Interview de M. Idrissa Souleymane Kané, Directeur Général de Niger Poste : «Notre vision pour Niger Poste, c’est d’avoir des ressources humaines de qualité et en quantité, et une gouvernance financière proche d’une entreprise qui cherche des certifications ISO»

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Monsieur le Directeur Général, pouvez-vous nous faire un aperçu sur la situation de Niger Poste au moment où vous avez été nommé à la tête de cette institution ?

Effectivement, quand j’ai été nommé, la situation n’était pas des meilleures. Il y avait vraiment une atmosphère de découragement au sein même du personnel, dans un contexte de ralentissement des activités de l’institution. Il était donc question de remettre de baume au cœur du personnel, et pour cela nous avons misé sur un certain nombre d’outils en vue, d’une part redonner confiance au personnel, et d’autre part de mettre en place vraiment des nouveaux services, produits innovants pour certains et une gouvernance adaptée à une entreprise du 21eme siècle.

Qu’en était de la situation financière au moment de votre prise de fonctions, sachant qu’à un moment les activités de Niger Poste étaient quasiment au ralenti ?

La situation financière n’était pas du tout reluisante. Une société comme la nôtre se doit de développer un chiffre d’affaires minima pour pouvoir supporter ses charges et tenter de se développer. Malheureusement, notre société était en quasi déficit annuel et le chiffre d’affaires était l’un des plus bas par ce que qu’il y’avait une problématique liée à la vacance de poste à la Direction Générale pendant 4 mois, et cela a sans doute accéléré un décroissement de l’activité.  Je suis arrivé en juillet 2017. Malgré un rebond qu’on a constaté, en comparant les chiffres d’affaires par rapport au dernier mois, le chiffre d’affaires était de 900.000 millions. Le déficit, vous pouvez l’imaginer, était encore plus important. Après on parlera de 2018, année au cours de laquelle on a commencé à déployer notre stratégie de relance des activités.

Qu’en était-il du côté des ressources humaines ?

Le personnel de Niger Poste se situait à un peu moins de 400 agents. Comme les autres institutions du Niger, aujourd’hui, on est dans une phase où il y’a beaucoup de départs à la retraite, notamment en fin 2017 et 2019. C’est à ce titre que nous avons lancé une stratégie qui est en cours en vue du renouvellement en quantité et en qualité du personnel de Niger Poste. On est en train de voir comment améliorer le nombre de personnes, car au regard des activités que nous menons actuellement, on se rend compte qu’on est en déficit de personnel. On a une centaine d’agences à l’intérieur du pays qui représentent notre réseau, notre front office par rapport au public.

Donc il y’a le réseau, les bureaux de postes, les agences  qui sont en back office, c’est les directions régionales ; mais effectivement le personnel est en majorité repris dans ces bureaux. Ce personnel n’est pas équitablement réparti, parce que quand il y avait une personne qui part en retraite, il fallait trouver un remplaçant, et comme la ressource n’est pas suffisante, la société a été très prudente en matière de recrutement et de renforcement de capacité du personnel.

 

 

Mise en œuvre d’une stratégie axée autour de trois valeurs…

 

 

Quand j’avais pris service, c’est le constat que j’avais fait, c’est que la société était recroquevillée sur elle-même, et qui attendait une forme de mort annoncée. Il n’y a aucune ambition d’aller de l’avant, dans un contexte de découragement global.

Donc notre idée était de mettre en œuvre une stratégie axée autour de trois valeurs. La première valeur c’est la confiance, amener le personnel à retrouver la confiance en soi-même, mais aussi que les clients regagnent confiance en Niger Poste, car ce sont les clients qui font une société commerciale.

La deuxième valeur était de développer une stratégie basée sur les services de proximité en tenant compte de la concurrence. Et la troisième valeur, qui est très importante pour toute société se trouvant dans une logique de développement, c’est de trouver des mécanismes, des produits, des services, permettant de pouvoir avoir des axes de développement supplémentaires à ceux qui étaient connus classiques. Véritablement c’était cette gouvernance qu’on a mise en place autour de ces trois valeurs, ce qui implique une déclinaison au niveau de la  gouvernance interne.

Devant la situation difficile de la société, les dirigeants faisaient un peu du chacun pour soi, chacun essayant de sauver son petit cercle d’or. Pour sauver tout dans l’ensemble, on a dû mettre en place une certaine gouvernance qui va de la Direction générale aux entités opérationnelles. On a aussi mis en place une gouvernance autour du marketing en revoyant nos offres, y ajouter de nouvelles offres, tout en faisant en sorte qu’elles soient accessibles au public. C’est dans ce sens qu’on a développé cinq nouvelles offres que chaque postier connait et fait en sorte que les clients les connaissent. Ces offres concernent la logistique, le classique poste, le transfert d’argent, le service premium  et le service CCP.

