Mme Gogé Maïmouna Gazibo, Directrice générale de l’Agence Nationale de Lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants (ANLTP/TIM) : « Notre pays fait partie des pays qui luttent, le mieux, contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants »

Invite de sahel dimanche
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Le samedi 28 septembre 2019, le Niger célèbrera la Journée Nationale de Mobilisation contre la traite des personnes : pourquoi l’institutionnalisation de cette journée ?

Il vous souviendra qu’en 2013, le Niger s’est réveillé, le matin du 28 septembre, avec  92 morts découverts dans le désert du Sahara, abandonnés par les trafiquants. Parmi ces 92 morts, il y avait 52 enfants et 37 femmes. C’est suite à cette découverte macabre du 28 septembre, que le ministre de la Justice a mené une mission jusqu’à Arlit, pour constater les faits sur place. Vue la gravité de la situation et pour que ces victimes ne soient pas oubliées, le Niger à ainsi, non seulement légiférer, en adoptant la loi 2015-036 du 26 mai 2015, pour qu’en pareille circonstance d’abandon par les trafiquants des femmes et des enfants, que ces trafiquants soient sévèrement punis, car en 2013, il n’y avait pas encore la loi appropriée pour leur poursuite, sur la base d’un délit, qui est la mise en danger de la vie d’autrui. Ensuite, le ministère de la Justice a pris l’engagement de demander au gouvernement d’instituer la journée du 28 septembre, Journée Nationale de Mobilisation contre la traite des personnes, pour non seulement ne pas oublier ce drame mais surtout pour faire de la prévention, de la sensibilisation, pour aussi publier les statistiques du ministère de la Justice et mettre la thématique de la traite des personnes au cœur des débats.

 

Pouvez-vous nous faire le point sur la lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants depuis la création de l’ANLTP/TIM ?

La première journée de mobilisation s’est tenue en 2014 à Niamey. Il y a été abordé la problématique de la femme Mo’haya ou la 5ème épouse. En 2015, nous avons célébré cette journée à Zinder, où nous avons fait une vaste campagne de sensibilisation, dans la région, au profit des transporteurs, des hommes et femmes des médias et au profit des étudiants. En 2016, nous avons organisé une journée de mobilisation dans la région de Tahoua, où il a été a abordé la problématique de l’exode des femmes et des enfants et leurs droits à l’éducation. En 2017, nous avons célébré la journée nationale de mobilisation à Agadez, où il a été question de faire le bilan de la loi 2015-036, pour voir le bilan moral, le bilan chiffré, ce qu’Agadez a perdu avec l’adoption de cette loi. Nous avons donc aussi fait le bilan économique. En 2018, c’est la région de Maradi qui a accueilli la célébration de cette journée. Nous avons placé l’édition sous le thème : ‘‘L’exploitation de la mendicité des enfants et la prostitution des femmes’’. Cette édition a permis de dénoncer le recours abusif aux enfants comme main d’œuvre et l’abandon parental. Cette année, nous allons retourner à Tahoua, pour une raison bien précise. En effet, cette année à Tahoua, le ministère de la Justice lance et installe officiellement la cour d’appel de cette région. Alors, nous avons estimé qu’il serait bon de faire de cette activité et de la Journée Nationale de Mobilisation contre la traite des personnes, Edition 2019, une même activité. Le ministre de la Justice, en compagnie des autorités coutumières et administratives, procèdera au lancement officiel du démarrage des activités de la cour d’appel de Tahoua.

 

Quelles sont les activités prévues dans le cadre de l’édition 2019 et quelle en est la spécificité ?

Après cette installation, la première activité de cette nouvelle cour d’appel va être la commémoration de la Journée Nationale de Mobilisation contre la traite des personnes. C’est d’ailleurs pour cela que cette année, la journée dénote une spécificité particulière. Le 28 septembre va désormais aussi symboliser la journée au cours de laquelle la cour d’appel de Tahoua a été officiellement installée et a commencé à fonctionner. En plus, cette 5ème édition de la journée de mobilisation est exceptionnelle car, autour du ministre de la Justice, sera réunie la totalité des procureurs de la République, les présidents des Tribunaux des Grandes Instances, les présidents et procureurs généraux des cours d’appel, les responsables de la cour d’Etat, ceux du Conseil d’Etat, de la cour des Comptes. Ensembles, avec tous ces responsables, nous allons examiner le cadre juridique du Niger qui règlemente la traite des personnes et le trafic illicite des migrants. Les magistrats vont se parler entre eux, pour voir si notre cadre juridique répond aux défis d’insécurité et de migration irrégulière. Voir si le ministère de la Justice doit continuer à appliquer les mêmes instruments juridiques en matière de traite, ou bien doit s’adapter à la réalité et réviser les textes. Ils examineront ainsi la problématique de la pertinence de nos textes en la matière. Je dois dire que c’est la première fois que l’Agence arrive à mobiliser l’ensemble de la magistrature autour du ministre de la Justice pour aborder les instruments juridiques qu’elle a élaborés et soumis au gouvernement.

