Aménagement hydro agricole de Konni : Les producteurs entre inquiétude et espoir

Dossier
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« A sako muna goota » autrement dit « ouvrez-nous le canal». C’est ce slogan que scandaient les enfants du village de Zango au passage de notre véhicule en route pour le barrage situé en aval du village. C’est le cri de cœur de tous les exploitants du périmètre irrigué de Konni. Leur vœu est peut-être en train de devenir réalité avec le processus de réhabilitation de cette infrastructure engagé par l’Etat grâce à un financement du Millenium Challenge Account (MCA- Niger). Mais avant ce projet, l’état de cette infrastructure ne faisait que se détériorer d’année en année alors que tous les régimes qui se sont succédés entre temps disent faire de l’autosuffisance alimentaire une priorité.

 

3000 hectares (ha) dont 2452 irrigables, c’est la superficie initiale de l’aménagement hydro-agricole de Konni à sa création. Aujourd’hui, c’est entre 200 et 600 ha seulement qui sont exploités en cultures irriguées. L’aménagement hydro agricole de Konni a été réalisé en deux phases : de 1976 à 1979  et de 1982 à 1984, grâce à un financement conjoint du Fonds National d’Investissement (FNI), du Fonds Koweitien (FK) et la Banque Islamique de Développement (BID) pour un coût total de 12,2milliards de FCFA. Il comprend le barrage de Mozagué, celui de Zango, la réserve tampon de Tsernaoua, le canal d’amener de 15 km reliant le barrage de Zango à la réserve de Tsernaoua et le périmètre irrigué proprement dit.

Le village de Mozagué où est construit le principal barrage qui alimente le périmètre de Konni est situé à une trentaine de kilomètres à l’Est de Konni. Les différentes composantes du barrage (digue, le déversoir et la tour de prise) tiennent encore, même si, elles sont vétustes. Cependant, le niveau d’eau est très bas en cette fin d’octobre. « Cette année est très mauvaise pour nous. Les années où la pluviométrie est bonne, le niveau d’eau actuel correspond à celui de la période de mi-janvier », déclare, préoccupé M. Ali Almoustapha, chef d’antenne ONAHA Konni. Cette situation s’explique aussi par l’absence de l’apport en eau de la magia. « Cela fait trois années consécutives que nous ne     recevons pas les écoulements de la magia », précise-t-il.

 

Manque d’entretien et ensablement

 

Mais, ce n’est pas la seule préoccupation de ce responsable de l’ONAHA Konni. « Au fil des années, le barrage a été fortement ensablé d’une part et d’autre il y a les effets du changement climatique », explique-t-il. Aussi, depuis sa réalisation, il n’y a jamais eu de sérieux travaux de réhabilitation. «Il y a eu juste quelques travaux d’entretien courant », précise M. Moustapha. D’une capacité initiale de 30 millions de mètres cube, le barrage a, aujourd’hui, une capacité de 20 millions de mètres cube selon une étude réalisée dans le cadre du projet MCA.

Ainsi après le transfert des eaux à Zango (situé à 8 km), il reste actuellement très peu d’eau à Mozagué. Les populations ont déjà effectué les semis pour les cultures de décrue. De vastes plans de sable sont visibles dans le lit de la marre d’une superficie de 1600 ha. Quelques pêcheurs s’activent aussi à leur activité.

La situation n’est malheureusement pas plus reluisante à Zango. Ici aussi, malgré le transfert des eaux de Mozagué, le niveau du barrage reste encore très bas. A sa création, ce barrage avait une capacité de 15 millions de mètres cubes. Il a perdu aujourd’hui perdu 3 millions de mètres cube de sa capacité pour les mêmes raisons qu’au niveau de Mozagué. Zango est relié à la réserve tampon de Tsernaoua par un canal d’amener d’un linéaire de 15 km pour un débit de 3,6m3/S. Le canal fonctionne encore même s’il a, comme les autres composantes, besoin de travaux d’entretien soutenus.

En cette fin d’octobre, la réserve tampon de Tsernaoua est pleine. En effet, bien que le canal qui relie la réserve aux réseaux d’irrigation soit encore fermé, l’eau coule déjà en petite quantité dans le canal. Cette réserve a une capacité initiale de 2 millions de mètres cube qui serait descendue aujourd’hui à 1,5 millions de mètres cube selon la même étude du MCA. Le canal principal qui part de la réserve a un débit de 8,8m3/S. « Nous avons pour trois mois d’utilisation », nous dit le chef d’antenne ONAHA Konni, précisant toutefois que lorsqu’ils ouvrent le canal principal pour alimenter le périmètre, il leur faut en même temps ouvrir à partir de Zango pour éviter une trop grande baisse du niveau de la réserve. Mais cette année Zango et Mozagué n’ont pas fait le plein. D’où l’inquiétude des principaux acteurs.

