Entretien avec Idé Souley, promoteur du projet sur la valorisation et la modernisation de plantes médicinales au Niger : Fâba Fâla : «La connaissance de la toxicologie et de la toxicité des plantes permet de les utiliser sans danger»

Société
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Technicien Supérieur à l’Institut des Radio-Isotopes de l’Université Abdou Moumouni (UAM) de Niamey où il est responsable du Laboratoire C14. M. Idé Souley, est promoteur du projet sur la valorisation et la modernisation de plantes médicinales au Niger: Fâba Fâla. Une curiosité presque innée qui a commencé à prendre forme en 2002 avec la mise au point d’un insecticide primé à Séoul (Corée du Sud). A travers cette activité, M. Idé compte contribuer à l’amélioration de la santé de la population à travers la valorisation de la médecine traditionnelle.

Pouvez-vous nous expliquer comment est née votre nouvelle initiative ?

 

Je suis Technicien Supérieur à l’Institut des Radio-Isotopes (IRI) de l’Université Abdou Moumouni (UAM) de Niamey, responsable du Laboratoire de datation par Carbone 14. Outre cette activité professionnelle, je me suis intéressé à la découverte de la nature et de ses vertus. Depuis 2002, j’ai mis au point un insecticide contre les termites qui a remporté la médaille d’or à Séoul à l’occasion de la Rencontre d’Innovation et d’Invention. J’ai ensuite marqué une pause car il me fallait faire des analyses de toxicologie et de screening pour savoir le principe actif du produit. Mais j’ai mis tout en veilleuse. Il a fallu tout récemment notamment avec la création du Centre Incubateur de l’Université Abdou Moumouni de Niamey, (CIUAM) pour que je me relance avec la recherche sur la naturo-thérapie, c’est-à-dire l’utilisation des plantes médicinales pour traiter certaines maladies. C’est ainsi que j’ai été présélectionné au niveau du CIUAM pour mon projet de valorisation et de modernisation de plantes médicinales au Niger pour être formé pendant près d’un an. Cela m’a permis de faire le point du plan business du projet avec entre autres actions l’étude des marchés, la recherche des plantes, la maitrise du dosage et l’étude de faisabilité qui s’est avérée concluante. C’est ainsi que nous avons nommé notre projet Fâba Fâla.

Pourquoi ce choix de Fâba Fâla ?

Nous avons qu’à l’instar des autres pays d’Afrique, au Niger les médicaments de synthèse occupent une place privilégiée en matière de traitement. Toutefois, leur utilisation n’est pas sans conséquences pour la santé humaine car certains produits contiennent des substances non assimilables par l’organisme, sont donc dangereux. Dans certains cas, ces produits ne font qu’endormir la maladie. Ce qui m’amène à citer la naturopathe français Iréne Grosjean qui déclarait «on se traite pour se rendre malade» car certains produits ne font que calmer ou dissimiler la maladie. Or la nature nous a offert des plantes que nous pouvons utiliser et en tirer profit. Avant l’avènement de la médecine moderne, tout le monde se traitait à partir des plantes, il n’y avait pas les pharmacies modernes ou de synthèses. Nous avons aussi remarqué que tout ce qui manque à cette médecine dite traditionnelle, c’est la maitrise du dosage par certains patriciens. Ce secret s’obtient avec la connaissance de la toxicologie et de la toxicité de la plante. C’est ce qui permet d’utiliser les plantes sans danger. En réalité, la plante ne tue pas, c’est plutôt la non maitrise du dosage qui nuit à la santé. D’un autre coté nous nous sommes intéressés au screening, c’est-à-dire la connaissance du principe actif. En réalité, nos recherches visent l’autonomisation de notre pays par rapport aux médicaments par terre qui restent une menace pour notre santé.

Expliquez nous alors le déclencheur de cette initiative ?

Je dirais que c’est l’esprit d’observation. La science se base sur ce principe et par la grâce de Dieu j’ai fini au laboratoire. Mes premiers travaux étaient sur les insecticides. Ce choix est le fruit d’un constat sur nos anciennes maisons en bancos qui ont des charpentes en branches de bois de Calotropis Procera ou (Pommier de Sodome) localement appelé ‘’tounfafia’’. J’ai remarqué que les termites ou insectes n’attaquent pas de cette plante. C’est ainsi que j’ai utilisé ladite plante pour fabriquer une poudre que je repends partout où je ne voudrais pas que les insectes s’approchent. Et c’est parti comme ça. En ce qui concerne les médicaments c’était une grande mère qui m’a dit un jour de lui chercher une plante en brousse. Elle m’a confié que ladite plante sert à évacuer le sang. Donc, utile aux femmes qui viennent d’accoucher. Lorsque j’ai eu une certaine base de connaissances, je me suis rendu compte que cette plante dilue le caillot du sang. Donc, elle peut être utilisée à d’autres fins comme le traitement de la traumatologie, les infections et l’hypertension.

