Interview du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Nigériens à l’extérieur : «Notre présence au conseil de Sécurité des Nations Unies est importante, particulièrement pour le Sahel qui est aujourd’hui envahi par des groupes terroristes » déclare le ministre Kalla Ankouraou.

Invite de sahel dimanche
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A quelques heures  de l’ouverture du sommet de l’Union Africaine que Niamey, la capitale de notre pays abritera du 6 au 8 juillet 2019, votre hebdomadaire Sahel Dimanche, s’est entretenu avec le chef de la diplomatie nigérienne M Kalla Ankouraou. Dans cet entretien, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Nigériens à l’extérieur s’est prononcé  sur les avancées enregistrées par notre pays sur la scène diplomatique  internationale, régionale et sous régionale  sous le leadership du Président Issoufou Mahamadou depuis son accession à la magistrature suprême du Niger en avril 2011. Il s’est aussi exprimé sur l’élection du Niger au conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que sur sa contribution dans la lutte contre le terrorisme.

 

M le ministre, notre pays s’est engagé dans une véritable offensive diplomatique sous la houlette du Président Issoufou Mahamadou. Huit ans après comment pouvez-vous décrire la carte diplomatique du Niger?

 

Ah ! (sourire). Vous savez, en général lorsque le Président  décide de faire  quelque chose, il tient parole. Il voulait d’une diplomatie nigérienne offensive et c’est chose faite. Aujourd’hui la carte diplomatique du Niger a beaucoup évolué depuis huit(8) ans. Je peux vous dire que du point de vue des nouvelles chancelleries au Niger beaucoup de pays notamment européens, africains et asiatiques ont ouvert des ambassades à Niamey avec un personnel diplomatique résident, de nombreux autres vont faire de même cette année.  Il y a quelques années encore, des pays comme le Royaume de Belgique, l’Italie, le Luxembourg, le Danemark, les Pays-Bas n’avaient pas de représentation diplomatique  au Niger. Mais aujourd’hui, ils sont tous là. C’est un aspect important pour nous car, dans le cadre de notre coopération sécuritaire, les pays européens comptent beaucoup. Mais au-delà des pays de l’Union Européenne, nous avons réciproquement ouvert des ambassades  dans les pays du BRICS comme la Turquie, l’Afrique du Sud, l’Inde et bientôt la Russie.  Au plan africain, nous avons ouvert des ambassades au Cameroun, au Sénégal, au Mali et au Tchad. Au Moyen Orient  nous avons maintenant une ambassade aux Emirats Arabes Unis. Actuellement nous sommes en train d’affecter le personnel pour rouvrir notre ambassade au Canada qui était fermée, il y a quelques années et nous allons rouvrir notre ambassade à Moscou, fermée depuis la dislocation de l’Union soviétique. La Russie est un grand pays membre du conseil de sécurité. Nous nous sommes dit qu’il n’est pas normal que nous soyons absents dans ce pays. Comme vous le voyez, nous sommes en train d’ouvrir de nouvelles ambassades et de recevoir d’autres chez nous. Ainsi nous avons ouvert une douzaine de nouvelles ambassades et nous avons noté une dizaine de nouvelles ambassades qui se sont installées dans notre pays durant ces huit dernières années. Voilà donc les modifications intervenues par rapport à la carte diplomatique. Mais vous constaterez qu’il y a un choix délibéré pour les pays du BRICS. Nous en avons fait une priorité. Vous constaterez  également que nous avons amélioré les relations de voisinage. Voilà l’option prise par le Président de la République. On fait tout ce qui concoure au renforcement des relations avec les voisins et les  amis traditionnels mais aussi avec des amis qui montent en puissance et qui sont devenus incontournables dans le concert des Nations.

 

Comme on peut aisément le  constater, la carte diplomatique s’est considérablement élargie.  Qu’est-ce qui explique cette percée sur la scène internationale du Niger ?