Pour l’instant le temps a fait son travail sur les installations.

Sur le périmètre, certains producteurs ont pris de l’avance. Ils ont préparé leurs terrains et ont même effectué les semis profitant de l’humidité naturelle de fin de saison ou utilisant des motopompes et des puisards en attendant l’ouverture des vannes.

Certains canaux sont fissurés, d’autres se sont totalement effondrés. En plus du manque d’entretien dont il a souffert, l’aménagement hydro agricole de Konni fait aussi face à des menaces liées aux activités humaines. Ainsi, les parties les plus proches de la ville ont commencé à être entamées par la spéculation foncière. Des stations services et quelques maisons ont été construites dans l’emprise sinon trop proche du périmètre. Du côté sud ouest de la ville, certains canaux sont totalement obstrués.

C’est dans ce contexte qu’intervient le projet MCA, à travers lequel, l’Etat a décidé de réhabiliter le périmètre irrigué de Konni. Et à l’allure où vont les choses, c’est un travail minutieux qui est en train d’être mené. Ce qui suscite beaucoup d’espoirs et même l’impatience des producteurs qui veulent tant voir leur patrimoine commun remis à neuf.

 

 

Lueur d’espoir pour les producteurs

 

Le projet MCA a deux volets : le développement de l’agriculture à grande échelle et l’accès au marché. C’est dans cette optique qu’est prévue la réhabilitation de l’aménagement hydro agricole de Konni. Trois axes ont été retenus dans ce cadre. Il s’agit de personnes impactées ; du service d’accompagnement et de la réforme de l’irrigation. L’ensemble du projet va durer cinq (5) ans et les travaux de réhabilitation du périmètre devront commencer en début novembre pour durer deux ans. « D’ores et déjà, l’entreprise en charge des travaux a été choisie. Mais, ce sont les exploitants du périmètre qui ont demandé un délai qui court jusqu’au 31 octobre en vue de finir leurs récoltes du fait du retard de l’installation de la campagne hivernale», explique le chef d’antenne ONAHA Konni.

Le processus suit son cours. Le périmètre a été entièrement borné. Les populations qui seront impactées ont été enregistrées et le MCA a signé un partenariat avec une banque pour ouvrir des comptes où seront versés les droits à toutes les personnes qui seront dédommagées. Dans le même ordre d’idée, la zone de servitude du périmètre a été arrêtée d’un commun à 3 mètres au lieu de 25 mètres comme prévu auparavant en ce qui concerne les infrastructures publiques de ce genre. « Cela a pour avantage de mieux maîtriser les coûts du dédommagement qui, si ils sont élevés peuvent impacter négativement sur le projet. Cela permet aussi de limiter les frustrations qui pourraient naître des déguerpissements des propriétés se trouvant sur l’emprise du périmètre », précise M. Ali Almoustapha. En effet, les travaux de réhabilitation impacteront des terres agricoles, des infrastructures publiques. « Toutes les personnes impactées seront dédommagées en fonction des dommages subis », précise le chef de l’antenne ONAHA Konni.

L’autre axe du projet est l’accompagnement. Il s’agit à travers cet axe de résoudre les dysfonctionnements constatés dans la gestion des coopératives. Dans cette optique, le MCA a demandé à l’ONAHA de conformer ses coopératives à la loi OHADA. Désormais, la coopérative aura pour fonction l’approvisionnement en intrants, la commercialisation de la production agricole, les activités génératrices de revenus. Le MCA assurera aussi des formations en nouvelles techniques agricoles, en alphabétisation fonctionnelle, en gestion des coopératives, en transformation.

Avec ce projet, c’est l’esprit visionnaire des autorités d’antan ayant réalisé cette infrastructure, qui est aussi réhabilité et qui est renforcé avec les nouveaux objectifs poursuivis en matière de sécurité alimentaire à travers notamment la stratégie des 3N ‘’les Nigériens nourrissent les Nigériens’’. Et les producteurs, à travers leurs coopératives fondent l’espoir de voir ces travaux finir dans les délais pour qu’enfin, le périmètre irrigué de Konni retrouve son lustre d’antan. « Ici, les gens sont très attachés à la terre, à l’agriculture», fait remarquer le chef d’antenne ONAHA Konni.

 

 

Siradji Sanda, Envoyé spécial(onep)