Dieu merci, on a eu des résultats souvent spectaculaires dans des domaines comme la logistique par exemple, et puis en innovation on a fait du marketing et de la communication et on a fait notre gouvernance. Ce sont là, essentiellement, les ingrédients qu’on a mis pour redresser la barre.

 

Peut-on dire que Niger Poste est quasiment installé aujourd’hui sur l’ensemble du territoire  national ?

L’élan qu’on a pris nous permet de vouloir avoir plus d’ambiance pour être présent dans la quasi-totalité des communes. La stratégie dont je parle découle d’une vision qui est d’être l’une des plus grandes entreprises de ce pays. On est même pas arrivé à cet objectif de hisser la boite parmi les cinq plus grandes entreprises du pays, mais il faut rester humble parce que, sans ambition, sans vision on ne pourra pas avoir des objectifs. Pour ce faire, il faut aller étape par étape et voir tous les volets de croissance. Il faut que le réseau soit aussi plus large.

La proximité dont je parle, c’est être proche très proche de nos clients. Aujourd’hui, par exemple sur certains domaines comme le transfert d’argent, on a des concurrents qui sont solides. Cependant, chaque société a sa propre stratégie, nous la nôtre est de faire attention aux charges que cela génère. Soit on fait un mixte ou un cocktail de la proximité de l’innovation, parce que à travers des produits et services qu’on va bientôt mettre en œuvre, le client n’a pas besoin d’être  dans notre lieu physique, il peut facilement être chez nous à travers une plate-forme sur son téléphone portable.

Pour revenir à votre question, oui on a l’ambition d’être dans l’ensemble du territoire. L’une des premières étapes ce sont les communes. On s’appuie sur notre stratégie qui est très importante qui n’est pas portée par nous, qui est la stratégie de l’ANSI entrant dans la cadre d’une stratégie du Président de la République et qui consiste à ce que des services publics puissent être disponibles à travers le canal du digital dans les 15.000 villages du pays. Nous on a l’ambition d’accompagner ce processus. L’ambition finale, c’est d’avoir 15.000 points de contact. On a déjà 100 points de contact, il y a du chemin à parcourir, mais on va aller étape par étape.

 

Monsieur le Directeur Général, pourquoi toute cette batterie de mesures et quels résultats concrets ont-elles permis d’obtenir ?

Aujourd’hui, les postes sont des sociétés qui comptent dans le développement d’un pays notamment économique et social mais aussi dans l’équilibre même d’un pays. Il y a des très grandes sociétés de postes qui font des chiffres d’affaire s’élevant à des milliards d’euros. Par exemple, la poste française développe un service appelé ‘’veiller sur les parents’’. Ce concept est  parti  d’un postulat ou constat qu’en France il y a plus de 80 000 facteurs, ces derniers sont les seuls éléments d’une institution publique qui sont acceptés dans le domicile par les français. En France, la population est très regardante sur son droit mais les facteurs sont les seuls pour quelqu’un de pouvoir rentrer dans le domicile lié à la confiance dont je parlais tantôt. C’est  ce qui a fait que  la poste à développer un tel service. Quelqu’un qui est à Paris dont le père est à Montpellier peut avoir un service car le facteur effectue sa tournée chaque jour. Celui-ci va aller voir le papa, prendre le café avec lui et envoyer un SMS pour dire que le papa va bien. Ça c’est un service. Quand il y a des dégâts on vient faire l’expertise en prenant la photo. Ça, c’est quelque chose qui relève des assurances. La poste est  une entreprise à multiples services, pratiquement cinq entreprises. Cela commence par du courrier et des colis avec tout ce que cela implique, à la logistique, au service financier et à d’autres services innovants. La poste est une forme de ‘’couteau suisse’’. La première mesure que j’ai prise c’est de redonner confiance à cette société. C’est ainsi que nous avons organisé la semaine de la poste. Pendant deux mois et demi nous avons travaillé ardemment pour mettre en place cette  offre, faire en sorte qu’il y ait l’appropriation des postiers, comprendre où on va aller et s’annoncer au grand public. Au finish, c’est le client qui fera en sorte que la société se développe. A travers cette semaine, nous avons annoncé cinq offres, des projets rapides à monter dont KAOMINI en est un. On a vraiment montré où est ce qu’on va aller. Aussi la visite de la société nous a permis de procéder au renforcement des capacités de là où le besoin se fait sentir. Je vous rappelle quand j’étais arrivé il n’y a qu’un tout au plus deux commerciales. S’il n’y a pas un personnel qui va vendre nos offres nous ne pouvons pas se développer. En plus, il y a une contrainte car on ne peut pas recruter. Une agence nous a accompagnés avec des finances commerciales qu’on a formés qui ont vendu énormément nos offres à travers un travail très dur. Grâce à la persévérance et le refus de l’image du mendiant on a pu surmonter les obstacles.  Nous nous sommes dit qu’on ne doit pas être comme des mendiants car plus tu te présentes avec une attitude du mendiant plus ceux qui t’aident qu’à subsister. Tu n’auras pas d’appui te permettant à te développer de surcroit aidé les autres. Aujourd’hui, nous sommes très fier d’être le partenaire officiel de transport de l’Agence l’UA 2019, chose inimaginable, il y a seulement deux ans. Le Président de la République était très fier. Nous avons pu accueillir le sommet de l’UA avec plein d’espoir avec l’exécution d’infrastructures comme l’Aéroport International Diori Hamani et l’Hôtel Radisson Blue exécutés en 11 mois chacun. Nous faisons partie de ceux qui ont contribué à cela  à travers la logistique. C’était un grand défi. Nous avons peiné. On a réussi cet exploit. Dieu merci, c’était  un des facteurs qui a fait booster notre chiffre d’affaires en 2018. Aujourd’hui, Niger poste est une référence en termes de logistique. On n’est parti de rien. Vouloir, c’est pouvoir. Dans la sous-région, il y a des sociétés des postes qui font des chiffres d’affaires de 10 à 27 milliards notamment Cotonou et Lomé. En 2017, nous sommes  à 900 millions alors que nous avons les mêmes capacités et mêmes services.