D’abord nous mettons la priorité au renforcement des relations avec les voisins. Les échanges l’exigent, notre sécurité l’exige et l’intégration du continent africain l’exige. Nous avons fait le choix d’avoir les relations avec tous les voisins et les étendre à toute l’Afrique et partir à la conquête d’autres partenaires au-delà du continent. Ensuite, nous nous sommes dit, certes nous avons des ambassades à Paris, Bruxelles, New York, Berlin, mais nous ne pouvons pas ne pas être présents  dans les pays du BRICS compte tenu de leur poids dans le monde. Nous sommes en train de chercher à nous installer dans tous les cinq pays du BRICS. Maintenant, nous avons des relations avec tous ces pays excepté le Brésil. Nous sommes à pieds d’œuvre pour établir de relations Diplomatiques avec  ce dernier.   Compte tenu de l’avènement du terrorisme il y a une dizaine d’années en Afrique nous devrons développer nos relations avec des pays  qui se sont résolument engagés dans la lutte contre ce phénomène. Et c’est pourquoi nous avons renforcé  nos relations avec les pays de l’Union européenne. Au Moyen-Orient, notre option est d’avoir également des relations diplomatiques avec la plupart des pays qui comptent dans le concert des Nations. Nous avons des relations avec l’Arabie  Saoudite, le Koweït, le Qatar, l’Iran, mais pas avec les Emirats Arabes Unis qui sont pourtant un acteur majeur dans la lutte contre le terrorisme, un pays incontournable. Et nous avons décidé d’avoir des relations diplomatiques plus renforcées en ouvrant  une ambassade dans ce pays. Très bientôt nous allons nommer l’ambassadeur qui ira à Abu Dhabi. Vous voyez  bien que compte tenu de l’ambition de  notre pays de devenir une Nation qui compte et avec qui il faut compter, une Nation responsable, il fallait être présent dans les pays qui avancent dont nous pouvons d’abord nous inspirer de leurs expériences mais aussi avec lesquels nous pouvons unir nos forces pour peser au sein de l’Organisation des Nations Unies, au sein de l’Assemblée générale, dans toutes les organisations internationales pour solutionner les problèmes auxquels nous faisons face. Nous avons besoin d’alliés. Tout seul nous nous ne pouvons rien entreprendre d’efficace et de durable.  Ça fait combien de temps nous sommes en train de nous battre pour que la force du G5 Sahel soit inscrite sous le chapitre 7. Au début, il y a deux ou trois pays du conseil de sécurité qui nous comprenaient. Mais aujourd’hui, il n’y  a qu’un seul pays qui hésite encore sur cette option.

 

Le Niger est élu membre non permanent du conseil de sécurité des Nations Unies, voudriez-vous bien expliquer aux Nigériens la portée de cette élection ?

Les quinze membres du conseil de sécurité, c’est la cour des Grands. Ils sont responsables des décisions sur la sécurité dans le monde, c’est eux qui sont chargés d’assurer la paix et la sécurité. Or tous les pays du monde veulent la paix et la sécurité. C’est important qu’il y ait des gens qui sachent prendre des décisions et respecter leur engagement et qui ont la côte à travers le monde entier pour être là-bas. Quelque part ça donne plus de crédibilité au conseil de sécurité s’il y a des pays crédibles en son sein. Et puis tout le monde ne peut pas aller. Il y a des pays qui n’ont jamais pu accéder au conseil de sécurité par un vote, qui n’ont jamais eu la majorité requise pour y siéger. Vous voyez notre élection est quelque chose d’extrêmement important. C’est une lourde responsabilité que de faire partie du pré-carré qui décide de la paix et de la sécurité dans le monde. Notre présence au conseil de sécurité des Nations Unies est importante, particulièrement pour le Sahel qui est aujourd’hui envahi par des groupes terroristes. Et dans un tel contexte, c’est important, je le répète, pour nous d’être là où on prend les décisions pour peser et faire prévaloir ses positions sur ces décisions-là afin que nous pussions éradiquer le terrorisme comme ils ont pu le faire en Syrie et en Iraq.  Nous faisons ce que nous pouvons mais il va falloir faire  comprendre au monde, à travers  la diplomatie qu’ici également il faut éradiquer le terrorisme pour l’empêcher de s’exporter ailleurs. Pour nous, il est important qu’il ait une mobilisation mondiale pour combattre les terroristes et en finir une fois pour toutes avec ce phénomène qui empoisonne le monde. Telle est la conviction du Président de la République et le Conseil de Sécurité est une tribune privilégiée pour se faire entendre et comme je l’ai dit tantôt pour peser dans la prise des décisions.

