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M. Venance Konan, Directeur Général du groupe de presse ivoirien ‘’ Fraternité Matin’’ :
«Nous journalistes, nous avons un rôle important à jouer dans la lutte contre le terrorisme»

Le Directeur général du groupe de presse ivoirien «
Fraternité Matin » M. Venance Konan, par ailleurs président du groupement des
Editeurs de Presse Publique en Afrique de l’Ouest (GEPPAO) était en tournée
dans les pays membres du GEPPAO dans la perspective de relancer les activités
de cette organisation. La semaine dernière, il était venu à Niamey pour
rencontrer le Directeur Général de l’Office National d’Edition et de Presse
(ONEP), un organe de presse où travaille un de ses confrères avec lesquels ils
ont créé le Groupement des Editeurs de Presse Publique de l’Afrique de l’Ouest.
Outre la relance des activités du GEPPAO, Venance Konan a profité de cette
occasion pour visiter la rédaction de l’ONEP, discuter avec les jeunes
journalistes sur la nécessité d’échanges d’expérience et de formation et en
même temps évoquer le forum qu’il projette d’organiser à Ouagadougou, au
Burkina Faso au mois de juin prochain. Il revient largement sur toutes ces
questions dans une interview qu’il a bien voulu accorder à notre reporter.

Monsieur le Directeur général, dans quel cadre vous êtes à Niamey ?

Je suis venu à Niamey pour rencontrer mon confrère et
collègue du Journal « Le Sahel » qui est l’un des membres fondateurs du
Groupement des Editeurs de la Presse Publique de l’Afrique de l’Ouest. Entre
temps le Directeur général de l’ONEP, en l’occurrence M. Mahamadou Adamou, qui
avait participé à tous les travaux de GEPPAO, a été remplacé. Donc, ma mission
à Niamey vise essentiellement la relance des activités de notre structure commune.
En effet, les activités de GEPPAO étaient tombées un peu en léthargie du fait
que pratiquement tous les membres fondateurs sont nommés à d’autres fonctions.
Je suis le seul qui est resté en poste. Maintenant que l’essentiel des organes
publics ont à leur tête de nouveaux directeurs, il est tout à fait important
pour moi, en tant que président du Groupement des Editeurs de la Presse
Publique de l’Afrique de l’Ouest, de venir vers mes nouveaux collègues afin de
leur expliquer ce que c’est que le GEPPAO dans la perspective de redynamiser
notre organisation commune.

Le Groupement des Editeurs de la Presse Publique de l’Afrique de l’Ouest évolue dans un espace où l’activité se heurte à plusieurs obstacles qui rendent difficile son développement; comment vous envisagez d’inverser la tendance ?

Si vous le permettez, je commerce par dire que le groupement
des éditeurs de presse publique en Afrique de l’Ouest (GEPPAO) est une
organisation qui a été créée en 2014. Le GEPPAO regroupe les journaux publics
du Sénégal ; du Mali ; du Burkina Faso ; Niger ; de la Côte d’Ivoire; du Bénin
et du Togo. A ces pays de l’Afrique de l’Ouest vient s’ajouter le Maroc qui
n’était pas prévu au départ, mais il a tenu à nous joindre parce qu’il compte
adhérer à la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
En outre, la création de GEPPAO participe déjà d’une volonté d’unir nos efforts
pour aller loin. Il est clair qu’en voulant évoluer seul, on peut arriver, mais
le chemin sera long. Il est donc plus facile de se mettre ensemble en
mutualisant nos efforts à travers des échanges d’expériences pratiques en
journalisme en organisant des sessions de formation. Nous avons compris dès le
départ cet objectif essentiel. Nos Etats ont compris que c’est dans l’intégration
qu’on pourra avancer. C’est la raison pour laquelle nous aussi en tant que
journaux publics voulons emboiter le pas de nos Etats. D’ores et déjà, nous
avons reçu de bonnes choses. A titre illustratif, entre le groupe de presse
ivoirien « Fraternité Matin »,  et celui
du Burkina Faso « SIDWAYA », nous procédons régulièrement à des échanges
d’articles ; des journalistes en formation. Le directeur technique de SIDWAYA
était venu en Côte d’Ivoire et notre directeur financier avait aussi effectué
le déplacement de Ouagadougou pour pouvoir s’inspirer de l’expérience de
SIDWAYA. Nous voulons que ces échanges d’expérience soient élargis à l’ensemble
de notre espace ouest africain.

