Sargane (Ouallam) : Sur la tombe de Mali Béro, l’ancêtre des Zarma

Dossier
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Situé à sept (7) Km de la ville de Ouallam, le village de Sargane est connu ou entendu par toutes celles ou ceux ayant fréquenté l’école. En effet, le nom de ce village est dans les livres d’histoire du Niger. Cette histoire nous apprend que Sargane est en fait le village où repose en paix l’ancêtre des Zarma appelé Mali Béro. Ce dernier était originaire du soudan (le Mali actuel). Il décida un jour de quitter son territoire suite à une bagarre qui opposa un de son village à ceux des « Sourgous », au cours d’une baignade à la mare de «Mallé ».

Les enfants des « Sourgous » prirent chaque fois les habits des enfants du village de Mali Béro pour essuyer leur corps. Un beau jour, un enfant issu du village de Mali Béro avait décidé de ne plus accepter qu’un « Sourgou » essuie son corps avec ses vêtements. Lorsque le « sourgou » répéta son habitude, il a été tué par l’enfant. L’information parvint à la maison comme quoi, une des progénitures du village de Mali Béro a tué un enfant de leurs voisins « Sourgou ». Ne voulant pas que la situation dégénère Mali Béro regroupa l’ensemble du village pour leur proposer de quitter urgemment. C’est ainsi qu’il ordonna aux habitants du village d’aller urgemment chercher des tiges de mil pour la confection du « Barma Daba ». Ce dernier est le soubassement sur lequel repose un grenier.

Rapidement les habitants confectionnèrent le « Barma Daba » dans lequel Mali Béro et sa descendance entrèrent pour s’envoler et atterrir finalement à Sargane après une série d’escales dans plusieurs localités. Mali Béro fut resté à Sargane jusqu’à la fin de sa vie. Il repose désormais en paix dans ce village du département de Ouallam. Selon le chef du village de Sargane Baba Windi M. Abdou Idrissa, la tombe de Mali Béro était jusqu’à une date récente menacée par la vallée de la Tinga. Cette situation qui n’honore pas les habitants du village avait conduit l’association des ressortissants à cotiser de l’argent pour clôturer la tombe. Celle-ci est gardée par M. Ibrahim Hamadou. En fait, la tombe de Mali Béro se trouve dans le champ de M. Ibrahim.

A l’unanimité, les habitants du village de Sargane ont décidé de lui confier la clé de la porte du mausolée de l’ancêtre des Zarma. «Nous n’avons pas eu la date naissance de Mali Béro, encore moins l’année de son décès parce qu’il remonte vraiment aux temps anciens. Il n’existe pas aussi un objet utilitaire qui appartient à Mali Béro pour qu’on puisse dire avec exactitude voilà un récipient qu’il utilisait pour telle activité. Notre objectif est de faire de ce lieu sacré, un véritable site touristique et culturel. Mais faute de moyens conséquents, on se contente de sauvegarder à notre manière le lieu pour la postérité. C’est pourquoi, on ne peut parler d’un entretien à la hauteur de cet espace symbolique. Le gardien de la tombe devrait normalement mettre du sable et faire en sorte que l’espace soit toujours propre», a expliqué le chef du village de Sargane Baba Windi.

Tout autour de la tombe, le visiteur va remarquer des arbres plantés. Par ailleurs, la tombe fait régulièrement l’objet de visites. Faute de statistiques fiables, le chef du village de Sargane Baba Windi précise que la tombe de Mali Béro reçoit surtout la visite des chercheurs et étudiants de l’Université Abdou Moumouni ainsi que des gens d’autres nationalités. A l’époque, les habitants du village de Sargane se recueillaient sur la tombe de leur ancêtre à la vieille des premières pluies de la compagne. Outre ce recueillement, les habitants faisaient aussi des sacrifices pour implorer le Tout Puissant pour que la campagne qui s’annonce soit bonne pour l’ensemble de la communauté. Avec l’Islam et le modernisme, ces habitudes des populations sont en train de disparaitre progressivement. « Nous sollicitons de l’Etat et des bonnes volontés un soutien fort dans le cadre de la conservation de cette tombe qui constitue un symbole dans la généalogie des Zarma », a conclu le Chef du village de Sargane Baba Windi.

 

Hassane Daouda, Envoyé Spécial (onep)