 

Le Niger est à la fois pays de départ et de transit  des migrants. Quelle est la situation actuelle de ce fléau dans notre pays ?

Au cours de cette année 2019, l’Union Européenne, la CEDEAO et le Centre International des Politiques Migratoires ont décerné au Niger le Prix de la lutte contre la traite des personnes. Parce qu’on a estimé que c’est le pays qui a abordé la problématique avec le plus d’efficacité. Aujourd’hui, nous sommes un pays de référence, sinon d’expertise, aussi bien pour les partenaires techniques et financiers que pour les pays voisins. Aujourd’hui, le Niger accompagne la Côte d’Ivoire, qui vient de créer son Agence de lutte contre la traite des personnes, alors que la nôtre existe depuis 2010. C’est dire à quel point nous sommes en avance par rapport aux autres pays. Toujours au cours de cette année, l’Ambassade des Etats-Unis a noté le Niger, comme quoi, notre pays fait partie des pays qui luttent, le mieux, contre la traite des personnes et le trafic illicite des migrants. Il existe 3 couleurs pour déterminer le degré des efforts des Etats. Le rouge pour symboliser que l’Etat ne fournit du tout pas d’effort dans cette lutte. Donc, il n’y a ni volonté politique ni action pour lutter contre la traite des personnes. Beaucoup d’Etats sont dans cette couleur rouge. Il y a l’orange qui, pour les Etats-Unis, montre qu’il y a une volonté politique mais non accompagnée d’action dans le cadre de cette lutte. Le Niger a dépassé toutes ces étapes et ces couleurs, pour se retrouver au niveau du vert. Cette couleur symbolise une situation normale, qui montre que les actions sur le terrain sont soutenues par une forte volonté politique. Nous sommes donc un pays de référence et nous pensons que le Niger doit être félicité et soutenu. C’est d’ailleurs pour cela que les PTF ont attribué le Prix de la lutte contre la traite des personnes 2019 au Niger.

 

Les autorités nigériennes ont fait de la lutte contre la traite des personnes et du trafic illicite des migrants une priorité gouvernementale. Qu’est-ce qui explique, selon vous, ce choix ?

Je pense que c’est parce que c’est sur le sol nigérien que meurent les migrants. De toute l’Afrique de l’ouest, les morts enregistrés en matière de migrants, c’est toujours au Sahara nigérien. Certes, il y a de la migration irrégulière dans d’autres pays mais les victimes viennent mourir au Niger. Ce qui oblige le Niger à prendre à bras le corps cette problématique et de légiférer. 70% des migrants qui passent par le Niger sont des Nigérians ; cependant, aucun d’entre eux ne meurt au Nigéria ; ils meurent plutôt au Niger. C’est la même situation pour des pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal. Toute la gestion de ces catastrophes se fait au Niger mais de plus en plus d’autres pays emboitent le pas à notre pays pour s’y impliquer plus et légiférer, en s’inspirant de notre législation pour l’adapter à leurs propres réalités. En plus, le Niger est un pays de transit. C’est donc par-là que passent les migrants pour aller soit mourir dans le désert ou dans la mer. En tant qu’Etat, le Niger est donc obliger de réagir.

 

Quels sont les partenaires du Niger dans ce combat et quelles contributions apportent-ils ?

Il y a d’abord l’Union européenne qui fait partie des partenaires clés et qui appuie, à la fois, les Ministères stratégiques comme ceux de la Justice, de la Défense nationale, celui de l’Intérieur ainsi que les services rattachés comme les Agences. Il y a aussi l’Ambassade des USA, qui appuie énormément. Aujourd’hui, grâce à elle,  notre Agence a un Centre d’accueil, dans la région de Zinder. Ce centre accueille les femmes et enfants victimes de la traite, sur financement du Département d’Etat américain, à travers l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM).  Nous avons aussi la Mission EUCAP-Sahel, qui appuie aussi les Ministères sectoriels et les services rattachés, aussi bien en logistique, avec des dons en matériels roulants, matériels de bureaux, qu’en renforcement de capacité des acteurs, avec la formation des magistrats, des OPJ. L’OIM est aussi un partenaire clé, qui nous aide et nous appuie aussi bien en termes logistiques qu’au niveau de renforcement des capacités. Nous n’oublions pas l’ONUDC.  L’Organisation des Nations Unies contre la Drogue et le Crime appuie l’Agence nationale dans le cadre de la formulation des instruments juridiques et aussi pour le renforcement de capacité. C’est dire que la plupart des partenaires qui œuvrent dans la cadre de la promotion des droits humains et de la protection des victimes aide et appuie aussi bien notre Agence que les Ministères concernés dans la cadre de la lutte contre ces phénomènes de traite de personnes et de trafic illicite des migrants.

 

 

Réalisée par Mahamadou Diallo(onep)