Musée National Boubou Hama : Assurer la mission culturelle, malgré les difficultés

Dossier
Spread the love

Sharing is caring!

Le Musée National Boubou Hama (MNBH) était érigé en 2011, établissement public à caractère administratif (EPA) avant de devenir un établissement public à caractère scientifique, culturel et technique.  Soixante (60) ans après, que reste-t-il de cette vitrine de la richesse culturelle et artistique du Niger située au cœur de Niamey et  qui comprenait, outre un  jardin zoologique, une importante mine de  trésor sur le patrimoine culturel, artistique, archéologique, industriel nigérien? Le MNBH  accomplit-il toujours convenablement sa mission, donne-t-il encore et toujours le même plaisir de regarder, contempler la nature sauvage  de nos jours ?  Existe-t-il ces merveilles fauniques,  cette  flore à couper le souffle aux visiteurs. Le musée est-il ce lieu que tout nigérien souhaite visiter et faire visiter à son hôte ?  Voilà autant de questions légitimes à se poser sur ce joyau qui célèbre son jubilé  de diamant cette année.

Musée National Boubou Hama, jeudi 15 août 2019,  nous sommes à la devanture dudit établissement.  Cela fait déjà quatre jours que  la fête de  l’Aid El Kébir ou fête de la Tabaski est passée, mais  l’entrée principale, faisant face au  CCFN, grouillait encore d’un beau monde notamment des jeunes et des enfants ainsi que quelques adultes ou parents  accompagnant leurs enfants. Il fait un temps doux, les ardents rayons du soleil sahélien  peinent à transpercer les nuages pour darder les visiteurs. Les conditions sont tout simplement  propices voire idéales à une belle randonnée pédestre dans le musée national Boubou Hama pour contempler ce dont il regorge comme richesse culturelle,  artisanale, historique, archéologique, zoologique, forestière dans certains des pavillons d’exposition ainsi que le parc animalier et le jardin botanique.  Les éléments de la police nationale, les vigiles sont toujours visibles sur les lieux, y assurant la sécurité. Les percepteurs eux s’affairent à vendre les tickets d’entrée aux visiteurs tandis qu’à quelques encablures d’eux des commerçants occasionnels, (les vendeurs de nourritures, d’eaux et autres petits gadgets) ont installé leurs étals,  l’esprit orienté vers les potentiels  clients en espérant faire des bonnes affaires.  A l’intérieur, l’ambiance est tout aussi bonne. Les visiteurs ont pris d’assaut tous les coins et recoins du musée, serpentant  entre les pavillons, les cages ouvertes et couvertes d’animaux et d’oiseaux ou encore les bassins d’hippopotames, les hangars aux dinosaures et le centre artisanal. Tout laisse croire que  le musée national Boubou Hama a encore des choses à montrer à ses visiteurs. Cela contrastant l’idée reçue et l’apparence que ce centre est en train de mourir de sa propre mort et qu’il n’a rien à offrir.

 

Du parc zoologique

 