 

Le Niger reçoit l’Afrique en abritant la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement  de l’Union Africaine, comment en est-on arrivé à ce succès diplomatique ?

C’est pourtant facile et simple  à comprendre !  C’est parce que les autorités d’aujourd’hui ont la crédibilité nécessaire. C’est le point principal. Nous avons des amitiés, nous avons la crédibilité et tout le monde nous fait confiance.  Lorsque nous nous prenons la décision de faire quelque chose, les partenaires disent : si c’est le Niger, c’est sûr il respecte ses engagements! Vous avez bien constaté que tout ce qu’on veut avoir, on le réussit. Bientôt on accueille la réunion de l’OCI. Il y’avait d’autres candidats. Pourtant ceux qui décident ont dit : allons au Niger. Au conseil de sécurité, pour le rappeler, il y’avait des candidats, avec peut-être plus d’arguments, mais avec notre diplomatie et la confiance dont nous jouissons,  nous avons pu remporter cette bataille. Le sommet que nous accueillons à partir de demain, cela n’a pas été un gâteau offert à nous sur un plateau. Il a été rudement disputé car, d’autres pays voulaient l’organiser. Mais au finish nous avons, là également, remporté la partie. Je pense que c’est une juste récompense des efforts que le Président déploie  au niveau de l’UA,  sa voix compte. Et puis il faut savoir qu’il a conduit avec beaucoup de tact le processus de l’établissement de la ZLECAf. On veut la lancer et la fêter ici, d’autres pays veulent que ça soit au siège ou dans le pays de la présidence en exercice, d’autres pays veulent exceptionnellement l’avoir parce qu’ils n’ont jamais eu la chance d’organiser un sommet de l’UA. Nous avons tenu bon. Nous allons organiser ce sommet-là à Niamey. C’est une première et comme on dit « à cœur vaillant, rien d’impossible» et nous pensons que nous sommes capables de l’abriter. Inchaa Allah, ce sommet va être une belle fête. Une fois encore, pour me répéter, je dis   que les pays du monde  nous  font confiance et quand je voyage je me rends compte de cela.

 

En tant que chef de la diplomatie nigérienne, quel regard portez-vous sur les efforts déployés par le Niger dans le cadre de l’intégration sous régionale et régionale africaine ?

Les résultats parlent d’eux-mêmes.  Ce n’est même pas à commenter. Vous avez vu beaucoup de chefs d’Etat conduire plusieurs chantiers entrant dans le cadre de l’intégration africaine comme le fait le président Issoufou ? Regardez le chantier de la monnaie unique. Il faut être audacieux pour l’engager.  Ça  fait plus de 30 ans qu’on en parle. Aujourd’hui, on a tellement avancé qu’on connait même le nom de la monnaie. Voyez la ZLECAf, c’était un serpent de mer ! Depuis 1963 on en parle. Mais, quand les Chefs d’Etat lui ont confié ce dossier, en une année il a produit un résultat magnifique. Toute l’Afrique vient lancer la ZLECAf à partir de Niamey. Nous sommes contents de son leadership. Il a pu en si peu de temps mettre le Niger sur orbite. Et il continue. Regardez comment il a récupéré la présidence de la  CEDEAO, comment il a influencé la lutte contre Boko Haram jusqu’à convaincre ses pairs de mettre en commun leurs forces et moyens pour mener la lutte. Ce faisant nous sommes en passe de vaincre l’ennemi. Prenons le cas du G5 Sahel, le Président a convaincu également ses pairs que la priorité a changé de camp parce que le G 5 Sahel a été initialement créé pour le développement de  nos pays. Mais entre-temps la priorité est devenue sécuritaire. Si on n’a pas vaincu le terrorisme, rien, ni personne ne peut se développer. Maintenant, ces pays ont mis en commun leurs moyens et créé la force G5 Sahel qui est en train de réussir lentement mais surement cette mission. Tous ces exemples prouvent si besoin est que notre diplomatie est gagnante partout. Il y a une  embellie et nous devons en être fiers d’être remis sur orbite en ce qui concerne les relations internationales.

 

Réalisé par Zabeirou Moussa(onep)