Commémoration de la première édition de la journée de la vieille ville d’Agadez : Pour la valorisation et la conservation de l’identité culturelle

Dossier
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Le 22 juin 2013 la ville d’Agadez était inscrite au patrimoine mondial de l’humanité et ce, après un long processus de préparation qui a duré 10 ans. La population de la région d’Agadez a commémoré du 22 au 25 juin 2019, la première édition de la journée de la vieille ville d’Agadez. En effet, ce grand événement est initié par le sultan de l’Aïr son altesse Oumarou Ibrahim Oumarou afin de montrer à la face du monde combien les populations d’Agadez sont attachées à leur patrimoine et surtout à sa conservation et à sa promotion. Cette initiative louable du sultan prouve son attachement aux valeurs culturelles.

 

Bref historique de la région

 

L’histoire de la ville d’Agadez remonte aux 15e et 16e siècles, lorsque le sultanat de l’Aïr s’y installa, favorisant ainsi le regroupement de tribus touarègues et le développement des échanges économiques et culturels transsahariens. La sédentarisation s’effectua en respectant les anciens campements, ce qui conduisit à une trame  originale, toujours respectée.

Ladite ville comprend un important habitat, un ensemble palatial et religieux bien conservé, dont un imposant minaret entièrement en banco. Elle est caractérisée par une architecture en terre crue et un style décoratif particuliers à la région de l’Aïr.

En effet, considérée comme la « porte du désert », la cité d’Agadez, sur les franges sud-est du désert du Sahara, fut un carrefour exceptionnel du commerce caravanier. Elle apporte le témoignage d’une ville historique ancienne, formant un centre d’échanges culturels transsaharien majeur. Son architecture manifeste une synthèse d’influences stylistiques au sein d’un ensemble urbain original, entièrement en banco et propre à la région de l’Aïr.

La vieille ville d’Agadez  et ses ensembles monumentaux remarquables, notamment la Grande Mosquée, son minaret le plus haut jamais réalisé en banco  et le Palais du sultan, témoignent d’une tradition architecturale exceptionnelle, s’appuyant sur un usage sophistiqué de la terre crue. La ville d’Agadez a développé, depuis plus de cinq siècles, une tradition culturelle, commerciale et artisanale en se basant sur la continuité du sultanat de l’Aïr, jusqu’à aujourd’hui.

Les limites du bien proposé coïncident avec celles de la ville historique. La trame urbaine d’ensemble est bien conservée, avec son organisation spatiale autour des monuments politico-religieux due au sultanat de l’Aïr. Un nombre significatif et largement majoritaire de maisons a été conservé, ce qui permet d’exprimer convenablement les valeurs spécifiques liées à l’architecture en terre et à la décoration propre à la région de l’Aïr.

En dépit du fait qu’on trouve des altérations locales notables, des bâtiments inappropriés en moellons, l’usage de toitures en tôle, l’apparition de grandes publicités peintes sur les murs, le bien proposé pour inscription offre depuis de nombreux points d’observation, une bonne unité visuelle et le sentiment d’une ville historique intègre pour le visiteur. Le système traditionnel du sultanat est toujours en place, garant de l’unité sociale et de la prospérité économique. C’est un centre historique vivant habité par plus de 20 000 personnes.

L’authenticité des éléments constitutifs du bien est généralement satisfaisante, notamment pour les monuments et les palais. La cité a développé jusqu’à aujourd’hui sa tradition culturelle, commerciale et artisanale et il offre des exemples particulièrement sophistiqués d’architecture en terre.

Par rapport aux mesures de gestion et de protection, la vieille  ville d’Agadez  est dans un assez bon état général de conservation. Les monuments religieux et les palais sont bien entretenus, sous la responsabilité du sultan et des chefs de quartier. Aujourd’hui, ce patrimoine mondial est protégé non seulement par le pouvoir traditionnel du sultanat, avec son système de chefs et de comités de quartiers, mais aussi par la législation nationale.

 

La fête proprement dite

 

Cette fête qui a duré quatre (4) jours a été marquée par plusieurs festivités culturelles. En effet, durant ces 4 jours, le palais royal a connu une ambiance particulière. Pris d’assaut par des personnes de tous âges, une affluence des festivaliers occupe toute la cour du sultan de l’Aïr à la faveur de cette 1ère édition de la journée de la vieille ville d’Agadez. A chaque début des festivités, des sons de tam-tam annoncent l’arrivée du sultan de l’Aïr son altesse Oumarou Ibrahim Oumarou sur le lieu de la cérémonie. Le sultan était accompagné d’une forte délégation composée de fadawas (la sécurité du sultan), les armements en main pour assurer la sécurité du sultan et soutenu par les notables, rejoignent la place publique. La fête bat son plein.

