Incinération des pneus à Niamey : Une méthode toxique de récupération de fil de fer

Société
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Il n’est pas étonnant de voir des fumées planer dans le ciel de Niamey sans que l’on entende la sirène des pompiers ou une quelconque alarme vers la source, puisqu’en effet, les sinistres d’incendies sont plus rares que les incinérations. Ces dernières ont décidément tendance à devenir une pratique courante, notamment au niveau des périphéries, ravins et décharges. Parmi les matières qui alimentent le feu, les pneus usagés sont les plus concernées du fait que leur incinération est en réalité une activité lucrative qui consiste à extraire et récupérer les fils de fer pour d’autres usages. Dans certaines circonstances le pneu est usagé est même utilisé comme combustible. Cela malheureusement au péril de l’environnement et de la santé des riverains ainsi que des acteurs eux-mêmes, d’autant plus que la fumée pollue dangereusement l’air.

A quelques pas du marché Katako, la partie du principal canal d’évacuation d’eau de la ville Niamey ‘’le Gounti-Yéna’’ transformée en décharge, la fumée nauséabonde des pneus enflammés domine l’atmosphère. En plus d’être polluante, nuisible à la santé publique et à l’environnement, la fumée toxique produite par les pneus brulés émet une odeur insupportable de par sa concentration en carbone et en raison de sa nature particulièrement incommodante pour la respiration humaine. Mais les riverains paraissent sereins, insensibles, insouciants ou plutôt impuissants et vaquent tranquillement à leurs occupations. Personne ne semble inquiet de l’air impropre qu’il respire.

Dans le pire des cas, comme lors de notre passage le long du canal, le sens du vent fait planer la fumée sur la voie, les commerces et ateliers de cette zone du marché de Katako connue sous le nom de Rouba. Des enfants brulent des pneus dans le ravin au vu et au su de tous, en quête de fils de fer qu’ils partent ensuite revendre dans un coin du marché. Ils sont au milieu de la décharge sauvage malgré la chaleur et la fumée qui se dégagent du brasier qu’ils ont allumé. Ces jeunes mettent eux-aussi leur santé en danger, sans le savoir, pour un gain insignifiant.

L’activité est un peu partout pratiquée au niveau des décharges sauvages d’où provient généralement la fumée noire. Et le comble est que ces décharges non conventionnelles sont en plein ville, à côté des grandes voies, des habitations et des commerces. C’est l’exemple du ravin qui est à côté du marché à bétail Tourakou, sur la route de la Francophonie, ainsi que celui du quartier Lazaret. Selon les riverains, l’incinération est beaucoup plus intense au coucher du soleil et très tôt à l’aube.

Le pneu réduit à un tas de fils de fer est vendu au marché à 150FCFA. Issiya et Amadou, deux recycleurs des matières issues de pneus, réticents à parler de leur métier, fabriquent avec les fils de fer récupérés, des plaques circulaires de fourneau domestique. Ils en ont des centaines. La plaque est revendue à 250FCFA. Au niveau de ces recycleurs, les pneus des camions et bus sont traités soigneusement et sans feu, à l’aide de couteau, parce que vraisemblablement leur fil est plus consistant et donc facile à saisir et à retirer. Celui-ci est quant à lui d’utilisation dans les travaux de bâtiment.

Voir autant de fumée noire que produit souvent un seul pneu pour ces miettes, au milieu d’une ville comme Niamey est tout simplement inadmissible. Les autorités doivent prendre leurs responsabilités en main pour mettre un terme à cette activité en pleine zone d’habitation. 

 Ismaël Chékaré(onep)