Amadou Seydou Nourou : «A ACAP-Mourna, nous pensons que le cousinage à plaisanterie est une valeur culturelle positive qu’il faut entretenir et pérenniser»

Invite de sahel dimanche
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Célèbre humoriste nigérien Amadou Seydou Nourou dit ‘‘Nourou Ouallam’’ est aussi, comédien, acteur, compositeur, agent de publicité. Ce comédien hors pair, qui a étudié le droit, se met bien dans la peau de tous personnages dont il veut incarner. Habillement, voix, accents, traits caractéristiques (scarifications, cicatrices, coiffures), aucun détail n’échappe au talentueux et inimitable acteur qu’est Amadou Seydou Nourou. Ainsi, il interprète, à merveille, différents rôles : Bonkano, Noura, Malam Noura, Yéni boy, Dan fulani, André Salifou, Sanoussi Jackou etc. Même les Chefs d’Etats ne sont pas à l’abri du jeu de rôle. Nourou qui joue volontiers le rôle de Baaré, de Mahamane Ousmane, de Mahamadou Issoufou, de Hama Amadou, de Seyni Kountché, etc. Après avoir refusé des interviews à plusieurs médias, qui l’ont sollicité, Amadou Seydou Nourou a, en exclusivité, accepté de répondre humblement et avec beaucoup de sagesse et de philosophie à nos questions.

 

Dites-nous qui est Amadou Seydou Nourou ?

Je m’appelle Amadou Seydou Nourou. Je suis  artiste et chef d’entreprise. Nigérien, 51 ans. Marié à une très belle guinéenne, que j’aime beaucoup et père de 7 adorables enfants (6 filles et 1 garçon).

 

Vous êtes, en même temps : humoriste, comédien, acteur, compositeur, agent de publicité, comment êtes-vous venu à tout cela, en même temps ?

Enfant déjà, il me plaisait de plaisanter, de faire rire les gens en vue de détendre l’atmosphère. Et aussi imiter des personnes qui ont une démarche, un accent ou un accoutrement particulier dans le strict respect de leur personne et leur dignité. Le reste n’est qu’une question d’enchainement. Pour moi, on peut traiter des questions les plus sérieuses dans la détente, le rire. Car vaux mieux faire rire les gens que de les faire pleurer. D’ailleurs, telle est ma devise.

A travers vos prestations, on constate une certaine aisance dans l’inspiration, la création et l’interprétation, d’où vous vient cette aisance, cette assurance ?

Si j’ai une certaine assurance, c’est uniquement par le travail. Je dors peu, juste le strict minimum ; je travaille beaucoup, en observant, en écrivant, en m’exerçant continuellement. J’apprends de tous et de tout. Tout peut être source d’inspiration pour moi. C’est à ce prix que je prétends détendre l’atmosphère. Et si j’y arrive, c’est tant mieux !

Dans les rôles que vous jouez, vous incarnez, à perfection, est-on tenté de dire, des personnages comme : Bonkano, Malam Noura, Yéni Boy, Dan Fulani, Baaré, Hama, Issoufou, Mahamane Ousmane, etc. Est-ce un don ?

Rires ! Un don, peut-être. Dieu merci. En tout cas, je crois avoir un petit talent, comme tout le monde d’ailleurs. Chacun a un talent qu’il peut exploiter pour réaliser de belles choses, si minimes soient elles. J’essaie d’exploiter le mien pour faire œuvre utile.

 

Vos interprétations et vos prestations sont faites avec une facilité déconcertante, dans beaucoup de nos langues et/ou avec leurs accents, comment vous débrouillez-vous pour mettre l’accent sur l’accent, si je puis dire ?

Comme je le disais tantôt, j’observe, j’écoute et je m’exerce. Quant aux langues, je me débrouille dans presque toutes les langues de notre pays. C’est une chance et  un atout. Ne trouvez-vous pas ? Rires

 

Vos admirateurs vous qualifient d’«arme de distraction massive », selon le mot du célèbre comédien franco-magrébin Jamel Debbouze, vous retrouvez-vous dans cette qualification ?

Une arme de distraction massive, je n’ai pas cette prétention. Mais j’aimerais bien. Et je remercie ceux qui voient en moi une arme de distraction massive. En tout cas c’est mieux qu’être une arme de destruction massive. Une arme de distraction massive construit le monde, renforce les liens. Et même la santé, à ce qu’on dit. Une arme de destruction massive, par contre, détruit le monde. Je ne préfère pas en être une.

 

‘‘Si tu m’échappes d’un côté, je te rattrape de l’autre’’

Justement, vous avez su marier le cousinage à plaisanterie à la publicité, la distraction et à la sensibilisation, est-ce un hasard ?

