M. Habi Mahamadou Salissou, ministre de la Communication : « Notre devoir est d’empêcher que le Niger soit le seul pays africain dont l’agence de presse aura disparu»

Invite de sahel dimanche
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L’Agence Nigérienne de Presse (ANP) a été créée en 1987 pour
porter la voix du Niger à l’extérieur. Le Gouvernement entendait, par la même
occasion, compléter le dispositif médiatique national (publications de presse
écrite, radio, télévision, agence de presse et, plus tard, l’organe de
régulation), tout en participant à l’établissement du Nouvel Ordre Mondial de
l’Information et de la Communication (NOMIC) promu par l’UNESCO. Mais, depuis
les années 2000, l’ANP traverse une crise profonde. Le ministre Habi Mahamadou
Salissou explique les raisons de cette crise et envisage des solutions de
sortie.

Monsieur le ministre, à quoi est due la crise que traverse l’ANP ?

Cette crise qui a commencé dans les années 2000 est marquée
notamment par l’assèchement des ressources financières, dû à l’éclosion de
l’internet (qui a favorisé un accès gratuit à l’information), mais aussi à la
baisse drastique des subventions de l’Etat ; le vieillissement du personnel ;
l’obsolescence des équipements techniques ; la modicité du parc logistique.

Monsieur le ministre, l’ANP est devenue le parent pauvre des
médias d’Etat alors qu’en règle générale, une agence de presse nationale est le
premier fournisseur en informations des médias de masse, et aussi le premier
des médias…

C’est tout à fait juste et c’est pourquoi le ministère de la
Communication a déjà engagé des mesures de sauvegarde : amélioration du parc
auto, paiement des salaires des fonctionnaires de l’agence sur le budget de
l’administration de tutelle, lancement d’une étude pour la réhabilitation de
l’ANP.

 Le personnel de l’ANP
y apporte sa contribution, en cotisant par exemple pour payer les factures
d’eau et d’électricité et c’est le lieu de le féliciter pour son sens du
sacrifice et du devoir. Mais ces mesures sont insuffisantes et transitoires,
pour tout dire non durables : le service de l’ANP peut s’arrêter à tout instant
et exposerait notre pays à un grave dysfonctionnement du système médiatique, en
particulier de la communication gouvernementale.

Quels sont les principaux risques encourus  par l’agence et par l’Etat ?

Il y a des risques en effet et le gouvernement en est bien
conscient. Ces risques peuvent se résumer ainsi au développement des fake-news
sur le Niger et ses Institutions, sans possibilité d’y faire face en l’absence
d’un organe crédible de riposte en information internationale ;  à la perte de crédibilité et de cohérence
dans la communication gouvernementale, qui sera « prise en charge » par les
réseaux sociaux ; à l’insuffisance voire absence d’informations des régions
dans les journaux, radios et télévisions , et à la prise de contrôle de notre
information par les agences de presse étrangères.

Comme vous pouvez le constater, ces risques sont réels et
appellent des mesures urgentes,  en vue
de la réhabilitation de l’ANP. L’étude qui y est consacrée préconise des
mesures institutionnelles et financières. Il s’agit, entre autres, de doter
l’ANP d’un nouveau statut, celui d’Etablissement Public à caractère
Administratif (EPA), plus adapté à sa mission et à ses capacités de
mobilisation de ressources propres ; et aussi et surtout, d’inscrire dans le
budget 2020 une subvention exceptionnelle d’investissement.

A quoi exactement va servir cette subvention exceptionnelle ?

Cette subvention est destinée à financer des mesures
d’urgence : recruter et former des agents ; acquérir les équipements techniques
et logistiques adaptés aux besoins actuels des agences de presse, et lui
permettant notamment de créer des produits innovants à même de générer des
ressources ; doter l’ANP de locaux propres, adaptés et suffisants.

Qu’attend le gouvernement d’une ANP réhabilitée ?

Les attentes du gouvernement à cet égard sont importantes.
Il s’agira de disposer d’un instrument efficace pour la distribution à
l’extérieur de sa propre information ; disposer d’un instrument de veille et de
riposte contre les fake-news et les campagnes malveillantes d’information
menées contre le Niger à partir de l’extérieur; mettre à la disposition des
médias publics et privés un fournisseur d’informations régionales écrites et
audiovisuelles ; mettre à la disposition des agences de presse étrangères une
structure crédible pour leur servir de correspondant au Niger, et surtout
contrôler le flux des informations publiées sur le Niger de par le monde.

Monsieur le ministre, votre mot de la fin ?

Lorsque le Gouvernement a créé l’ANP en 1987, il entendait
se doter d’un « outil de souveraineté » en matière d’information et de
communication. Aujourd’hui, cet outil rencontre de nombreuses difficultés,
mettant même en péril son existence. Notre devoir est d’empêcher que le Niger
soit le seul pays africain dont l’agence de presse aura disparu ; notre devoir
est d’empêcher le naufrage de l’ANP, en y injectant les moyens qu’il faut ;
notre devoir est de faire en sorte que, en 2020, l’ANP reprenne sa place au
cœur de l’échiquier médiatique national et joue sa partition dans
l’établissement du Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la
Communication, prôné par l’UNESCO et auquel a souscrit notre pays.

Propos recueillis par Assane Soumana(onep)

31/05/19