Amadou Seydou, directeur régional des Enseignements Secondaires de Tillabéri : «L’éducation coûte trop chère, mais l’Etat du Niger fait beaucoup pour qu’elle soit effective et gratuite»

Invite de sahel dimanche
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le directeur, à quand remonte la création de la Direction Régionale des Enseignements Secondaires de Tillabéry ?

Notre direction régionale a été créée depuis la rentrée scolaire de 2003. Elle est chargée de l’animation et de la coordination de l’ensemble des actions des services et établissements qui relèvent du ministère en charge des enseignements secondaires. Elle compte ainsi la direction elle-même et 14 services déconcentrés, composés de 10 directions départementales, de 2 inspections de l’enseignement secondaire franco-arabe, d’une inspection pédagogique régionale et d’une inspection chargée de l’enseignement de l’éducation physique et sportive. Etant donné que la région de Tillabéry a 13 départements, il y a encore trois départements qui n’ont pas de direction et qui sont rattachés aux anciens départements dont ils dépendent dans le passé.

Il faut retenir que, dans le système éducatif du Niger, l’enseignement secondaire couvre l’enseignement général et l’enseignement franco-arabe. Il s’occupe ainsi du collège et du lycée dans deux types d’enseignement, c’est-à-dire des classes de la sixième à la terminale.

 

Le problème de fréquentation des établissements secondaires se pose-t-il à Tillabéry ?

Dans les centres urbains, le problème ne se pose pas. Mais honnêtement, le problème de fréquentation des établissements secondaires se fait sentir dans les zones périphériques et rurales. Cela est essentiellement dû au problème d’accessibilité, car une fois que les élèves admettent au collège, ils quittent souvent leur village pour un autre plus distant afin de bénéficier de l’enseignement secondaire public. C’est ici que se posent les difficultés pour trouver des tuteurs, surtout si le village de départ de l’élève n’est pas très éloigné de celui qui accueille le collège, même si c’est en milieu rural.

 

Avez-vous suffisamment de matériel et de ressources humaines pour couvrir les besoins de la région en matière d’enseignements secondaires ?

La DRES de Tillabéry a 2.747 enseignants qui lui sont rattachés, dont une écrasante majorité de femmes, ce qui pose un sérieux problème de répartition. En effet, la plupart d’entre elles sont dans les centres urbains, tandis que les centres périphériques ont des problèmes d’enseignants. Généralement, les enseignantes de Tillabéry sont des femmes mariées qui ont leurs époux à Niamey et qui optent pour la navette régulière entre leurs lieux de travail et la ville de Niamey ; ces déplacements fréquents impactent négativement l‘efficacité sur le terrain.

En ce qui concerne les infrastructures, la Direction Régionale des Enseignements Secondaires de Tillabéry comptabilise 1.887 classes, dont 1.095 sont en matériau définitif, et le reste est constitué de classes en banco ou en paillottes.

 

En dehors de la répartition des enseignants, existe-t-il d’autres difficultés, surtout en lien avec la situation sécuritaire ?

C’est vraiment une préoccupation qui est en train de prendre de l’ampleur. En octobre 2017, un soir, le village de Bossey Bongou a été attaqué et les classes, aussi bien du CEG que du primaire, incendiées. Les enseignants ont également été menacés de mort, ce qui a conduit à la fermeture de l’école. Pour pallier au problème, nous avons transféré tous les élèves de cet établissement à Torodi et quelques-uns à Makalondi, à cause essentiellement des relations que leurs parents ont dans ces deux villes.

Après Bossey Bongou, vers la fin de l’année, il y a eu une autre attaque à Inatess, vers la frontière du Mali. Ici, c’est le village qui a été attaqué, ce qui a fait fuir la population et conduit à la fermeture de l’école. Ici aussi, les élèves du secondaire ont dû être transférés dans les établissements du chef-lieu de département, à Ayorou, et quelques-uns d’entre eux sont dans la ville de Tillabéry où ils sont inscrits au CEG1.Il y a eu récemment, à côté de Makalondi, un village qui a été aussi agressé qu’on appelle Kiki.

Dans le cadre de la résolution du problème de Bossey Bongou, nous devons remercier l’honorable Souley Dioffo, député national du département de Torodi et président de la commission des affaires sociales et culturelles de l’Assemblée Nationale. Aussitôt après l’attaque de l’école, il a déplacé et entretenu les 37 candidats au BEPC de ce village au chef-lieu de Torodi. Ce soutien a permis de dépasser les 0 à 2% habituels de réussite au BEPC à Bossey Bongou, pour approcher les 50%.

 

Quelles sont les dispositions prises par la DRES de Tillabéry pour mettre les enseignants de ces zones dans de bonnes conditions de travail ?

En dehors de ces trois localités citées précédemment, aucun autre établissement n’est fermé. Tous fonctionnent normalement, malgré la psychose qui a gagné les enseignants à un moment ou à un autre. En temps qu’administrateur du système public d’enseignement, nous ne pouvons que reconnaitre le sacrifice de ces enseignants qui, jour après jour, surmontent leur peur et assurent le fonctionnement de nos écoles. A chaque fois que l’occasion se présente, nous leur présentons notre gratitude et leur remontons le moral.

 

Quelles sont les perspectives d’avenir pour la DRES de Tillabéry ?

Donc depuis 2018, nous avons beaucoup d’interventions dans notre système éducatif régional. Mais, notre principale source de financement vient du fonds comun qui nous soutient dans la construction de nouvelles salles de classe et la réhabilitation de celles qui sont anciennes, la confection de table-bancs et la formation des enseignants de la région de Tillabéry en vue d’améliorer leurs compétences. En deux ans, nous avons reçu de ce fonds plus de 500.000.000 F CFA.

Nous disposons aussi, chaque année, d’une somme d’environ 5.000.000 F CFA pour conduire des actions de sensibilisation pour le maintien des enfants à l’école, particulièrement celui de la jeune fille. Nous ciblons des zones où le problème de fréquentation se pose pour les filles. La mission en elle-même consiste à rassembler tous les acteurs du système éducatif, y compris les parents, en vue de les sensibiliser sur l’inscription et le maintien des enfants dans les écoles. Ces équipes, qui sillonnent tout au long de l’année l’ensemble de la région de Tillabéry, sont composées d’agents de la DRES et de notre ministère de tutelle.

I’UNICEF fait aussi partie de nos partenaires. Il intervient principalement dans trois communes du département de Ouallam qu’on appelle communes de convergences, à savoir les communes de Dingazi banda, Tondichiwindi et Simiri.

 

Quel message voudrez-vous livrer aux enseignants et aux communautés locales ?

Mon message, au-delà des enseignants du secondaire, s’adresse à l’ensemble de la communauté. L’éducation  coûte trop chère, mais l’Etat du Niger fait beaucoup pour qu’elle soit effective et gratuite. Il a créé les établissements scolaires, recruté les enseignants, payé les table-bancs et les fournitures scolaires. Mais malgré tous ces efforts, les conditions dans les salles de classe ne sont pas ce qu’elles doivent être. Le fonds commun a investi en deux (2) ans un demi-milliard de francs CFA, mais l’Etat du Niger, à lui seul, a dépensé beaucoup plus que cela sur le même laps de temps dans l’enseignement secondaire à Tillabéry. La communauté doit comprendre qu’il est temps pour elle d’accompagner l’Etat pour améliorer les conditions d’étude des scolaires.

 

Réalisée par Souleymane Yahaya, envoyé spécial (onep)