Avez-vous des sociétés agréées qui vous aident ?

Avant nous n’avons rien. Pas de camion. Quand tu n’as pas le moyen trouve un mécanisme. On a fait signer un contrat d’exclusivité avec une société de la place. Nous avons amené un carnet d’adresses et elle le savoir-faire. De part et d’autre chacun à  ses clients en faisant  en sorte que la logistique soit un pilier du Niger poste. Ce partenariat nous a permis de décrocher des activités avec SUMMA mais  aussi avec l’armée. La logistique, c’est les hommes pas seulement le matériel. C’est les hommes d’expériences, la compréhension, l’enthousiasme. On peut faire de la logistique.

Rien que dans le domaine de la logistique on a pu faire un chiffre d’affaires de 2 milliards de chiffre d’affaires. Les partenaires nous font confiance. Je me rappelle quand on a approché l’Agence UA 2019. Elle nous a demandé si nous  faisons de la logistique. Elle nous a confié aux partenaires. C’est ainsi que nous avons transporté des dizaines de conteneurs. Par la suite nous avons signé un contact inclusif en septembre grâce à la confiance qui s’est créée entre nous. Bref, nous avons pu transporter plus de 80% de conteneurs dans le cadre des travaux de l’Aéroport et Radisson.

Quand je visite l’Aéroport ou  Radisson je vois la signature de Niger poste. Nous sommes en train d’améliorer notre prestation. Je peux vous assurer qu’on peut transporter jusqu’à 300 camions en deux semaines. Notre offre logistique va être encore plus adaptée aux grands projets d’infrastructures qui sont en train d’arriver au Niger.

Certains avancent que tout est mis en œuvre, lors de votre arrivée à la tête de Niger Poste, pour vous permettre de réussir votre mission. Avez-vous bénéficié d’un soutien de taille ?

Les personnes qui peuvent être concernées par ce soutien n’étaient pas au courant lorsqu’on on m’a demandé de relever ce challenge. Je vous rappelle que j’ai  travaillé à la poste française. J’ai travaillé sur des gros projets. Des projets de millions d’euros. Par exemple  travailler pendant cinq ans permet d’économiser près de 10 millions d’euros pour la poste française chaque année. Imaginé si on multiplie ce nombre à nos francs. Si l’on peut aller dans ce débat, je ne suis arrivé qu’en 2017. J’aurais pu venir un peu plutôt si j’ai besoin d’un soutien. En fait, c’est une proposition d’aider le pays qui  m’a été faite que j’ai acceptée.

J’ai une idée moins visible que celle que j’occupe qui m’a été fait que j’aurais pu prendre ou accepter pour passer inaperçu. Ce qui m’intéresse ici, c’est de mettre ma compétence au service de cette société. Ce qui compte pour moi, c’est le résultat. L’essentiel c’est de relever ce défi. Même dans la gestion actuelle, certains  pensent que je peux avoir certains privilèges et ce sont ces privilèges qui m’aident. Je les renvoi aux postiers pour écouter leur appréciation de notre façon de travailler. L’abnégation avec laquelle nous travaillons. Ce n’est pas ma personne qui est concernée, c’est plutôt la société qui est concernée. Si les partenaires veulent travailler avec nous c’est grâce à la contribution des uns et des autres. C’est l’exemple de notre partenariat avec l’Agence l’UA. Ce qui compte c’est surtout le résultat.