Dans le musée national, l’aspect qui attire le plus reste et demeure la partie réservée aux animaux et oiseaux. Etant entendu d’ailleurs que le zoo n’est pas le fondement d’un musée, mais qu’il en constitue un élément ajouté après la création de l’établissement.Les jeunes visiteurs ne semblent absolument pas regretter leur déplacement. Mieux, ils apprécient avec beaucoup de joie tout ce qu’ils découvrent dans le musée notamment dans la partie zoologique qui ravit la vedette aux autres compartiments de l’établissement. Ils trouvent, en effet,  toute une panoplie d’espèces animales et autres oiseaux qu’on ne voit nulle part ailleurs en plus de ceux domestiques que le musée a jugé bon de mettre à la disposition du public.  Une source du musée national confie qu’il existe actuellement 57 espèces d’animaux et d’oiseaux pour un total de  plus de 164 individus. On y trouve encore des lions, des hyènes, chacals, hippopotames, sangliers, biches, renards de savane et de désert,  différentes espèces de singes, des crocodiles, tortues ou encore des serpents. Les oiseaux sauvages comme les autruches, des outardes, éperviers, charognards, les pélicans et bien d’autres espèces sont visibles dans les cages. On y trouve  également des animaux et oiseaux domestiques  issus de presque toutes les régions du pays comme la vache Kouri, les caprins, les asins. De toutes les espèces d’animaux ou oiseaux existant dans le musée, seuls l’éléphant, la girafe et les poissons ont disparu aujourd’hui. Malgré les difficultés auxquelles est confronté le musée national, il continue à égayer le public par la diversité de son offre selon un responsable trouvé sur place. Selon lui, l’absence de ces trois espèces s’explique par le manque d’espaces notamment  pour l’éléphant et la girafe. En effet, pour vivre et  s’épanouir, ces deux espèces d’animaux  ont besoin d’un environnement favorable, un biotope naturel adapté à leur besoin alimentaire, à leur gabarit. Or depuis la création du centre de formation et de métier du musée national, l’espace réservé à ces deux espèces s’est d’abord rétréci avant de disparaitre complètement. Le musée se contente d’orienter les visiteurs demandeurs vers le parc national de W et la réserve de Kouré pour voir les éléphants ou les girafes. La tentative de remplacer ces animaux s’est heurtée aux avis contraires des techniciens qui estiment que seul un environnement naturel peut permettre à ces animaux de prospérer. Le musée ne dispose hélas pas de moyens financiers pour créer cet environnement.

 

Des objets exposés

 

Les objets d’exposition constituent l’ossature, l’essence voire la raison d’être  de tout musée. Le musée national Boubou Hama dispose de plus de 4000 objets exposés dans ses pavillons et des centaines d’autres non exposés.  On y trouve des objets  d’art, des habits traditionnels des différentes communautés nationales, des instruments de musique de toutes les contrées du pays, des outils de travail modernes et antiques, des armes blanches de guerre et de défense personnelle spécifiques aux régions/localité ou  communautés. Mais il y a également des objets archéologiques artisanaux et / ou  naturels découverts par des chercheurs.   Force est constater qu’au regard de cette richesse, le musée national semble se porter bien. Avec plus de 4000 objets, c’est quatre fois le nombre d’objets requis pour ouvrir un musée.  Mieux, le musée Boubou Hama a ouvert d’autres pavillons comme celui de l’uranium, du pétrole pour élargir sa gamme de prestation. Tout cela offre  aux  visiteurs une bonne raison de faire un tour afin de connaitre les différents aspects  culturels du Niger, son histoire contemporaine et ancienne.

 

De l’hygiène et la salubrité des lieux

 

S’il y a un aspect que nombre de visiteurs remarquent au musée national, c’est assurément la question de l’hygiène et de la salubrité. Qu’il s’agisse de la devanture ou de l’enceinte de l’établissement, le mauvais état d’entretien des lieux, l’insalubrité n’échappent pas aux visiteurs. Des tas de déchets et autres immondices sont visibles dans la grande cour du musée national Boubou Hama. Les allées sont couvertes de sachets en plastique et autres emballages, des odeurs nauséabondes se dégagent dans certains endroits, rendant l’air irrespirable et indisposant les visiteurs. Mais à qui la faute ? La question mérite d’être posée connaissant le comportement de la majorité de personnes qui fréquentent les lieux publics. Au regard du nombre d’agents d’entretien présents sur place,  l’on est tenté de croire que l’administration semble faire de son mieux pour rendre salubres les lieux. Mais que l’effort des uns et des autres est annihilé,  à l’évidence,  par le comportement du public qui ne rend pas la tâche facile. Car, malgré l’existence des poubelles disséminées un peu partout dans la cour du musée, les visiteurs ont tendance à n’y prêter aucune attention, préférant jeter toute sorte d’objets usagés à même le sol sans le moindre signe de remord et dans une totale négligence.   En effet, en parcourant le musée, il n’est pas rare de remarquer les visiteurs jeter des sachets d’eau, des emballages dans les allées voire dans les cages des animaux.  Pour l’administration du musée national, la question  de salubrité est au centre de ses préoccupations et tente de faire de son mieux pour assurer la viabilité des locaux tant pour les visiteurs que pour les animaux malgré le manque de moyens.

 

 

Par Zabeirou Moussa(onep)