Ibrahim Nahantchi, Directeur général de l’Agence Nigérienne pour la Promotion de l’Emploi (ANPE) : « Nous pensons qu’il faut mettre en place un fonds pour la promotion de l’emploi des jeunes »

Invite de sahel dimanche
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La question de l’emploi occupe une place de choix dans le programme de renaissance du Niger du Président de la République. Nous avons rencontré le directeur général de l’Agence Nigérienne pour la Promotion de l’Emploi (ANPE), Ibrahim Nahantchi, pour comprendre ses missions, connaitre ses activités mais aussi faire le point sur les réalisations et la problématique en matière d’emploi des jeunes au Niger.

le directeur général, beaucoup de nigériens entendent parler de l’agence nigérienne pour la promotion de l’emploi mais ignorent encore ce qu’elle est véritablement. Voudriez-vous bien la présenter à nos lecteurs?

Je tiens tout d’abord à vous remercier pour l’opportunité que vous nous donnez de parler de l’Agence Nigérienne pour la promotion de  l’emploi.  Je dois commencer par préciser  que l’ANPE est un établissement public à caractère social placé sous la tutelle du ministère en charge  de l’emploi avec son siège ici à Niamey. L’agence a beaucoup de missions. Entre autres missions, il faut dire qu’elle a pour mission de prospecter et de collecter des offres d’emplois auprès des entreprises pour les mettre en liaison avec les demandes d’emplois sur le marché du travail.

L’ANPE vise les contrats des étrangers, enregistre les contrats des nationaux également. A cet effet, elle fait le contrôle de conformité des dispositions contenues dans ces contrats de travail avec la réglementation et la législation nationales. En outre, l’Agence nigérienne pour la promotion de l’emploi accueille, informe, oriente et accompagne les jeunes demandeurs d’emplois et même ceux qui sont porteurs de projets de création d’entreprise. En tant que structure relevant du ministère de l’emploi, elle collabore à l’élaboration de la politique nationale de l’emploi. Et elle est chargée de l’application des programmes définis dans cette politique. De manière succincte, c’est ce qu’on peut dire quant aux missions et activités de l’ANPE.

 

L’ANPE dispose-t-elle de démembrements en dehors de Niamey et comment un demandeur d’emploi s’adresse-t-il à votre institution ?

Effectivement, l’ANPE a des démembrements. Au niveau de Niamey, nous avons l’agence principale qui est située au quartier Terminus. Mais compte tenu du fait que Niamey est le pôle de demandeurs d’emplois le plus important, nous avons créé un sous-bureau au quartier Yantala dans les anciens locaux du centre de paiement de la CNSS. En ce qui concerne le  niveau régional, on a une agence régionale dans chaque chef-lieu de  région. Oui, ce n’est pas assez pour couvrir l’ensemble du territoire. Et c’est pourquoi nous envisageons de créer des bureaux communaux d’emplois et ce avec l’appui de la Banque Mondiale dans le cadre d’un projet. Donc, à partir de cette année 2019, nous allons mettre en place six (6) bureaux. Et à terme, puisque c’est dans le cadre d’un projet, nous aurons au total quarante (40) bureaux communaux. Ça veut dire que l’ANPE sera déployée sur l’ensembledu territoire national et sera davantage rapprochée des populations. Nous le faisons parce que nous avons constaté que généralement les jeunes qui sont dans les zones rurales sont un peu abandonnés à leur propre sort. Avec ces bureaux de proximité, les jeunes actifs de ces zones pourront eux aussi bénéficier des opportunités de l’emploi au même titre que leurs frères des centres urbains.