L’essentiel, c’est de relever ce défi. Même dans la gestion actuelle, certains  pensent que je peux avoir certains privilèges et ce sont ces privilèges qui m’aident. Je les renvoi aux postiers pour écouter leur appréciation de notre façon de travailler. L’abnégation avec laquelle nous travaillons. Ce n’est pas ma personne qui est concernée, c’est plutôt la société qui est concernée. Si les partenaires veulent travailler avec nous, c’est grâce à la contribution des uns et des autres. C’est l’exemple de notre partenariat avec l’Agence l’UA. Ce qui compte c’est surtout le résultat.

Comment appréciez-vous la plus-value de vos nouveaux produits, notamment à travers l’application de commerce électronique dénommée ‘’KAOMINI’’ et le traitement des salaires des contractuels ?

KAOMINI est un nouveau service auquel je crois fortement et qui, à terme, peut être révolutionnaire pour le Niger. Avec KAOMINI, nous sommes dits qu’il faut rester avec un esprit ouvert et savoir comprendre comment le monde marche. Il y a environ un mois j’étais à Genève où j’avais pris part à un Congrès extraordinaire de l’Union Postale Universelle qui portait sur la problématique des Postes et d’un sujet qu’on appelle les ‘’Petits paquets’’.

Tu parles de ‘’Petits paquets’’ à un Nigérien, il  te dira qu’il s’en fout ! Pourtant, les ‘’Petits paquets’’, c’est un business énorme engendré par les ventes sur E-commerce. Vous savez qu’avec le développement du E-commerce les intérêts des Etats Unis se sont trouvés menacés et ils ont protestés en estimant qu’il n’y a pas d’égalité aux échanges commerciaux, par exemple avec un pays comme Chine où ils disent que cela engendre d’énormes pertes d’argent pour les USA. Ainsi, le compromis qui a été trouvé, dans les négociations sur le système de répartition, est de permettre aux Etats Unis d’engranger 500 millions de dollars par an rien qu’à travers les ‘’Petits paquets’’.

Et nous quand des gens disent qu’on est dans un petit pays qui ne compte pas, je dis, ce n’est pas exact. Je vais juste donner deux exemples à ce propos. Quand il s’agissait du développement de la téléphonie mobile, les gens n’y croyaient pas, et pourtant la téléphonie mobile est entrée de façon spectaculaire dans nos pays.

Quand on est passé à la deuxième phase de la téléphonie mobile, à  savoir l’avènement du Smartphone, le téléphone intelligent en 2007 avec Apple, les gens, y compris les concepteurs eux-mêmes, ne croyaient pas que cette technologie n’allait pas entrer dans nos meurs. Pourtant, aujourd’hui, dans les villages les plus lointains du Niger, vous avez des Smartphones.

Lorsque des services comme Viber et WhatsApp ont fait leur apparition, les gens pensaient que ces services-là ne seront jamais utilisés chez nous. Et aujourd’hui, ces services sont utilisés partout et par presque tout le monde. On oublie que le Niger est un pays dont la balance commerciale est carrément déficitaire, car on ne fait qu’importer, sans presque rien exporter.

C’est à  cet égard que le Président de la République, Champion de la ZLECAf, s’est fortement engagé en faveur du renforcement de l’unité africaine pour aboutir à la création d’un vaste marché commun à l’échelle continentale. Pour comprendre clairement l’importance de cette réforme, il  faut se rendre compte que l’Union européenne est un marché, les Etats Unis en sont un autre. Si on les prend individuellement, les pays européen seraient des nains par rapport au bloc Etats Unis, au bloc Chine et au bloc Inde. Ceci, pour dire que, pour s’en sortir, les gens doivent aller plus loin.

Le Niger dispose de beaucoup  de ressources reconnues comme la viande, l’oignon, le kilichi et bien d’autres. L’idée est qu’il faut aller plus vers l’exportation de nos produits, car c’est le seul moyen pour avoir une balance commerciale plus ou moins équilibrée. Et l’export est possible à travers l’E-commerce. Quand des grands mastodontes du E-commerce vont s’implanter dans notre pays, la première chose à faire c’est d’importer des produits d’Europe, de Chine et du reste du monde vers le Niger, ce qui aura pour effet d’approfondir notre balance commerciale.

 

90% des produits qui sont sur KAOMINI sont des produits nigériens, faits par des Nigériens !

 

L’idée de KAOMINI, c’est quoi ? C’est d’être une plate-forme qui  est contre cette façon de voir les choses ; c’est de mettre d’abord en avant nos produits. En effet, 90% des produits qui sont sur KAOMINI sont des produits nigériens, faits par des Nigériens ! Ainsi, il  permet de développement des secteurs nigériens.

