues. Sa dernière trouvaille a été l’instrumentalisation de l’arrivée de forces de l’Opération Barkhane, à Dosso, afin de renforcer les capacités opérationnelles de nos FDS par le biais de la formation. Il ne s’agissait point de l’installation d’une quelconque base militaire étrangère à Dosso.

L’autre aspect de la question a concerné la diversification des partenaires stratégiques dans la lutte contre cette pandémie terroriste avec cet échange téléphonique entre le Président Mohamed Bazoum et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. De quoi s’agissait-il ? En effet, ces échanges entre les deux hommes d’Etat, à propos des relations de coopération bilatérale nigéro-turque et sur la situation sécuritaire dans le Sahel, comportait des points d’intérêt capital pour notre pays.

En réalité, c’était l’expression d’un pragmatisme pur qu’il fallait voir dans cette démarche du Président Bazoum, sans doute soucieux de trouver les moyens les plus efficaces dans la lutte contre cette guerre asymétrique qui nous est imposée. L’objet des échanges téléphoniques entre les deux Chefs d’Etat avait porté sur l’acquisition d’équipements militaires destinés au renforcement des capacités opérationnelles de nos troupes.

Comme on le voit bien, c’était de tout ce qui suivait plus haut qu’il était plutôt question, mais non de toutes ces fadaises et autres déclarations inopportunes autour d’installation de soi-disant bases militaires étrangères à Dosso. En menant une telle campagne de désinformation qui nous oblige à révéler des accords censés restés top-secrets, cela risque, naturellement, de mettre à rude épreuve la sécurité intérieure du pays, car l’ennemi peut aussi bien profiter de la divulgation de ces informations confidentielles. Partout dans le monde, les accords de défense ne courent pas dans la rue, sauf à Niamey !

Au demeurant, que l’on veuille bien se rendre à l’évidence, dans la lutte contre le terrorisme, il n’y a point de souverainisme qui vaille, car le fléau terroriste n’est pas seulement un fléau à dimension locale, mais bien un péril planétaire auquel le monde entier est exposé. Par conséquent, le combat pour l’éradiquer transcende toujours le cadre étroit d’un Etat, pour embrasser une envergure géostratégique mondiale.

Sur tous les grands théâtres internationaux de lutte contre ce mal du siècle, de l’Afghanistan, en passant par l’Irak, la Syrie, la Libye et au Sahel, ce sont toujours des coalitions des grandes puissances militaires qu’y déploient afin de mener la lutte. Pourquoi le Niger, un des pays les plus meurtris par ce fléau, figurant dans la liste des pays en voie de développement, serait-il cette exception que certains idéalisent, en croyant, naïvement, que nous pouvons y arriver seuls, sans l’aide de nos amis et partenaires stratégiques ? Vision simpliste et surtout meurtrière pour notre pays ! Le terrorisme n’a que faire de telles considérations d’un souverainisme béat et suicidaire.

Le Niger aura plus que besoin de ses amis dans cette lutte contre l’obscurantisme et le fanatisme. Ce ne sont point des déclarations intempestives dénuées de toute légitimité auxquelles il faudrait prêter l’oreille, mais bien, il s’agira de soutenir, en toutes circonstances et en tous lieux, nos autorités politiques souverainement élues ainsi que nos vaillants Forces de Défense et de Sécurité. Toutes autres postures ou interprétations ne sont, en définitive, que démagogie politique ou diversions criminelles. Le Niger contemporain a fait le choix de la rationalité et de vivre dans un monde interdépendant. Que cela soit entendu une fois pour toutes !  

Par Zakari Alzouma Coulibaly(onep)