Concrètement quelle est la nature de vos produits ?

Il ya un produit que j’ai denommé ‘’DiluS’’, fait à partir d’une plante répandue au Niger jusqu’en Inde. On l’utilise pour fabriquer de gélules. DiluS comme le nom l’indique permet de diluer le sang. Ce produit est un anti inflammatoire, il permet de soigner l’hypertension et le diabète (en évacuant le sang). C’est un anti coagulant, très utile après l’accouchement. Je précise qu’une publication indienne m’a beaucoup aidé pour mettre au point ce produit. Il y a ‘’AbDia’’, littéralement abaisse le diabète. C’est le fruit de l’association de deux plantes dont l’une est reconnue pour exciter naturellement le pancréas à fabriquer l’insuline et l’autre est reconnue pour baisser le diabète. C’est un produit qui apporte aussi des nutriments et minéraux pour l’organisme. Le troisième c’est ‘’HemhIrrade’’ ou hémorroïde éradiqué. Il est utilisé pour traiter l’hémorroïde, le ballonnement et la faiblesse sexuelle car souvent l’hémorroïde entraine la faiblesse sexuelle. Le quatrième produit s’appelle ‘’RedCal’’ (thé) ou réduire le calcul. C’est une plante médicinale pour le traitement des calculs rénaux et binaires. Il est aussi efficace dans la lutte contre l’arthrose voire le diabète. À titre préventif, les personnes bien portantes peuvent en prendre de temps en temps. Cette plante est aussi appelée ‘’thé des prêtres’’.

Dites nous la spécificité de votre méthode ?

Notre démarche scientifique consiste à connaitre la plante, son utilité, son ethnobotanique et le dosage. Je pars au marché et je me procure par exemple d’un petit fagot tout en me renseignant sur le mode d’utilisation. Une fois à la maison, je fais le pesage des feuilles car très souvent le principe actif s’accumule dans les feuilles. Je procède ensuite au screening. C’est ainsi qu’on détermine la posologie. Notons que généralement, les revendeurs te disent de faire une infusion et de boire. Or cela ne voudrait rien dire. C’est totalement insuffisant comme consigne.

Avez-vous des partenaires qui vous soutiennent dans ce projet ?

Évidemment, notre premier partenaire, c’est le Centre Incubateur de l’Université Abdou Moumouni de Niamey qui nous forme en divers domaines dont la comptabilité, le markéting et la publicité mais aussi dans la recherche du   financement. Grâce à ce partenariat j’envisage de commander une machine servant à faire les emballages. Dans une perspective de reconnaissance de nos projets, nous comptons nouer de partenariat avec le Ministère de la Santé Publique. À un certain moment ledit Ministère a exprimé sa volonté de booster la médicine traditionnelle. Pour nous, cela renvoie à l’encadrement ou au soutien financier.

Quels sont les obstacles que vous rencontrez dans votre activité et comment comptez-vous les surmonter ?

Le principal défi c’est surtout la réalisation effective de ce Projet. C’est-à-dire l’acquisition de l’autorisation. Une fois acquise elle nous permettra d’exercer pleinement en toute liberté. L’autre aspect, c’est la sensibilisation de la population à propos de la médecine traditionnelle améliorée qui n’est ni du charlatanisme ou du fétichisme. Elle obéit à des règles. A ce niveau, il faut dire que c’est un volet qui a besoin du soutien de l’Etat notamment à travers la formation, l’exonération et la structuration du secteur pour qu’il puisse davantage continuer à apporter son concours en matière de soins.

En termes de perspective, comment envisagez-vous l’avenir de ce Projet ?

Avec la rareté de certaines espèces, j’envisage réaliser un jardin botanique pour pouvoir conserver ces espèces de plantes. Cette action permettra de rendre accessible et disponible les semences et lutter contre la disparation des espèces. Qu’est-ce qui fait disparaitre les plantes ? C’est surtout le fait d’arracher la plante avant qu’elle ne fasse les fruits. Or, ce sont les fruits qui permettent la perpétuation de l’espèce. Avec ce jardin botanique j’espère pouvoir mettre en place une pharmacie à des fins de phytothérapie et naturothérapeute. Cela permettra de créer des emplois aux jeunes qui se joindront à moi.

 

 Mamane Abdoulaye(onep)