C’est vrai que KAOMINI est encore un service méconnu et qui n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière, pour diverses choses dont l’internet qui accuse encore des réelles insuffisances, mais nous pensons que ça va venir, et le jour où ça va venir, nous devons être prêts.

Avec KAOMINI, un commerçant qui est à Madaoua ou à Tessaoua peut vendre son kilichi à un nigérien qui est en Belgique, qui en demandera parce qu’il en a l’envie, en passant par KAOMINI qui permettra de lui expédier très rapidement le colis par la Poste. Pour ce faire, il lui suffira de s’enregistrer sur la plate-forme KAOMINI, ce qui fera rentrer de la devise au Niger. Et ce commerçant de Madaoua ou de Tessaoua qui gagne 50.000 F par mois, pourrait voire son chiffre d’affaires s’élever aux millions. Voilà vers où nous voulons aller avec KAOMINI, e c’est une sorte d’idéologie pour nous.

Aujourd’hui, il y a beaucoup de postes qui vont nous dire de venir, on va créer des hubs ici et là. C’est pour vous déverser des produits chinois ou indiens, et on va faire sortir la devise. En ce moment-là nos pauvres petits commerçants vont encore tomber. Et après, on va venir se plaindre qu’on est dernier. Donc, nous on propose une solution pour permettre au Niger d’être au diapason de ce qui se passe dans le monde et, mieux, d’aller plus loin.

L’ambition pour KAOMINI, peut être que c’est un rêve, c’est d’être au niveau d’une plateforme comme Zunia, cette plateforme sud-africaine qui est aujourd’hui est entrée dans la bourse. Ce serait une fierté d’avoir KAOMINI. Le mot KAOMINI n’a pas été choisi au hasard parce que c’est un mot qui nous représente. Je peux vous dire qu’à chaque fois qu’on va dans les différentes rencontres internationales, c’est la même rengaine. Nous, les africains, on n’a pas d’argent. Mais lorsque nous avons présenté le concept KAOMINI, les participants étaient épatés au point où ils m’appellent même KAOMINI. Je sais que les gens ne voient pas la portée des reformes que nous sommes en train d’engagées, mais l’histoire nous jugera.

Nous avons développé cette plateforme à Niamey sur fonds propres. L’ambition, c’est 2020 pour développer cette plateforme sur l’ensemble du pays.

Je vous donne par exemple cette information, c’est que des jeunes qui ont commandé leurs motos via KAOMINI. Pendant la fête de Tabaski, les gens commandent leur gaz, ce qui est une facilitation. Tu es à la maison, il te manque un produit chez toi, il suffit de cliquer sur la plateforme KAOMINI et on t’amène ce produit. Voilà ce qui est derrière KAOMINI. J’avais parlé de 15.000 villages intelligents et l’idée est de faire en sorte qu’à travers la connexion, tous ces villages puissent utiliser la plateforme

Qu’en est-il de la question du traitement des salaires des contractuels ?

Merci cette question est une question d’actualité. Je suppose que lorsqu’on dira qu’il y a des missions sur Niger poste, beaucoup vont attendre cette question. Je voudrai d’abord vous donner une sorte de fuite. Niger poste aujourd’hui, c’est comme si on avait cinq (5) sociétés. On a cinq offres : l’offre classique poste qui est le cœur de notre métier (acheminement et envoi de courrier de colis national et international). Aujourd’hui, il faut que les gens se rendent compte d’une chose. Lorsque tu dois envoyer un courrier en France ou aux Etats Unis pour une inscription ou un dossier très important, ce n’est pas à la poste que vous passez. Il faut que les gens se remémorent. Quand les gens font des concours, c’est des enveloppes pré timbrées qu’on prend. C’est la Poste qui achemine les dossiers. Lorsque vous envoyez un courrier le 25 et que pour une raison ou autre le courrier à destination le 15 du mois d’après, et que date c’était le 31. On tient compte de la date du cachet sur le courrier. Il y aussi la logistique ; le transfert d’argent. La poste est aujourd’hui l’institution qui a le transfert le moins cher au Niger. Je ne cherche pas à esquiver votre question, mais je voudrai arriver à une certaine conclusion pour que vous puissiez comparer. Lorsqu’on dit transfert d’argent, les gens ont tendance à dire que la Poste fait aujourd’hui du transfert d’argent. Non, ce sont les autres qui font du transfert d’argent parce que la Poste est pionnière dans le domaine de transfert d’argent. A l’époque, on appelait ce transfert d’argent le mandat. C’est dire que ce sont les autres qui sont venus sur notre marché.

