Grillade  de la viande de Tabaski : Impact néfaste de l’utilisation à outrance du bois sur l’environnement

Dossier
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La fête de Tabaski est la période par excellence de la grillade des moutons égorgés rituellement. Pour le besoin de cette activité on assiste à une forte demande des combustibles que sont le bois et le charbon de bois, mais aussi à d’autres matériels comme les pics, les nattes pour l’étalage de la viande. Ismaïla, un vendeur de bois au quartier Yantala, nous rassure que le bois ne fera pas défaut à son niveau. « Nous avons un important stock pouvant répondre au besoin de nos clients. Quant aux prix, ils vont de 50f CFA à 500FCFA pour la cuisine et de 1000FCFA à 10.000FCFA pour la grillade de la viande ».

Pourtant pour la  sauvegarde de l’environnement et de la forêt, la population est sensibilisée ces dernières années sur les avantages de l’utilisation du charbon minéral. Mais cette année, certains vendeurs se plaignent de la rareté du charbon mineral qui est pourtant une alternative à l’utilisation du charbon de bois dont la carbonisation et la mise sur le marché participe au deboisement. « À la date d’aujourd’hui nous vendons le sac du charbon de bois importé du Nigeria entre 7500f  à 8000f. Le prix varie selon la qualité du sac », nous explique Barham Djibo, un vendeur du charbon du quartier de Yantala.

 

Pourquoi l’absence du  charbon du bois national sur le marché?

 

En réponse à  cette question,  le Commandant Souleymane, chef de division aménagement  forestier nous explique en détail les processus de la fabrication du charbon du bois. En rappel du décret N°191/PRN/MMP/DD du 16 mars 2018 déterminant les modalités d’application de la loi 2004-040 du 8 juin 2004 portant régime forestier au Niger à son article 118, la fabrication du charbon de bois est interdite sur toute l’étendue du territoire nigérien; sauf cas de l’espèce «prosopice» où le Gouverneur de la région concernée  peut, après l’avis du ministre en charge des ressources forestières, l’autoriser pour une durée bien déterminée. Ce qui fait que le marché nigerien est alimenté par le charbon de bois en provenance du Benin et du Nigeria. Son importation sur le territoire national  est autorisé par la loi  sous présentation d’un dossier dûment authentique en identifiant la provenance.

«L’usage du charbon de bois est une menace pour la forêt, du moment où une tonne de charbon de bois équivaut à sept (7) tonnes de bois surtout que depuis que l’usage  du charbon est ancré dans la mentalité des Nigériennes ; en particulier la population qui vit en milieu urbain où on constate la fabrication frauduleuse de ces ressources énergétiques, malgré les contrôles forestiers», affirme le Commandant Souleymane. Aussi l’impact de cette pratique est énorme sur l’environnement dans un pays comme le nôtre où  les ¾ du territoire sont désertiques. Il est inadmissible dans ces conditions que la population rurale se mette a coupé une bonne partie des arbres des quelques maigres forêts pour fabriquer le charbon  du  bois, le vendre de façon informelle. En plus la fumée, pendant cette activité de carbonisation de bois, est un élément de pollution de l’environnement». explique le Commandant Souleymane Bakoye. C’est pour toutes ces raisons que les autorités en charge de la défense des ressources énergétiques et forestières ont interdi la vente du charbon de bois sur le marché ces dernières années. Cette interdiction vise à réduire l’avancée du désert. En 2015 par exemple, le projet CONADEX  a enregistré pour la consommation de la population,  6.303 tonnes de charbon qui équivaut à 44.121 tonnes de bois. En conséquence, on constate que c’est une grande partie de la forêt qui a été ravagée». précise Souleymane Bakoye.

Pour sauvegarder la foret l’alternative a été de mettre sur le marché un substitut au bois de chauffe qu’est le charbon minéral. Le sac de 40 kilos est vendu à 2000 F cfa dans tous les points de ventes dans la ville de Niamey et au niveau des chefs-lieux des départements. Ce produit est rentré dans les foyers au Niger avec le projet énergie renouvelable et la création de la société chargée de la carbonisation du charbon  minéral et de sa commercialisation. «Nos forêts n’ont qu’une capacité de deux millions de tonnes par an ; alors que la consommation était de quatre millions cinq mille tonnes par an dont  seulement les 23 % sont destinées à la vente et le reste pour la consommation locale. Par conséquent, on constate  une surexploitation énorme de la forêt». explique toujours le commandant Souleymane Bakoye.

Mariama Abdou