Les structures syndicales des agences de pèlerinage reclament la dépolitisation de l’organisation du Hadj au Niger

Dossier
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Chaque année, la traditionnelle organisation du pèlerinage à la Mecque connait quelques péripéties et tiraillements entre certains syndicats des agences de voyage pour le Hadj et la Oumra et le Commissariat à l’organisation du Hadj et de la Oumra (COHO) au Niger. Ce dernier avait été créé par décret n° 2013-050 / PRN/PM du 13 février 2013 à la suite des multiples défaillances constatées dans l’organisation du pèlerinage, à savoir des difficultés de transports, d’hébergements,  d’obtention de visa et des cas d’abus de confiance. Après cinq années de mise en œuvre, le gouvernement a évalué l’institution à travers un audit organisationnel duquel il ressort des insuffisances liées à la répartition et à l’exercice des compétences entre les organes du Commissariat, la collaboration avec les autres acteurs intervenant dans l’organisation du Hadj et de la Oumra et la coordination des opérations du Hadj et de la Oumra.

Pour corriger les insuffisances relevées, le gouvernement a encore mis en place un comité consultatif, un comité de pilotage doté d’un  pouvoir de contrôle et de décision sur le COHO afin de renforcer la collaboration entre les différents organes et acteurs intervenant à travers le comité de pilotage. Ce comité multisectoriel est, selon Elhadj Moumouni Hamadou, responsable de l’agence ‘’Alhilal’’, président de l’Association Nigérienne des Agences pour le Pèlerinage (ANAP) et président de la Fédération Nigérienne pour l’Organisation du Hadj et de la Oumra (FANACHO), composé de trois structures syndicales du patronat dans le domaine, soutenant la mise en place des deux structures intervenant dans la profession. Seulement, il déplore surtout la composition des membres du comité de pilotage. « Je salue la mise en place du comité de pilotage qui prend des décisions que le COHO exécute. Nous sommes 9 syndicats du secteur alors que nous ne sommes représentés que par une seule personne parmi les 11 qui le composent. Les structures syndicales sont mal représentées. Nous devons avoir la moitié des membres siégeant dans ce comité  », a-t-il déploré.

La dotation du Commissariat à l’Organisation du Hadj et de la Oumra (COHO) de ce comité de pilotage avec un pouvoir de contrôle des décisions du commissariat constitue une nuance dans l’organisation du Hadj.

Me Goumour Oumarou, un des plus expérimentés de l’organisation du Hadj au Niger, qui a effectué 32 hadj dans l’espace de 40 ans d’expérience, est aujourd’hui Directeur Général de l’Agence de pèlerinage et de la Oumra les Mikkat et président de l’Union des Agences de Pèlerinage du Niger, une organisation qui regroupe 7 syndicats des Agences de pèlerinage au Niger. Pour lui, il ne doit même pas exister de problèmes dans l’organisation du Hadj au Niger. Il suffit juste de dépolitiser la structure organisationnelle mise en place par le gouvernement à la demande des agences ou bien de trouver une autre solution fiable.

« Je pense que pour éviter tout problème dans l’organisation du Hadj, il faut que le Commissariat à l’Organisation du Hadj et de la Oumra (COHO) soit rattaché au cabinet du Président de la République. Le Hadj constitue le 5ème pilier de l’islam alors que notre pays est à plus de 99% musulman. On doit aussi impliquer les techniciens et les expérimentés du métier », a-t-il proposé avant d’exiger la suppression des points focaux. Ces derniers sont des personnages imposés politiquement au COHO comme des agents temporaires pour servir d’intermédiaires entre le COHO et certaines institutions. « Les points focaux sont des budgétivores et alourdissent l’organisation pour le COHO. Nous, en tant que structures syndicales, nous exigeons la suppression de ces points focaux », a déclaré le président de COSAPEL.

Quant au chef du groupe des agences de pèlerinage ‘’Albayane’’ et membre de l’Union des Agences de Pèlerinage du Niger, Elhadj Moumouni Saidou, il appelle les agences et leurs structures syndicales à la cohésion et à la responsabilité pour bien mener les activités.

Pour lui, le fait d’avoir plusieurs structures syndicales avec plus de 340 agences existant au Niger est un droit mais l’essentiel, c’est d’aller dans le même sens pour l’intérêt de leurs agences et celui des clients. Il devait ensuite ajouter que le COHO doit être autonome pour mener ses activités en suivant son cahier de charge. « La première difficulté dans l’organisation du Hadj constitue le transport. Le Niger n’a pas d’avions pour alléger les tâches aux clients, l’Etat du Niger doit penser à subventionner certaines charges comme dans les autres pays de la sous-région », a-t-il souhaité.

De la fixation des prix du Hadj à la prestation saoudienne

Les fidèles musulmans candidats pour accomplir le 5ème pilier de l’islam connaissent depuis le 1er avril 2019 combien il faut débourser pour se rendre en terre sainte d’Arabie Saoudite. Cette année, le Niger dispose d’un quota de 15 891 pèlerins. Le gouvernement a fixé ce prix à 2 306 000FCFA avec une légère hausse de 30 000FCFA par rapport à l’année dernière.  En ce qui concerne la fixation du prix du Hadj, selon Me Goumour Oumarou, président du COSAPEL, elle ne nécessite pas de réunir tout un comité. Il s’agit juste de constater si les prestations saoudiennes ont connu une hausse ou pas. « Le cas échéant, le prix reste intact. Cette année, les prestations s’élèvent à 518 000FCFA. Si l’année prochaine, elles ne changeront pas, le prix doit rester le même », a-t-il expliqué.

Avec ce prix, l’ensemble des responsables des agences voient qu’ils roulent à perte. Selon eux, les prestations saoudiennes ne prennent pas en compte les couchettes qui s’élèvent à 71.000FCFA et 55.000 FCFA d’augmentation de prestation de service. « Ces frais sont à la charge des agences qui n’ont que 250.000FCFA de prestation. C’est dans ce montant que nous payons les dépenses de nos agences de pèlerinages. Je peux vous dire que nous roulons à perte », a détaillé Elhadj Moumouni Amadou.

Pour trouver des solutions idoines, le président de FANACHO en appelle au comité de pilotage de bien accomplir ses missions et une bonne collaboration de leurs structures avec le COHO. « Nous souhaitons une franche collaboration avec le COHO. Nous n’avons pas d’autres partenaires que ce dernier. Nous sommes obligés de travailler avec lui tout en souhaitant un débat national sur le Hadj regroupant tous les acteurs du Hadj au Niger », a-t-il conclu.

 

Seini Seydou Zakaria(onep)

17/05/19