Nous avons le transfert d’argent le moins cher du marché, soit 2% TTC. Quand nous faisons un transfert d’argent, nous avons mis cette flexibilité dans notre transfert. Vous n’avez pas à dire où est-ce que l’argent doit être ? La personne peut le prendre dans n’importe quel point de contact. Par exemple, vous pouvez envoyer de l’argent à une personne qui se trouve à Zinder. Cette personne pour une raison ou une autre  se déplace pour venir à Maradi. Elle n’a pas à retourner à Zinder pour récupérer l’argent. Non, elle peut toucher son argent à Maradi. On est l’un des meilleurs partenaires de la Nigelec en ce qui concerne le paiement des factures. On a une collecte très impressionnante parce que ce sont les gens qui apprécient à Niger Poste lorsqu’ils paient leur facture, ils ont un ticket comme à la Nigelec. Et donc les gens de la Nigelec viennent dans leur concession et qu’on leur présente le ticket, ils ne vont pas les couper. Nous avons aussi un service qu’on appelle le courrier express. Celui-ci s’appelait par le passé Chrono-poste Niger.

Les gens connaissaient Chrono-poste Niger, mais ils ne savaient pas ça appartenait à la Poste. Maintenant, ça s’appelle EMS Niger (Service rapide, traking etc.). Avant le paiement des pécules par la Poste, celle-ci existait et avait déjà une croissance qui était très importante. On est passé d’un chiffre d’affaires de 900 millions en 2017 à 3,2 milliards en 2018 sans le paiement des pécules. Maintenant, je reviens sur notre cinquième poste qui est le CCP. Les plus anciens connaissent c’est que le CCP. Dans les années 80, tous les fonctionnaires étaient au CCP. A cette époque, la Poste avait plus de 40.000 comptes alors que la première Banque après la Poste n’avait que 3.000 comptes.

Comme vous l’avez dit, la poste nigérienne a vraiment traversé une période dure. Notamment par rapport au CCP, on avait beaucoup de fonctionnaires qui étaient chez nous. Il  y avait des personnes qui étaient dans des milieux très reculés. Je prends par exemple les gendarmes. Ils sont au CCP parce que d’une part ils ne veulent pas prendre de crédit et d’autre part quand ils veulent prendre leur salaire à Banibangou ils peuvent le faire là-bas puisque notre service y est présent. Mais qu’est-ce qui s’est passé pour le service CCP ? C’est que l’Etat était dans une logique de bancarisation et voulait deux choses : bancariser l’ensemble des agents de l’Etat et assainir. Puisque la non-bancarisation est une porte ouverte à beaucoup de pratiques. Donc, nous, nous avons fait une offre. Etant donné qu’on a plus de 100 points de contact à travers le pays, on peut donner de gage de paiement en des temps record, on est en train de créer de nouveaux systèmes qui pourront aller sur le mobile-money à un moment donné. Avec nous on aura une garantie de paiement du fait que nous sommes une entreprise citoyenne qui doit développer le service public, c’est-à-dire Courrier, Colis et Financier, faire en sorte que l’inclusion financière soit une réalité au Niger. On ne peut pas avoir l’inclusion financière sans la poste. Nous avons plus de 100 points de  contact comme je l’ai dit tantôt, alors que les premières banques ne dépassent pas la vingtaine de points de contact. Je m’en vais citer de points comme Bilma, Tchiro, N’Gourti, Banibangou, Falmey, Takiéta et bien d’autres.  On y est présent et on procède au paiement. Alors l’Etat a dit : d’accord, vous êtes la société à même de nous permettre d’atteindre cette bancarisation. Et avec nous c’est une bancarisation qu’on a faite en mode Big-Bang.

D’un coup, on a pu bancariser plus de 70.000 personnes. Vous voyez ? Si l’Etat devait   dispatcher tout ce beau monde dans les banques, on aurait beaucoup de problème. Parce que ce qu’il faut savoir est que jusqu’à fin décembre, tout le processus de paiement de contractuels est un processus papier. Ce qui fait qu’il n’y a aucune maîtrise du nombre des personnes à payer et on demande à l’Etat de donner telle somme, tel montant. Prenons un exemple : dans une zone x, une personne qui y existe réellement peut être payée. Si demain elle quitte la zone, son salaire va rester là-bas alors que cette personne-là n’est pas plus sur place. Et même qui sait s’il n’y a pas des ajouts.