En ce qui concerne le second aspect de votre question, la procédure est toute simple. Les demandeurs d’emplois peuvent venir directement dans les agences. Nous avons des guichets pour les recevoir. Au niveau de Niamey, il y a un espace d’information ; nous avons également notre site Web qui fonctionne et ils peuvent le consulter où qu’ils soient, à domicile ou bien ici sur place. Mais les demandeurs peuvent aussi avoir les informations en consultant les journaux. Cependant, ce que nous demandons aux jeunes, c’est de venir s’inspirer d’abord. Il  suffit d’apporter les pièces d’identité attestant que le demandeur est nigérien ou bien qu’il est étranger. Et venir aussi avec le diplôme. Pourquoi ? Parce que si un demandeur veut s’inscrire, c’est dans une filière bien déterminée. S’il n’a pas de diplôme, ça va lui être difficile de s’inscrire.

 

L’emploi constitue un des piliers sur lesquels repose le Programme de Renaissance du Président de la République : en quoi consiste alors le travail de l’ANPE pour une mise en œuvre effective de ce volet et la lutte contre le chômage des jeunes au Niger?

 

La question de l’emploi est un problème universel. Le Président de la République a bien compris que la jeunesse doit être occupée et, autant que faire se peut, l’Etat est en train de   créer les conditions pour que les jeunes aient de l’emploi. Je peux dire que l’Etat a fait de son mieux. Il a encouragé les entreprises à faire de leur mieux également. C’est nous qui recevons les demandes d’emplois et les offres d’emplois. Par exemple, en 2018,  nous avons enregistré à notre niveau 42 000 demandes d’emplois et 7000 offres. Donc, vous voyez qu’il y a un taux de placement un peu minime, tournant autour de 16%. Ça veut dire que la question de l’emploi est importante. Alors que faire des autres demandeurs qui n’ont pas pu être placés ? Il faut bien trouver quelque chose pour eux. C’est dans cette optique que nous aussi avons réfléchi, en rapport avec  notre ministère de tutelle, et monté un  programme d’appui à l’insertion des jeunes. Ce programme a trois (3) volets : le volet stage en entreprise, le volet reconversion professionnelle et le volet création d’entreprises. Nous faisons tout cela pour ne pas laisser les jeunes sur les carreaux, comme on dit.

Vous savez que les employeurs ne peuvent pas recruter un travailleur s’il n’a pas d’expérience. Alors, pour avoir cette expérience,  nous prenons des jeunes,  nous les plaçons en entreprise. Et en accord avec les entreprises,  avec un co-financement de la Banque Mondiale, on leur donne un pécule pour les encourager à suivre régulièrement et assidument leur stage. Pendant la période de stage, il y’en a qui sont recrutés. D’autres ne sont pas recrutés. Mais, ils ont l’avantage d’être  au moins dotés d’un peu d’expérience. Ce qui fait que quand ils vont ailleurs, ils peuvent postuler lorsqu’on demande une certaine expérience. Grâce à  ce programme de stage en entreprise,  environ 5000 jeunes ont pu acquérir une expérience professionnelle. Plus de 60% d’entre eux ont été recrutés. C’est pour dire, comme vous le voyez, que l’ANPE apporte une importante contribution dans la mise en œuvre du programme de renaissance du Président de la République, dans son volet Emploi.

En ce qui concerne le programme de reconversion, il y a aujourd’hui des jeunes diplômés mais dont les profils ne correspondent pas aux besoins des entreprises. Donc, ils sont obligés de  rester pendant un, deux ou trois ans sans trouver un emploi. Nous nous sommes dit qu’il faut qu’on leur propose une alternative. C’est de la  reconversion qu’il leur faut afin qu’ils abandonnent la formation initiale pour pouvoir acquérir une nouvelle formation qui leur donne plus de chance d’être engagés. Dans  le  cadre de cet effort de  reconversion, nous avons pu former à peu près 500 jeunes. Et je vous avoue que la plupart ont été recrutés. Pour ce qui est du programme d’appui à la création d’entreprise, il est évident que l’Etat ne peut recruter tous les diplômés, ils sont nombreux et leur nombre s’accroit d’année en année. Les entreprises publiques et privées non plus  ne peuvent pas prendre tous les diplômés. Mais il ne faut pas pour autant laisser ces jeunes sans issue. Et on a  alors décidé de créer un programme d’auto-emploi, c’est-à-dire de création d’entreprise afin de permettre aux jeunes d’être eux-même  leurs employeurs.

