Interview du ministre de la Défense nationale : « Le budget de la défense est passé de 38 milliards de CFA au pic de 150 milliards en 2017 », indique le ministre Kalla Moutari

Société
Spread the love

Sharing is caring!

 

Le ministre de la Défense nationale, M. Kalla Moutari, a entrepris, depuis plusieurs mois des visites dans des camps et compagnies militaires de notre pays, qui fait face aux menaces sécuritaires au niveau de ses frontières avec le Mali, le Nigéria et la Libye. Ces menaces, suivies des attaques des assaillants, menacent même Niamey la capitale. Le ministre Kalla Moutari nous décline les buts de ces sorties sur le terrain, les conditions de vie et de travail de nos vaillants soldats, les efforts que l’Etat déploient pour équiper et permettre aux forces armées nationales d’accomplir leur mission de sécurisation du territoire, ainsi que de la présence militaire étrangère dans notre pays.

 

Monsieur le Ministre, depuis novembre dernier, vous avez entrepris une série de visites dans les différents Camps et Compagnies militaires dans plusieurs régions du pays. Qu’est-ce-qui motive ces sorties dans ces lieux ?

Il n’y a rien de plus normal que ces visites de terrain que nous effectuons régulièrement depuis que nous sommes à ce poste. Ces visites de terrain nous ont déjà conduits à Diffa, Tahoua, Tillabéry, Maradi, Zinder, etc. Les dernières que j’avais effectuées à Agadez et à Ouallam, pendant le Ramadan, semblent avoir plus attiré l’attention. Les raisons de ces visites, c’est pour essentiellement s’assurer des conditions de vie et travail de nos hommes sur le terrain, recueillir les problèmes éventuels en vue de les solutionner. Aussi, vous savez que depuis 2016, en  particulier, nous avons opté pour un recrutement massif pour un plus grand maillage du territoire. Donc, de nouveaux bataillons, de nouvelles compagnies et PMR sont créés et installés, la gendarmerie a totalement modifié sa carte. Alors, ce nouveau dispositif a besoin d’être régulièrement évalué avec les opératifs et l’Etat-major. C’est ce que nous faisons aussi à travers ces visites.

Les attaques des assaillants se font, de plus en plus, fréquentes, tant dans la région de Tillabéry, qu’à celle de Diffa et menacent même Niamey, la capitale. Qu’est-ce-qui explique, selon vous, cet état de fait et quelles réponses faut-il y apporter ?

Depuis le déclenchement des opérations, les attaques contre nos pays ont obéi à une logique : Boko Haram se reconstitue et reprend ses activités entre 2 opérations de la FMM. En effet, le temps que nous prenons, entre la fin d’une opération et le début de la prochaine, permet à Boko haram de se reconstituer, de se ravitailler pour sa survie. Depuis, nous avons opté pour des opérations continues.  Ce qui impliquera plus de troupes et plus de moyens. A notre frontière avec le Mali, les attaques ont été plus le fait des opérations partenaires dans les pays voisins. A l’occasion de ces opérations qui ont lieu ailleurs, il y a souvent des infiltrations terroristes chez nous. Vous savez, ce n’est que tout récemment que nous avons sollicité et obtenu que des forces amies partenaires opèrent chez nous. Nous avons enregistré de très bons résultats. Mais disons que la situation sécuritaire dans les pays voisins s’était particulièrement dégradée. Au-delà de tout ce que nous citoyens pourraient s’imaginer. Et tant que nos voisins se porteront mal, nous serons toujours menacés. Niamey, c’est la capitale la plus proche du front. Deux cent (200) kilomètres maximum.  Bamako est à 1.400 km.  Ouagadougou à 500 km. Mais c’est Niamey qui est jusqu’ici la plus protégée. Et nous restons confiant quant à la capacité de nos FDS à protéger notre pays en général et Niamey en particulier. Avec l’agenda africain, nous sommes encore plus sous pression. Les menaces seront encore plus pressantes pour des raisons évidentes. Nous restons sur nos gardes. Nos concitoyens se doivent de prêter mains fortes aux FDS et aux autorités.