La région Afrique de l’Ouest est confrontée ces dernières années à des menaces terroristes sans précédent qui sapent même les efforts de développement de nos pays respectifs. A cet effet, vous comptez organiser un forum dédié à la sécurité au mois de juin prochain à Ouagadougou au Burkina Faso, quels sont les objectifs et les résultats attendus à ce forum ?

Je voudrai d’abord préciser que parmi les nombreuses
activités du Groupement des Editeurs de Presse Publique de l’Afrique de l’Ouest
il y a l’organisation de forums. A titre d’exemple, « Fraternité Matin » avait
organisé deux forums à Abidjan. Il était aussi prévu que nous organisions un
forum à Ouagadougou au Burkina Faso sur le terrorisme ; un autre sur
l’immigration à Niamey  et un sur le
franc CFA à Dakar au Sénégal. Cette décision a été prise il y a de cela peut
être trois (3) ans.Il se trouve malheureusement que l’actualité nous confronte
à cette triste réalité du terrorisme.

Le phénomène du terrorisme est un problème qui  est en train de gagner du terrain. Ce n’est
pas un seul pays qui est confronté au terrorisme mais plutôt toute la région
ouest africaine. C’est dire que ce forum tombe à point nommé. Nos amis de
SIDWAYA ont tenu à ce qu’on organise le forum maintenant. Ils ont même pu
obtenir le soutien clair de leur Président S.E ROCH Marc Christian Kaboré qui
m’a d’ailleurs fait l’honneur de me recevoir le vendredi 17 mai 2019. A l’issue
de notre entretien, le Président Kaboré m’a rassuré de sa présence effective à
ce forum. Nous n’avons pas d’autres choix que nous battre tous, chacun avec ses
moyens afin de venir à bout de ce monstre, ce fléau qui est en train de
détruire nos pays. L’objectif est de conscientiser tout le monde sur cette
réalité-là.Les journalistes que nous sommes doivent jouer un rôle extrêmement
important dans la lutte contre le terrorisme. Il y aura à ce forum, beaucoup
d’hommes politiques ; beaucoup de spécialistes des questions de sécurité et des
hommes de medias pour que nous débattions de ce que la synergie d’actions peut
apporter dans cette lutte.

En visitant la rédaction de l’Office National d’Edition et de Presse (ONEP), vous parliez de la nécessité d’échanges d’expérience et de formation des jeunes journalistes par leurs ainés dans l’espace ouest africain afin de converger vers notre destin commun qu’est l’intégration. Expliquez-nous de façon concrète comment vous appréhendez cet objectif essentiel pour la relève et  pour l’existence même de nos rédactions respectives ?

Il faut tout de suite préciser qu’en marge du forum que nous
allons organiser à Ouagadougou, nous tiendrons notre assemblée générale, au
cours de laquelle nous allons voir ensemble toutes les actions à mener. Mais
déjà, ne serait-ce que de façon individuelle ou bilatérale, on doit procéder à
un échange de journalistes. Par exemple, « Le SAHEL » et « FRATERNITE MATIN »
peuvent parfaitement échanger de journalistes. On peut le faire avec SIDWAYA ou
avec le Soleil, etc.En procédant ainsi, on apprend des uns et des autres parce
que personne n’est plus fort que l’autre. Un journal peut avoir un petit point
fort ici et une faiblesse là. Mais nous avons aussi un projet de sessions de
formation, on va faire venir des anciens journalistes pour qu’ils puissent
transmettre à la jeune génération leur savoir. C’est extrêmement important dans
la mesure où la qualité de nos journaux dépend de la qualité des articles qui
sont écrits. C’est dire que tout dépend de la qualité des journalistes qui
écrivent.