On va accompagner les jeunes en leur apprenant à monter des projets, à faire des plans d’affaires et même à les accompagner auprès des banques. Là aussi, il y a environ 300 jeunes qui ont déjà bénéficié de ce programme et qui ont créé leurs entreprises. Mais la limite de ce programme, puisqu’il y a une limite,  c’est la caution bancaire. Il faut avoir les moyens de financement d’une entreprise. Et pour avoir ces moyens, les jeunes s’adressent aux banques. Mais ces dernières demandent l’apport personnel du demandeur, ou bien la caution au cas où il serait dans l’incapacité de rembourser. Donc, c’est ça le facteur limitant dont je faisais cas. En définitif, vous voyez donc ce que nous faisons pour contribuer à la création d’emplois,  que ça soit des emplois salariés ou indépendants. Voilà ce que l’ANPE a pu faire. Il ya beaucoup de jeunes nigériens qui ont du talent, qui sont ingénieux, qui ont l’esprit de créativité, qui veulent entreprendre mais ils n’ont pas les moyens. Nous, non plus, n’avons pas les moyens d’assurer la caution au niveau des banques pour que celles-ci leur prêtent de l’argent afin qu’ils puissent monter et faire prospérer leurs entreprises.

Mais, nous sommes en train de réfléchir avec des bailleurs de fonds pour voir s’ils peuvent continuer à supporter particulièrement ce 3ème volet.

 

Quel bilan pouvez-vous nous faire en termes de demandes et d’offres  à la fin du premier semestre 2019 ?

A la date du 31 juillet 2019,  d’après les statistiques que nous avons pu constituer en rapport avec les services compétents, nous sommes autour de 28000 demandes d’emplois pour environ 14000 offres. Ce grand bond d’offre d’emplois est lié au recrutement effectué par la CENI. En effet, elle avait demandé 9500 personnes. Quand on fait le ratio,  nous sommes autour de 43 à 44%  de taux de placement. Ce qui est très important  par rapport à l’année dernière où nous étions autour de 16% de taux de placement à la même période.

 

L’année 2019 est une année qui a vu naitre ou se poursuivre beaucoup de chantiers dans la cadre du sommet de l’Union Africaine : quel impact cela a-t-il eu sur les offres d’emplois?

En ce qui concerne l’impact des travaux des chantiers relatifs au sommet de l’Union Africaine, je dois préciser que les travaux ont commencé en 2018. Donc, 2019 est la phase de finition. A ce niveau, nous avons enregistré plus de 12000 emplois créés dont 1961 permanents. Mais je suis sûr que c’est plus que ça puisqu’il y a beaucoup d’entrepreneurs qui ont eu des activités mais qui ne viennent pas déclarer les travailleurs journaliers qu’ils engageaient. Donc, on peut dire que cet évènement a eu un impact important et vérifiable en termes d’emplois.

 

M le directeur général, nous avons beaucoup de cabinets privés de placement dans notre pays ? Quel rapport entretient l’ANPE avec ces structures?

Dans notre pays, nous avons effectivement des bureaux de placement. C’est prévu par la réglementation, par le code de travail stipulant qu’en matière d’intermédiation ou de placement, l’ANPE exerce  cette activité concurremment avec des bureaux de placement. D’après le ministère de l’emploi, qui donne l’agrément même si les initiateurs passent par l’ANPE où ils déposent les dossiers, il y a 58 bureaux de placement dont deux qui sont en cessation d’activités. Il y a donc précisément 56 bureaux actifs. Ces bureaux ont l’obligation de déposer, chaque mois, un rapport portant sur les offres d’emplois et la nature de ces offres, les demandes d’emploi et les qualifications en question et les placements effectués. Parce que s’ils nous font remonter  ces informations, cela nous permet d’avoir des statistiques  beaucoup plus fiables en matière d’emplois. Ce qui n’est pas le cas hélas. Sur les 56 bureaux, il y a à peine 4  qui remplissent cette obligation légale. On a fait le point et on a dit  qu’on va les rencontrer, organiser un atelier d’information et de sensibilisation pour les amener à jouer leur partition. Puisqu’ils arrivent à faire des placements que nous ne connaissons pas, donc on ne voit pas l’impact. Si nonobstant cette démarche que nous voulons pédagogique,  s’ils ne suivent  pas, on sera obligé de faire appliquer la loi.