De Torodi à Ouallam et Dorbel, en passant par Samira, Bankilaré et Wanzarbé, vous avez visité et échangé avec les soldats et tenu des réunions avec les responsables militaires locaux. Comment avez-vous trouvez le moral des troupes, en dépit de ces multiples attaques ?

Le moral des troupes est excellent malgré les pertes de leurs frères d’armes. C’est aussi çà le soldat. Heureusement. Le moral du soldat tient à son traitement, à son moyen de travail, à son encadrement et à sa famille. Or, sur ce plan, nous avons fait énormément de progrès depuis 2011. Notre budget, pour suivre l’évolution de nos effectifs, les nouvelles installations et les infrastructures qui vont avec, la nécessité d’une plus grande protection du soldat, l’acquisition d’armement, ce budget de la défense dis-je, est passé de 38 milliards de CFA au pic de 150 milliards en 2017. Le seul problème relevé a été ces soldats en mission et maintenus au-delà du délai normal pour des raisons de réorganisation des forces. Sur cette question des solutions trouvées. Il a été question de quelques problèmes de véhicules et de baraquement qui ne sont pas au-dessus de nos moyens.  Les responsables ont même déploré le caractère superflu de certains qu’ils nous avaient fait acquérir à gros frais. C’est pour dire que nos soldats opèrent dans de très bonnes conditions. Mais nous continuerons à les traiter à la mesure du sacrifice qu’ils consentent pour protéger notre pays.

Lors de vos récentes visites à Samira, Bankilaré Wanzarbé et Dorbel, vous avez lancé des messages de fermeté aux soldats et celui d’avertissement aux ennemis du Niger et à leurs complices. Est-ce à dire que le combat contre les assaillants va prendre une autre tournure ?

Oui ! J’avais appelé à la fermeté et à la vigilance. C’était pour faire échos à la frustration suite à nos pertes. J’avais demandé à nos concitoyens de se démarquer des terroristes et des bandits. Sinon, ceux d’entre eux qui flirtent avec nos ennemis seront traités  comme ces derniers.

Opération Saki2, Dogon, Barkhane, force mixte, G5 Sahel, beaucoup d’opérations de sécurisation de notre vaste territoire sont initiées et menées par nos Forces de défense et de sécurité, avec l’appui des forces étrangères, ce qui ne semble pas affaiblir ou décourager les assaillants. Cela fait dire à certains milieux que la présence des bases étrangères, sur notre territoire, est inefficace voire inutile. En tant que ministre de la Défense nationale, que répondez-vous à ces dénonciations de la présence de ces bases militaires étrangères ?

Les attaques contre nos partenaires obéiraient à des motivations idéologiques ou démagogiques. Sinon, qui nierait l’apport de ces forces amies dans la sécurisation de nos territoires. Le terrorisme étant une menace globale dotée des moyens importants, il n’y a pas de doute que la réponse à cette menace se devait d’être globale. Des pays plus nantis que les nôtres ont dû recourir à des coalitions internationales pour se relever des attaques terroristes. Qui oserait imaginer le scenario si la France n’était pas intervenue au Mali pour stopper les colonnes terroristes qui se dirigeaient sur Bamako.  Le Tchad tout récemment. Même le Burkina.  Pourtant, les forces avaient transité par Niamey pour aller au secours de ce pays frère. Qui oserait s’imaginer la déferlante depuis la Libye sans le bouclier que nous avons formé en collaboration avec nos amis Américains ? Ceux qui s’agitent autour de ce « débat » puéril ne sont pas conscients du péril. Nous travaillons à leur donner les informations nécessaires qui leur manqueraient.

Propos recueillis par Mahamadou Diallo(onep)