En associant le cousinage à plaisanterie à la publicité, j’essaie de joindre l’utile à l’agréable. Tous les nigériens sont cousins, comme dirait l’autre. Je suis sonrai de par mon père, et peul de par ma mère. Ce qui fait que je suis cousin à tout le monde. Si tu m’échappes d’un côté, je te rattrape de l’autre. A travers le cousinage, on peut se dire tout, sans que cela tourne au vinaigre. Je pense que le cousinage à plaisanterie est une chance pour notre pays. Nous devons cultiver cette valeur culturelle régulatrice pour renforcer la paix et la cohésion dans notre communauté. Et certaines façons de peindre et d’imiter son cousin font rire. Dans ce rire, je profite pour faire passer mon message. Il y a toujours l’enfant en l’homme. Ce qui fait qu’il apprend mieux et vite dans de bonnes dispositions d’esprit, autrement en jouant et en riant. Mais pas dans un esprit constipé. Ce n’est donc pas un hasard, mais c’est bien réfléchi. C’est pourquoi je remercie beaucoup mes  aînés dans le domaine qui m’ont fortement encouragé et conseillé dans ce sens.

 

A travers plusieurs de vos prestations, on sent se dégager un Nourou Ambassadeur de la paix. Pourquoi le choix d’un tel combat ?

En tant que citoyen, chacun de nous doit avoir un idéal, celui d’un Niger paisible et uni, radieux et prospère. Sans la paix, la vie est amère, quand elle n’est tout simplement pas écourtée. Chacun a son rôle à y jouer. J’essaie de jouer à travers mes prestations, en tant qu’artiste, ma petite partition, si modeste soit-elle.

Parlez-nous maintenant de votre Agence de communication et d’action publicitaire (ACAP-Mourna) ?

Tout est parti de la Troupe «Mourna» que j’ai créée sur le Campus universitaire avec le soutien de certains camarades, comme Feu Maman Moutari dit Georges, Mariama Neino, Saadatou Boubacar, Abdoulaye Mamane Ousmane dit Doul, Boubacar Idrissa dit Flash, pour ne citer que ceux-là. Et vous aussi d’ailleurs mon cher Diallo, vous faites partie des fondateurs. Ce qui était une simple troupe animée par des camarades pour détendre l’atmosphère dans le contexte crispé des années 90 est devenu une Agence de Communication et d’Actions Publicitaires (ACAP-Mourna) dont l’essentiel des activités est axé sur la publicité et la sensibilisation théâtralisée. Activités à travers lesquelles nous avons fait nos preuves, et qui nous ont permis de créer un faisceau de relations très étendu, relations que nous avons su fidéliser jusqu’ici : l’Etat, les projets, les ONG, les opérateurs économiques, des ambassades, et même certains démembrements du système des Nations Unies nous ont fait confiance. Vous voyez bien qu’ici, il y a de quoi tirer une certaine fierté. Nous avons été distingués, ACAP-Mourna a reçu par deux fois le prix de la meilleure agence de publicité au Niger.

Au Niger, quels sont les artistes que vous appréciez et qui vous inspirent le plus ?

 

Ils sont nombreux. Je ne peux les citer au risque d’en frustrer d’autres. Mais ce qui est sûr, tous les artistes nigériens, qu’ils soient acteurs de théâtre, de film, artistes musiciens, peintres, chacun a à sa façon, apporte un plus dans la promotion de la culture nigérienne. Chacun est une source d’inspiration. Et c’est le lieu de rendre hommage à tous.

 

‘‘La Renaissance n’est pas un vain mot mais un comportement’’

 

Que pensez-vous de la Renaissance Culturelle prônée par les Autorités de notre pays ?

Vous savez, aucune société ne peut aller de l’avant sans, de temps en temps, revisiter son histoire et évaluer sa culture en vue d’un changement de mentalité adaptée au contexte et aux exigences nouvelles. Ce qui nous oblige à conserver les valeurs positives de cette culture et la création de nouvelles. C’est ce que je retiens de la Renaissance culturelle prônée par les autorités de la 7ème République, au premier Chef le président de la République, SEM Issoufou Mahamadou. Modernisation sociale, modernisation politique et modernisation économique sont ainsi des composantes incontournables et qui vont ensemble. Nous, à ACAP-Mourna, nous sommes déjà dans la Renaissance culturelle à travers la valorisation du Cousinage à plaisanterie que nous considérons comme une valeur culturelle positive qu’il faut entretenir et pérenniser. Car elle constitue un véritable facteur de rapprochement des communautés. Elle constitue une importante soupape de sécurité, en ce qu’elle permet, au-delà de la détente et du rire, de prévenir et de régler des conflits, à notre avis. Toujours à ACAP-Mourna, nous pensons que, le cousinage à plaisanterie est une valeur culturelle positive qu’il faut entretenir et perenniser En plus, à Mourna, nous sommes une équipe pluridisciplinaire. Nous essayons de gagner notre vie dans l’entrepreneuriat privé. Parce que nous avons compris qu’on ne peut pas tous, attendre tout de l’Etat. La Renaissance culturelle est donc une bonne chose qui est nécessaire sinon indispensable et qu’il eut fallu créer même si elle n’existait pas. Il suffit alors tout simplement d’impliquer et de sensibiliser tout le monde. Ce n’est pas un vain mot, comme le disait un grand Chef d’Etat africain, mais un comportement.

 

Interview réalisée par Mahamadou Diallo(onep)