 

Existe-t-il un cadre fédérateur ou de coopération entre l’ANPE et  les agences sœurs des autres pays ?

L’ANPE entretient des relations  avec des agences  d’autres pays. On se retrouve dans ce qu’on appelle l’Association des Services d’Emplois Publics qui va bientôt fêter son 20ème anniversaire à Yaoundé au Cameroun. A l’occasion des rencontres que nous avons, nous faisons une sorte de partage de bonnes pratiques pour nous enrichir mutuellement et faire en sorte que ceux qui trainent puissent améliorer leurs situations. Il y a l’agence nationale pour le travail indépendant, une agence tunisienne avec laquelle nous avons formellement  une convention de coopération depuis plus d’une décennie. Dans le cadre de cette coopération, cette agence nous appuie du point de vue technique en dépêchant des experts qui nous appuient dans la mise en œuvre de nos programmes ou dans la résolution de certains problèmes. Voilà ce que je peux dire par rapport aux relations entre l’ANPE et  les agences sœurs.

 

 Vous arrive-t-il d’échanger des travailleurs par le biais de ces agences ?

Pour le moment, non. Les nigériens que nous avons pu faire  expatrier dans le cadre  de travail, c’est avec l’Arabie Saoudite.  Nous avons fait envoyer à peu près 2000 personnes.  Malheureusement, les conditions d’un travail décent n’étaient pas réunies. Le gouvernement ayant pris connaissance de cette information a demandé de suspendre cet accord. Depuis lors, on n’a plus envoyé les travailleurs nigériens en Arabie Saoudite par un biais formel. A l’inverse, il y a des  postes assez pointus, assez techniques pour lesquels nous n’avons pas les profils, les compétences au niveau national. On fait venir des expatriés. Là, on donne un visa d’une durée déterminée aux personnes qualifiées, à charge pour l’employeur de prendre un engagement de former les nigériens qui vont prendre la relève.

 

Quelles sont les perspectives de l’emploi au Niger ?

Au regard de l’expérience que nous avons vécue et au regard des besoins et des moyens limités de l’Etat comme des entreprises, nous pensons qu’il faut mettre en place un fonds pour la promotion de l’emploi des jeunes. Comme je l’ai dit, il y a beaucoup de jeunes qui ont des projets,  mais s’il n’y a pas un fonds leur permettant de monter ces projets, la question de l’emploi va continuer à se poser toujours avec la même acuité. Si j’ai un appel à lancer, c’est dire aux jeunes qu’il faut qu’ils comprennent qu’on peut réussir ailleurs que dans les bureaux ; on réussit dans l’agriculture, l’élevage, l’entreprenariat. Mais je suis parfaitement d’accord qu’il faut que l’Etat les accompagne. Il y a un projet au niveau de l’Etat du Niger en rapport avec les pays membres de l’UEMOA de mettre en place un fonds commun  pour la promotion de l’emploi. Tous les pays sont conscients qu’avec le travail salarié, on ne peut résorber le chômage des jeunes. Il y a des flux importants de jeunes diplômés qui sortent des Universités, des centres de formation professionnelle. Alors, pour véritablement faire face aux défis, c’est d’opter pour l’emploi indépendant. Mais il faut créer les conditions pour réussir cet emploi indépendant.

 

Réalisée  par Zabeirou Moussa(onep)