Editorial : «La solidarité n’existe pas : n’existe qu’une coalition d’égoïsmes. Chacun reste avec les autres pour se sauver soi-même », écrivait le sociologue italien, Francesco Alberoni !

Edito
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Les pays du Sahel, confrontés depuis des années à une insécurité endémique, se rendent à l’évidence, aujourd’hui, que pour lutter efficacement contre ces menaces sécuritaires, il faudra d’abord, avant tout, compter sur leurs propres efforts. En visite de travail et d’amitié au Burkina Faso, le week-end dernier, le Président de la République, Mohamed Bazoum, était allé s’entretenir avec son homologue burkinabé, Rock Marc Christian Kaboré, de l’impérieuse nécessité de mutualiser les forces militaires dans la zone dite ‘’des trois frontières’’, régulièrement victime d’attaques terroristes. Cette initiative fait suite à l’option prise, récemment, par la France de réévaluer sa présence militaire (Opération Barkhane) dans le Sahel. Tirant prétexte du contexte politique malien marqué par le retour du pouvoir kaki et de la montée des sentiments anti-français au sein d’une partie de l’opinion publique du pays du Djoliba, Paris a décidé de revoir sa stratégie militaire dans le Sahel. Cependant, pour certains analystes de la chose militaire, cette décision de l’Hexagone viendrait masquer, en réalité, les difficultés rencontrées par l’armée française, durant ces huit dernières années, dans cette zone, pour vaincre l’hydre terroriste qui endeuille toute cette partie septentrionale du Mali. En dépit de gros moyens militaires et logistiques déployés, à travers, dans un premier temps, l’opération Serval, ensuite Barkhane qui a pris le relais, force est de constater que le Nord Mali est loin d’avoir été pacifié. Ce constat a amené les opinions publiques des pays du Sahel à se poser un certain nombre de questions quant à l’utilité de la présence massive des forces étrangères dans cette partie du pays qui ne fait que s’enfoncer davantage dans l’insécurité endémique. C’est d’ailleurs pour répondre à ces préoccupations que les gouvernements des Etats du Sahel ont décidé, souverainement, de créer une force mixte appelée G5 Sahel, composée du Niger, du Burkina Faso, du Mali, du Tchad et de la Mauritanie. Conscients du fait que seul la mutualisation des forces est le moyen le plus efficace dans cette lutte, ces Etats du Sahel ont multiplié les initiatives diplomatiques auprès de la communauté internationale afin de les aider à rendre opérationnelle cette force armée mixte, car comme vous le savez, ces pays sahéliens comptent parmi les plus pauvres de la planète. Malheureusement, la communauté internationale ne s’est pas véritablement montrée très active dans ce sens, oubliant sans doute que le terrorisme n’est pas l’apanage de ces pays du Sahel qui en paient, aujourd’hui, paradoxalement, le prix fort.

Il nous faudra faire un peu d’histoire pour savoir que le phénomène du terrorisme n’est guère une figure émergente, mais bien un fléau ancien dont on peut retrouver les traces dans l’évolution sociohistorique de l’Occident contemporain. Que l’on songe d’abord aux Brigades Rouges en Italie, aux forces séparatistes basques de l’ETA ou encore Shin Fein en Grande Bretagne, ou enfin, à la bande à Bader en Allemagne, qui préfigurent tous ces mouvements terroristes dans le monde contemporain ! De nos jours, on peut soutenir que le terrorisme est simplement la résultante de la géopolitique du chaos de l’Occident dans les pays du Tiers-monde, aussi bien dans le Golfe où les Américains ont décidé d’exporter ‘’la démocratie’’ en Irak, ou en Afrique, (Egypte, Tunisie, Algérie et en Libye). Aujourd’hui, ce sont, sans aucun doute, ces multiples interventionnismes qui ont totalement déstructuré ces contrées du monde, et qui finalement ont enfanté le terrorisme islamiste tel qu’il constitue, aujourd’hui une menace planétaire qui n’épargne aucun continent, exactement comme la pandémie du Covid-19 !

Comme on le voit, les pays du Sahel paient, aujourd’hui, les inconséquences d’un Occident fauteur de trouble. D’ailleurs, l’ancien Président de la République, Issoufou Mahamadou, visionnaire et inspiré, avait justement prévenu un Occident imprudent contre la destruction du régime de Mouammar Kadhafi sans assurer ce qu’il avait appelé, à l’époque, ‘’ le Service après-vente’’. Par ce concept, l’ancien Président du Niger entendait toute la réorganisation politique, économique et administrative de la Libye de demain, après les années de fer du Guide libyen. Evidemment, ce service après-vente n’a jamais été effectué, car, visiblement, les centres d’intérêt occidentaux étaient ailleurs. Déstabilisée par cette intervention occidentale, la Libye a littéralement explosé et dans son triste sillage, cette chute n’a pas manqué d’avoir de lourdes répercussions sécuritaires sur toute la bande sahélo-saharienne, devenue aujourd’hui un enjeu de préoccupation majeure pour tous les Etats de cette zone.

En se rendant aux pays des hommes intègres, le Président Bazoum, conformément à ses engagements de sécuriser le Niger et son peuple, souhaiterait donner un nouveau souffle à la coopération militaire entre nos Etats qui souffrent en silence de toutes ces menaces terroristes qui désolent nos villes et campagnes dans la région des trois frontières. En plus du cadre multilatéral déjà existant avec le G5 Sahel, il s’agira pour le Président Bazoum de mettre d’avantage l’accent sur une coopération bilatérale plus resserrée susceptible d’être plus efficace dans la lutte contre le terrorisme djihadiste, en centrant les opérations militaires sur des cibles bien précises et en partageant les renseignements de part et d’autre des frontières. Ainsi, ce cadre restreint de coopération aura, sans doute, l’avantage de permettre à nos deux armées de conjuguer leurs actions vers des objectifs communs.  Longue vie donc à cette coopération bilatérale ! 

Par Zakari Alzouma Coulibaly(onep)