Capture, préparation, exportation du criquet : Maradi, la plaque tournante

Dossier
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S’il y a un commerce qui a le vent en poupe à Maradi, c’est bien celui des criquets. Cette activité, qui a cours pendant  tous les mois de l’année, draine tout un monde le long de  la chaine, de la capture à la consommation, Maradi faisant partie des plus grands fournisseurs  de ces caélifères  de notre pays.  La vente  des criquets est une activité commerciale comme toute autre. Les marchés de Maradi sont ravitaillés à partir des différentes localités de la région. En effet, ces criquets sont cuits et séchés sur place avant de  les écouler sur le marché.

A l’image de M. Hamissou Lagafa, vendeur grossiste de criquets au grand marché de Maradi, bien d’autres Maradawa ne jurent que par cette activité. « Dès mon bas âge, j’ai vu mes parents exercer ce commerce. Aujourd’hui, cela fait 30 ans que je  vends  des criquets à Maradi. Une activité à travers laquelle je me suis marié et j’entretiens ma famille», a-t-il soutenu. A en croire Hamissou Lagafa, Maradi et Zinder sont les deux plus grandes régions fournisseuses de criquets. « Nous ravitaillons les marchés  de Tahoua, Niamey et bien d’autres comme ceux du Nigéria », a-t-il dit.

Toutefois, il a indiqué qu’ils se méfient des criquets en provenance du Nigéria, du fait qu’il n’y a aucune précaution dans  le conditionnement. « Souvent, nous enseignons à certains producteurs nigérians les techniques de conditionnement et de conservation », soutient-il. Sur les techniques de capture, il a rassuré qu’aucun produit n’est utilisé à cette fin ; seulement, fait-il remarquer, le moment favorable de cette capture est très tôt le matin en période du grand froid où ces criquets ne peuvent pas s’envoler.

Pour ce qui est de la vente des criquets, Hamissou Lagafa précise qu’en période de grande demande, ils arrivent à vendre 50 voire 100 sacs. En ce moment de rareté de cette denrée, et vue la montée en flèche du prix de la mesure (1750 FCFA), il a indiqué que le marché est très fluctuant ; il vend entre 5 et 7 sacs, y compris la vente en détail. Actuellement, le sac se vend entre 58.000 et  60.000 FCFA. La clientèle  est composée  des demi-grossistes qui achètent une grande quantité et les jeunes filles qui se lancent dans les activités génératrices de revenus qui se paient quelques mesures. « Même en cette période où il y a moins d’engouement autour des criquets, nous arrivons à vendre une quantité non négligeable.  Ce qui nous permet d’entretenir nos foyers », a –t-il soutenu.

Pour ce qui est  de la préparation et de la vente sur les étals, ce métier de vente de criquet est exclusivement l’apanage de la junte féminine. Tous les coins et  recoins de Maradi sont envahis par les jeunes filles qui font de cette activité une source de revenus. Au nombre de ces vaillantes femmes, Aicha, une naine qui vit avec sa mère elle-même naine au quartier Toudoun elwada. Chez Aicha, il n’est pas question de croiser les bras et vivre de la mendicité. C’est pourquoi, selon ce qu’elle nous a confié, cela fait plus de cinq (5) ans qu’elle s’est lancée exclusivement dans la vente des criquets grillés sur tous les mois de l’année. De cette activité, elle tire beaucoup de  profits. « Cette activité est très importante pour moi. Je gagne assez d’argent qui me permet d’être indépendante financièrement et souvent  voler au secours des autres », a-t-elle soutenu. Pour ce qui est de son gain, Aicha  refuse d’avancer un chiffre. Toutefois, elle fait remarquer que quand une activité n’est pas rentable, on l’abandonne. «Moi je pratique cette activité commerciale depuis plusieurs années. Si je continue à la pratiquer, cela veut dire que je m’y retrouve, alors j’y reste », a-t-elle dit. A l’endroit de ses sœurs, elle lance un appel aux femmes de ne pas croiser les bras car, estime-elle, dépendre de quelqu’un est toujours une source de frustration.

Chez les consommateurs, deux raisons peuvent expliquer la consommation des criquets grillés. Pour les uns, c’est juste un geste culturel, car les parents et grands parents en ont consommées. Pour les autres avertis, le recours aux criquets est purement nutritionnel car ces insectes contiennent plus de substances dont a besoin l’organisme humain. C’est le cas de Mme Fati, chez qui la consommation des criquets était au départ culturel et, ensuite, pour des besoins nutritifs. «  En tant que native de la région de Maradi où on trouve des criquet en abondance, j’ai commencé à en consommer depuis mon bas âge. En écoutant les nutritionnistes, j’ai pu mesurer toute l’importance de la consommation des criquets car ils contiennent des protéines », a-t-elle soutenu. C’est pourquoi cette dame dit aujourd’hui préférer une bonne assiette de criquets bien frits qu’une table bien garnie de viande. « Nulle part, il n’est dit que les criquets nuisent à la santé. Par contre, la viande rouge provoque comme on le sait la goutte ou accentue le vieillissement des cellules. Pour qui veut ménager sa santé, le choix est clair », a-t-elle conclu.

Des vertus nutritionnelles, le criquet, comme les autres insectes, en a. En effet, il est reconnu que les insectes sont majoritairement constitués de protéines, de tous les acides aminés essentiels et contiennent des fibres alimentaires. Ils sont pauvres en glucides et ne contiennent pas de grande quantité de masse grasse. Enfin, les criquets apportent autant de protéines que l’œuf, le lait ou que la viande des mammifères, d’oiseaux ou de poisson.

Tiémogo Amadou ANP/ ONEP Maradi

22/03/19