EDITORIAL : Une célébration dissipée par le deuil

Edito
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Ce jour, 18 décembre 2019, le Niger commémore le soixante-un énième anniversaire de la Proclamation de la République, précisément le 18 décembre 1958. Deux ans plus tard, le 3 août 1960, la nouvelle République accéda à la souveraineté.

Sortie très affaiblie de la Seconde Guerre mondiale, influencée par les idées communistes sous l’égide de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière), la France, puissance tutélaire, n’avait d’autre choix que de céder aux velléités souverainistes sur les colonies qui ont joué un grand rôle dans la libération de la patrie de De Gaulle en 1945. Mais c’est véritablement le référendum gaulliste de 1958 relatif à la Communauté française qui constituera le point de départ de la proclamation de la République.

Dans un pays comme le Niger, avec un territoire immense, disposant de peu d’infrastructures de développement et surtout avec un taux de scolarisation quasi nul, les défis à relever étaient énormes et tenaient, bien souvent, de la gageure. Néanmoins, grâce au sens élevé du nationalisme des Pères de l’indépendance, ces défis furent très vite transformés en ambitions politiques et en slogans de développement. Avec une mosaïque d’ethnies disparates, aussi éloignées géographiquement que linguistiquement, la question de l’unité nationale et de la cohésion sociale fut érigée en priorité absolue.

La célébration nationale de ce jour anniversaire a revêtu plusieurs formes, selon les époques et selon les régimes politiques qui se sont succédé à la tête du Niger contemporain. Donnant souvent lieu à des manifestations festives sur toute l’étendue du territoire national, la date anniversaire du 18 décembre est entrée dans une nouvelle dimension avec l’institution de la fête tournante depuis le régime de la Cinquième République qui en a été l’inspiratrice jusqu’à l’actuelle Septième République qui l’a portée aux fonds baptismaux avec, à la clé, d’importants investissements mobilisés, l’objectif visé étant de doter les chefs-lieux de régions d’infrastructures modernes au profit du développement socioéconomiques de ces entités.

Malheureusement, cette année la commémoration de cet important rendez-vous de l’histoire a coïncidé avec cette fatidique journée du 10 décembre qui a été ensanglantées suite aux attaques terroristes perpétrées contre nos forces de défense et de sécurité, obligeant les plus hautes autorités du pays de décréter trois jours de deuil national. Face à cette tragédie nationale, l’heure ne pouvait plus être à la fête, à la joie, mais bien à la tristesse et au recueillement. Devant cette hécatombe nationale, en toute sagesse, il a été décidé de l’annulation de toutes les activités sportives et culturelles devant marquer la célébration de cet évènement national.

Il faut souligner qu’il y a des guerres qu’on choisit de mener pour une raison ou pour une autre ; il y en a par contre celles qui nous sont imposées, et le terrorisme en fait bien partie. Cette guerre que mènent les pays du Sahel contre le terrorisme n’a jamais été une croisade volontaire, un désir d’expansion comme le sont les guerres classiques. Cette guerre n’est que la conséquence de l’inconséquence d’un certain Occident mû par la volonté d’en finir à tout prix avec le régime de Kadhafi en Libye. Il faut dire que l’instauration à pas forcés de la démocratie à l’occidentale dans certaines contrées du monde, souvent rétives à ce genre de culture, a sans doute été la cause profonde de l’apparition et la prolifération des mouvements djihadistes dans ces régions. Les cas de l’Afghanistan et de l’Irak en sont la parfaite illustration.

Pour ce qui concerne notre espace sahélo-saharien, la destruction de la Libye par l’OTAN et la France explique largement la montée de l’insécurité dans cet espace. Non contents d’être à l’origine du changement climatique par sa grande capacité pollueuse qui annihile tous les efforts de développement des pays du Sud, voilà que l’Occident se rend coupable de créer le chaos dans les pays du Sahel par son intervention irréfléchie en Libye.

Et, aujourd’hui, malgré la présence militaire massive de l’Occident au Sahel, on note une montée en puissance des mouvements djihadistes dans cette partie du monde. Cette situation paradoxale amène les Africains à être dubitatifs quant à l’efficacité ou l’efficience de nos amis de l’Occident.

Il n’est point question de verser dans un quelconque sentiment anti-Occidental pour justifier la situation actuelle, car nous restons convaincus que nos pays ont besoin de cette aide internationale, face à la modicité de nos moyens actuels afin de juguler ce fléau qui sème la désolation au sein de nos populations.

Pour notre part, nous-en appelons, face à l’urgence de la situation sécuritaire, à une prise de conscience internationale sur l’impérieuse nécessité de se mobiliser, comme un seul homme, pour éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes.  C’est une guerre qui ne concerne pas seulement les populations du Sud, mais bien la planète entière. Trêve donc des postures attentistes, mais bien place aux actions énergiques pour mettre en place un dispositif efficace de lutte contre l’obscurantisme qui enfante ces monstres djihadistes. Pour sa part, le Niger, sous la conduite éclairée du Président Issoufou, ne démissionnera pas devant ses responsabilités, et se tiendra toujours du côté des forces du Bien. Car, comme l’a clairement souligné, « dans le combat contre le terrorisme nous avons besoin, non pas de moins d’alliés, mais de plus d’alliés »

Ni les attentats, ni la répétition de ces attaques meurtrières n’entameront la détermination des forces de défense et de sécurité et celle du peuple nigérien tout entier dans cette guerre injuste qui nous a été imposée ! Sur ces notes d’espoir empreint d’un réel volontarisme, nous souhaitons à tous joyeux anniversaire et restons mesurés dans cette célébration par respect à la mémoire de ces vaillants et dignes fils de la république tombés en défendant le Niger et son peuple.

Qu’Allah le Tout Miséricordieux les agrée dans son paradis éternel et fasse que leur sacrifice ne demeure point vain !

 

Par Zakari Alzouma Coulibaly