Editorial : Du bon usage du pluralisme politique 

Edito
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Dans son ouvrage majeur, «Le savant et le politique», le grand sociologue allemand, Max Weber, écrivait que « les partis politiques sont les enfants de la démocratie, du suffrage universel, de la nécessité de recruter et d’organiser les masses ».

Apparus en Occident avec le régime représentatif au XVIIIème siècle, les partis politiques ont pris leur forme moderne à la suite du développement de la démocratie ainsi qu’à l’élargissement du droit de suffrage au cours du XIXème et XXéme siècle.

 

Au Niger, si l’on fait table rase de la période coloniale jusqu’au lendemain des indépendances, le phénomène partisan trouve sa naissance dans le multipartisme intégral décrété par le régime de la décrispation du Général Ali Saïbou à partir de 1990. Les revendications démocratiques du début de la décennie 90 ont ainsi abouti à la création d’une multitude de partis politiques qui vont désormais rythmer la vie politique au Niger.

Trente ans après l’apparition du multipartisme au Niger, un état des lieux du système partisan s’impose afin de jauger la capacité de la démocratie nigérienne à faire face aux défis contemporains. Le premier constat qui se dégage d’une rétrospective générale, c’est que tous les partis qui se sont construits sur des référents identitaires ou autres particularismes grégaires ont lamentablement périclité, ayant sans doute fait les frais de la maturation politique des militants.

En effet, profitant de la candeur ou de l’ignorance des populations, certaines formations politiques avaient cru trouver les moyens de leur prospérité dans l’exploitation éhontée de certaines considérations d’un autre âge. De ce point de vue, on peut dire que les antagonismes entre populations ont constitué, à un moment donné, le fonds de commerce permanent dont ces partis ne sont que la traduction moderne, beaucoup plus que l’expression des principes généraux démocratiques.

Surfant sur ces considérations, ces partis politiques ont profondément contribué à la fragilisation de l’unité nationale et de la cohésion sociale, quand ils soufflent, de façon permanente, sur les braises incandescentes de la discorde nationale. S’ils avaient pu fleurir aux premières heures de la démocratie, aidés en cela par le déficit de culture démocratique des masses, leurs horizons se sont vite assombris lorsque la lumière démocratique a éclairé d’un jour nouveau les électeurs nigériens.

Aujourd’hui, relégués au second plan du paysage politique national, ces partis politiques identitaires ou à forte connotation régionale, ne mènent plus qu’une existence résiduelle ou … végétative. L’Histoire étant impitoyable, ces formations politiques, aujourd’hui, ne méritent leur place que dans des musées de curiosité, si encore un tel musée existe !

Etant morts de leur belle mort, ces partis politiques particularistes auront laissé aujourd’hui la place à un phénomène nouveau qui est le foisonnement ou le pullulement des partis politiques au Niger : environ une centaine de partis politiques reconnus officiellement au Niger pour environ 25 millions d’habitants ! En effet, ces derniers temps, la création d’un parti politique sera devenue un simple jeu d’enfants, chacun voulant s’appeler « président » ou « leader ». La multiplication exponentielle de l’offre politique, si elle témoigne de la variété des menus politiques disponibles, constitue en revanche une source d’instabilité politique et institutionnelle permanente. Comment assurer la stabilité politique avec une pléthore de partis politiques dont la grande majorité ne dispose même pas d’une base électorale conséquente ?

C’est là sans doute le piège inextricable qui guette la démocratie nigérienne dans son évolution. Après la grande foire des partis identitaires, nous assistons aujourd’hui à la messe des ‘’partis politiques bandits’’, c’est-à-dire tous ces partis politiques incapables de remplir, ne serait-ce qu’une seule ‘’Faba-faba’’ d’électeurs, a fortiori de disposer d’un seul élu à quelque  échelon que ce  soit (local ou parlementaire) ! Ces ‘’partis politiques bandits’’ n’ont été créés que pour l’auto-accomplissement personnel du ‘’leader bien-aimé’’ qui peut monnayer son soutien, au gré de ses intérêts, contre un strapontin ministériel, un poste de gouverneur ou de direction générale. Clientélisme !…

Tout comme les partis politiques identitaires, après leur splendeur au début du multipartisme, ont regagné les poubelles de l’histoire, les ‘’partis politiques bandits’’ verront également leurs funérailles décrétées d’ici peu. Il est évident que les partis politiques sont nécessaires dans une démocratie pluraliste, car ils constituent les médians entre le pouvoir et les masses populaires. Ils concourent à la formation et à l’expression du suffrage populaire.

Mais aujourd’hui, dans quelle mesure ces partis qui se résument, presqu’uniquement à la famille du ‘’président’’, participent-ils réellement à la vitalité de notre démocratie ? Une réflexion profonde s’impose dans ce sens afin de séparer la bonne graine de l’ivraie. Dans les pays scandinaves, la parade semble avoir été trouvée dans la fixation d’un seuil minimal électoral en dessous duquel le parti est automatiquement dissout (on aurait pu écrire avec un t à la fin ou un s, car c’est un barbarisme grammatical de la langue française).

Tout près de nous, au Bénin, le Président Talon a simplement ‘’étalonné’’ la classe politique. Au Sénégal, au tout début de l’installation de la démocratie, la vie politique était bipolaire : Gauche et Droite ! Bien sûr, chaque pays ayant ses propres spécificités, loin de nous l’idée de caporalisation de la vie politique, simplement la nécessité d’une rationalisation du système partisan pour une meilleure efficacité dans la gestion des affaires publiques. En effet, la capacité d’un parti politique à durer, à perdurer même à travers le temps, demeure largement tributaire de la qualité mobilisatrice de son organisation. Or, que constatons-nous chez nous ? Le plus souvent, certains partis politiques ne daignent même pas présenter des candidats à des élections, ne serait-ce qu’à titre de témoignage !

Pourtant, les élections sont aussi importantes pour un parti politique comme le sang l’est pour un organisme vivant. Renoncer à se présenter à de telles échéances, c’est abdiquer carrément devant la mission première assignée aux partis politiques. C’est pourquoi, toute la classe politique nigérienne devrait livrer un combat féroce afin de redorer le  blason de la chose politique qui aura été tant galvaudée ces dernières années par l’infantilisation de l’art politique par des gens qui croient que, par un simple raccourci de la politique, ils peuvent se réaliser. L’essence de la politique est éminemment haute depuis la République de Platon et il faut des vertus tout aussi élevées pour prétendre à un tel exercice. Ne se décrète pas leader politique qui le veut, il faut des qualités pour cela : soit on les a, soit on ne les a pas, point barre !

A méditer.

 

Par Zakari Alzouma Coulibaly