La relance des activités de votre organisation passe incontestablement par le transfert de logiciel de pensée entre les journalistes de l’espace ouest africain dans une perspective de l’intégration dans le traitement de l’information, quelle est votre vision sur cet aspect ?

Je suis heureux de constater d’abord qu’il y a un
enthousiasme surtout chez certains de mes collègues. Avant d’arriver à        Niamey, j’étais à Ouagadougou ; Bamako
et à Dakar. Après, Niamey, j’irai à Lomé et à Cotonou. Nos conversations au
téléphone montrent déjà que tout le monde adhère à ce projet. Nous aimerons que
les jeunes journalistes que vous êtes adhérent à ce projet-là. Nous sommes en
fin de carrière et notre lutte est faite pour vous. Nous voulons que lorsque
vous allez prendre la relève, vous puissiez cultiver cette vision
intégrationniste ; cette vision de chercher le meilleur.

Selon vous, quelle peut être la contribution des journalistes de l’espace ouest africain dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent ?

Je ne vais pas anticiper sur les conclusions de notre forum.
Il nous faut réfléchir ensemble ; échanger avec des spécialistes, des
politiques et des communicateurs afin de sortir quelque chose qui sera plus
solide. Souffrez que j’attende la fin du forum avant de pouvoir vous donner de
réponse précise. Mais quoi qu’il en soit, nous devons comprendre que nous
journalistes, hommes de medias, femmes de medias, nous avons un rôle important
à jouer dans la lutte contre le terrorisme. Nous sommes d’ailleurs aux
confluences de cette lutte dans la mesure où nous sommes le relais entre le
pouvoir public et les populations. Nous sommes même amenés à côtoyer ces
terroristes là pour faire notre travail. Il est important qu’on s’asseye pour
voir exactement comment on peut travailler ensemble pour lutter contre ce
fléau.

Vous avez une riche expérience dans le domaine du journalisme que vous avez toujours partagé avec les jeunes journalistes. Vous avez aussi une autre casquette qui est celle de l’écrivain, pouvez-vous nous parlez de ce volet ?

Oui, j’ai ces deux casquettes là à savoir : Journaliste et
Ecrivain. L’un de mes livres a obtenu le grand prix littéraire d’Afrique
Noire.  C’est d’ailleurs un portait
d’Edem Kodjo, ancien Premier ministre du Togo qui a été aussi secrétaire
général de l’organisation de l’Unité Africaine (OUA), devenue aujourd’hui
l’Union Africaine (UA). Il a obtenu ce prix là parce qu’à travers l’histoire
d’Edem Kodjo, c’était aussi l’histoire de nos indépendances que je racontais.
Dans ce livre, il y a aussi le portrait de beaucoup d’hommes tels que Eyadema ;
Félix Houphouët Boigny ; Senghor; Sékou Touré etc. j’étais fier de recevoir ce
prix. Un autre de mes livres intitulé «Caterpillar, Chef de village » a obtenu
le prix Rabelais en 2014. Je continue ma route de petit écrivain tout en
espérant devenir un jour grand écrivain. Ce volet fait partie aussi des
problématiques de notre sous-région. Je sais que  mes livres ne sont pas distribués au Niger et
même au Burkina Faso qui est voisin de la Côte d’Ivoire. C’est malheureux qu’on
soit voisin et qu’un livre édité en Côte d’Ivoire ne puisse pas arriver à Ouagadougou
; à Bamako, etc. Voici des problématiques sur lesquelles nous devons réfléchir.
Je pense que le groupement des éditeurs de presse publique de l’Afrique de
l’Ouest participe de tout cela.

Réalisée par Hassane Daouda (onep)

31/05/19