Ce qui a été fait, l’Etat a signé une convention avec nous pour asseoir une seule base de données, ce qui nous permet de savoir si une personne a bougé d’un point A à un point B. La personne qui était à Takiéta par exemple, si elle va à Belbédji, on sait qu’elle ne peut pas être à Takiéta et à Belbédji en même temps. Ça, c’est une première chose. Deuxième chose, une personne décédée ne peut pas avoir son salaire, car il faut venir se présenter physiquement avec sa carte d’identité pour être reconnu. C’est ce que les contractuels doivent comprendre, nous sommes dans une phase d’assainissement de la base. La base de données a pu être dressée au bout de trois mois, c’est une sorte d’exploit.

On a désormais une base de données unique, la plus propre possible avec pour chacun un code. Cela a permis à l’Etat d’avoir une bonne maitrise du montant à payer. Je m’explique. Imaginons que l’Etat payait 5 milliards, avec cette base de données, il se retrouve avec 4 milliards à payer.

En conclusion, l’Etat perdait un milliard chaque mois. Quand les syndicats ont dit que cette mesure a permis de faire une économie d’un milliard FCFA, certains l’ont interprété comme ils l’entendent et pensé que c’est dans les cinq milliards qu’on lui donne que Niger Poste gagne un milliard. Non, ce n’est pas cela. Nous avons  fait faire à l’Etat une économie d’un milliard parce qu’on payait les personnes physiquement présentes. Et on a pu détecter des faux contractuels.

La bancarisation et l’informatisation ont eu le mérite de clarifier les choses et de détecter les abus. Je voudrais quand même apporter cet éclaircissement. On a fait un travail à travers un comité multisectoriel qui a fourni un document de grande qualité qui a permis d’avoir  cette base de données.

Ça c’est la première chose. D’ailleurs une chose intéressante, il y a des experts postaux qui sont venus, qui ont des services financiers assez développés dans d’autres pays, et qui ont dit que le cas du Niger est pratiquement  unique. Parce que ce qu’on fait, n’est vu nulle part ailleurs. Je vais vous donner des statistiques parce que ce sont des faits. Quand le payement commence à Niger Poste, par exemple un lundi, quatre jours plus tard plus de 75% des contractuels sont payés. C’est vrai que quand tu es contractuel, tu viens, tu veux être payé, et que vous êtes 1500 à être payés dans un bureau, toi personnellement tu ne vois pas ça en mode rapide. Mais je vous dis on paye 75 à 80% de personnes en quatre jours. Ce qui fait que quand vous prenez un exemple de 100.000 contractuels, on paye 80.000 en quatre jours ; ce qui est énorme. Je vais vous dire ce qui se passe. Avec le payement des contractuels, l’Etat confronté à ses difficultés, commence le payement, par exemple si l’état de payement est de 5 milliards, on injecte 2 milliards et on commence à payer le temps de trouver les 3 milliards. Ce qui s’est passé avec nous, ce que l’Etat a pris un engagement. Quand il faut payer 5 milliards il donne 5 milliards pour les payer. Donc le premier acquis que les contractuels doivent savoir, c’est que quand on met à notre disposition  les fonds dans un mois normal, tout contractuel peut être payé à tout moment. Le problème c’est que c’est le premier arrivé premier servi. Donc il y avait une bousculade des contractuels pour aller dans les Inspections toucher sa paie, parce que si tu attends tu ne te feras pas payer. Les contractuels allaient même à des heures tardives, comme 2 heures du matin pour toucher leur paie. Avec nous, ce phénomène s’est arrêté. Malgré tout il ya un autre phénomène qui s’y est mis, le fameux terme échu. On n’est pas payé à terme échu.

A quoi cela est-il lié ?

On m’a dit que j’ai affirmé que nous, nous allons payer à terme échu. Je vais rétablir la vérité. Lors de la conférence de presse que j’ai faite lorsqu’on avait eu cette convention, j’ai expliqué que nous, nous sommes les avocats, qui vont permettre à ce qu’on fasse tout pour payer les contractuels à terme échu. Et cela veut dire quoi être payé à terme échu ? Et je l’ai dit en toute honnêteté, on ne peut pas  mobiliser nous Niger Poste, 5 milliards pour payer chaque mois. Si on avait 5 milliards, on peut préfinancer. Mais je dis qu’on va tout faire pour que les 5 milliards puissent être mis à disposition. C’est le premier engagement. Et j’ai dit que quand le processus d’informatisation totale va être fait, l’Etat sera en mesure de payer sous le même schéma. Pour donner une image, en réalité pour payer les fonctionnaires, l’Etat a trois phases à faire : une phase A, une phase B, et une phase C pour résumer. Avec les contractuels on est à la phase A et B. On n’a pas le fameux C. Le C c’est quoi ? C’est le fait qu’aujourd’hui les fonctionnaires sont dans un logiciel logé au ministère des finances au niveau de la solde, qui automatiquement fait ça.