Dans l’enceinte du palais, une immense foule est tenue en haleine par des troupes de danse de musique traditionnelle et le Bianou. Rivalisant de talents, chacune des troupes mobilise ses partisans. Ces derniers les galvanisent en retour à travers une reprise en fanfare de leurs chants. Des applaudissements, des cris de joie et des ‘’youyou’’ des femmes fusent de part et d’autre. C’est le rythme de la tandé des hommes et femmes de ‘’Inoun-walan’’ qui a annoncé le début de la cérémonie. S’en sont suivis la danse typiquement traditionnelle des femmes d’Agadez communément appelée ‘’kidida’’, la course hippique et d’acrobaties exécutées par les cavaliers. La démonstration de force de ‘’Tessikinit’’ ou  guerriers du sultan ; ces éléments qui protègent le sultan n’incarnent pas la violence mais juste pour la défense.

Il y a aussi le défilé des habits traditionnels avec des broderies faites à la main, le passage de ‘’Tagalan’’ ou les chameliers. Ces braves chameliers ont joué dans les temps un rôle important dans le domaine commercial. En effet, ces caravaniers traversent le désert, parcourent des milliers et des milliers de kilomètres pour apporter des dattes, du sel, du natron, du blé et autres produits commerciaux vers les autres régions du Niger et même à l’extérieur du pays. En retour, ils ramènent des produits agro-alimentaires tels que : mil, sorgho, maïs et bien d’autres, explique M. Intchirwak Abou, président/ ADECO-Niger. Les mets traditionnels également étaient exposés au public et surtout à la jeune génération, notamment le couscous du son communément appelé ‘’dambou doussa’’, ‘’Gourassa’’, alfitate, etc.

Cet événement a regroupé les autorités coutumières, religieuses, administratives, civiles et militaires de la région et a été financé par les ONG et association telles que l’Organisation Internationale des Migrants (OIM); International Rescue Comitee (IRC) ; Anima Sutura ; la Mairie d’Agadez et des bonnes volontés.

 

Cérémonie de lancement

 

A l’ouverture de ce grand évènement, le sultan de l’Aïr, son altesse Oumarou Ibrahim Oumarou, a rendu un hommage mérité à son défunt père, feu Ibrahim Oumarou et au ministre de la Culture de l’époque qui ont conduit ce processus et qui ont apposé leurs signatures sur le dossier du classement de la ville d’Agadez au Cambodge le 22 juin 2013. Son altesse a aussi remercié la population d’Agadez ainsi que la Communauté Urbaine pour leur mobilisation dans la sauvegarde de notre identité, acquis de droit de relation internationale.

Agadez est inscrite sur cette importante et prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’humanité sur la base de critères 2 et 3 ; les piliers de ces deux critères sont fondés sur le rôle joué par le sultanat depuis le siècle et la richesse de son architecture surtout en terre (en témoignent le minaret de la grande mosquée Emisquine qui mesure 27 mètres de haut, le palais du sultan et autres édifices d’importance religieuse et culturelle), explique le gouverneur de la région d’Agadez, M. Sadou Soloké.

Lors de la préparation du dossier de candidature, les populations locales et la municipalité d’Agadez ont été fortement impliquées. L’ancien sultan avait joué un rôle important dans ce processus et avait donné son aval pour que la vieille ville d’Agadez soit sur cette liste, a soutenu le gouverneur. Six (6) années après cette inscription, plusieurs actions ont été réalisées tant au plan de la conservation, de la sensibilisation que dans les domaines de l’assainissement et de la promotion. Toutes ces réalisations ont été menées par le Ministère en charge de la Culture, la Commune urbaine d’Agadez, le sultanat ainsi que les partenaires techniques, les bonnes volontés, la fondation Tamalakoye et l’ONG internationale CISP qui a réhabilité plus de 100 maisons et des mosquées, a-t-il fait savoir.

«C’est dire toute l’importance que les plus hautes autorités de notre pays accordent à la conservation et la valorisation de notre riche patrimoine culturel. La conservation et la valorisation des biens culturels demandent la contribution de tous : les communautés locales, les autorités administratives et coutumières et les partenaires techniques, les ONG et Associations », a estimé M. Sadou Soloké.

 

 

Aïchatou Hamma Wakasso, ONEP/Agadez