Les contractuels ne sont pas dans cela. Aujourd’hui, pour que le payement puisse se faire pour les contractuels, c’est la fameuse étape C. Il y a des engagements, il y a des mandatements, il y a tout un processus administratif qui est fait dans les ministères sectoriels. Ce qui fait que même si l’Etat met à disposition les 5 milliards il faut que ce travail administratif soit fait. On ne peut pas sauter une étape. C’est de l’argent public qui est géré. Et celui qui saute une étape avec toutes ces sommes peut aller directement en prison. Aujourd’hui, on a eu des mois où le comité de trésorerie a mobilisé tout l’argent, mais il nous a manqué des mandatements pour faire qu’on ait les virements. Il y a eu même des fois jusqu’à trois semaines. Vous vous rendez compte ! C’est un tout. Niger Poste est juste le maillon de la fin. On fait tout pour l’améliorer.

La problématique, c’est vraiment l’amélioration à ce niveau-là. Le jour où on aura ce fameux logiciel, donc l’étape C, comme les fonctionnaires, il n’y aura plus l’histoire des mandatements. Ce logiciel est en train d’être développé parce que ce n’est pas une petite affaire. Le jour où ce sera prêt, l’Etat pourra payer à terme échu les contractuels. Je pense qu’il y a un effort à faire là-dessus, même si ce n’est pas lié à nous.  Mais on a commencé à avoir des discussions. On a même eu une dizaine de phases là-dessus. Cette problématique de terme échu est l’aspect numéro 1 sur lequel les contractuels font des reproches à Niger Poste, mais en réalité ce n’est pas Niger Poste qui est concerné. Nous sommes conscients de cela et nous sommes en train de voir comment avoir le mécanisme nous permettant de faire le terme échu avant l’arrivée du logiciel. Les contractuels sont comme tous les agents ; ils ont leur dignité, ils font un travail, et ils doivent être payés à la fin du mois comme les fonctionnaires. Le fait de ne pas les payer à la fin du mois n’est pas normal. Ce qui fait que nous faisons des efforts. On est en train de travailler avec les parties prenantes pour faire en sorte que ça soit résolu.

On a entendu quelques griefs au niveau des frais. Qu’en est-il ?

On avait annoncé qu’il y a 500 francs de tenue de compte. Ce sont les frais de tenue de compte. Les frais de tenue de compte ce sont les frais qui sont avancés lorsqu’une institution financière parle des frais rapportés à la gestion parce que ce sont les frais les plus importants. Après il y a d’autres frais : des frais d’édition de chèques, des frais de virement, et d’autres frais qui font que de 500 f on est à 1400 f. On a fait le choix de prélever ces frais d’un coup. Si vous suivez d’autres établissements financiers, ils répartissent les coûts  sur trois mois. Ils nous ont fait le reproche. Mais on leur a dit si vous allez dans les autres institutions financières, quand on présente les frais de tenue de compte, il y a d’autres frais à ajouter. 1400f, c’est très bon.

Monsieur le Directeur Général, peut-on aujourd’hui dire sans risque de se tromper que Niger Poste est sur la bonne voie pour la réussite totale de sa mission au vu de tout ce que vous avez développé ?

Effectivement, je peux vous dire sans risque de me tromper que Niger Poste est sur la bonne voie, et cela est très important pour le pays. Les dix pays les plus développés du monde ont les dix postes les plus importantes du monde parce que les postes représentent l’accès du public à l’Etat. Je prends un pays comme la Tunisie ; en Tunisie, dans n’importe quel village ou contrée, il y a trois choses. Il y a la Police, l’Ecole et la Poste. Et ce n’est pas tout le monde qui peut dresser une carte bancaire ; et ce n’est pas tout le monde qui peut supporter des frais très importants ; ce n’est pas tout le monde qui a besoin d’offre sophistiquée. On nous oblige d’avoir le tarif le plus bas pour être accessible à la population. Il s’agit de la même chose pour les services financiers. Et donc on a une vision, on a un objectif, et on travaille pour cette vision, on travaille pour cet objectif.

L’objectif est d’être parmi les plus grandes entreprises de ce pays. Et pour pouvoir être parmi les plus grandes entreprises de ce pays, on est obligé d’avoir des ambitions et surtout de se donner les moyens d’y arriver. Notre vision pour Niger Poste, c’est d’avoir des ressources humaines de qualité et en quantité, et une gouvernance financière proche d’une entreprise qui cherche des certifications ISO. C’est cela qui fera qu’on aura une entreprise résiliente et qui soit capable de relever les défis.   C’est mon vœu, et c’est un vœu qui est à notre portée. On est sur cette lancée-là, et on va être une entreprise qui se développe et qui va continuer à se développer. La société ira très bien quand on aura 10 milliards de chiffre d’affaires.

 

 

(Script : ONEP)