Entretien avec le Commandant du Groupement National des Sapeurs-Pompiers du Niger: «C’est un acte de civisme que de laisser passer tous les véhicules de secours. (…) Appeler le 18 sans nécessité est un acte très grave qui peut conduire en prison» affirme le Colonel Sidi Mohamed

Société
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Classé 21ème sur 34 pays en Afrique par l’OMS, en termes d’accidents de la route, le Niger est l’un des pays qui enregistre beaucoup d’accidents mortels. En effet, selon les statistiques du Ministère des Transports, rien qu’en 2018, il a été enregistré 6428 accidents corporels de la route (soit 18 accidents par jour) ayant causé 900 morts et 9753 blessés. L’un des services les plus sollicités pour apporter des secours aux victimes dans ces circonstances sont les pompiers. Mais, il se trouve que dans leurs interventions, ces derniers rencontrent d’énormes difficultés. Dans cet entretien, le Colonel Sidi Mohamed, Commandant du Groupement National des Sapeurs-Pompiers du Niger, revient sur les activités des agents du métier du secourisme et les difficultés auxquelles ils font face.

Colonel voulez-vous nous présenter le groupement National des Sapeurs-Pompiers.

Le groupement National des Sapeurs-Pompiers est un service public gratuit. C’est une Unité militaire à la disposition du Chef d’Etat-major des Armées pour la protection des personnes et des biens sur l’ensemble de territoire national. Cette unité militaire est mise à la disposition du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité publique, de la Décentralisation et des Affaires coutumières et religieuses en matière de sécurité civile sur l’ensemble du territoire National. Nous avons 8 groupements régionaux d’incendie et de secours sur l’ensemble du territoire. Les huit groupements régionaux sont dans nos régions pour assurer un service permanant 24h%24h. Comme je viens de le dire, c’est un service public gratuit, qui est mis à la disposition de la population pour la protection des personnes et de leurs biens. Les pompiers sont les plus sollicités lors des catastrophes et accidents.

 

Quels sont vos domaines d’intervention ?

Nos interventions sont multiples et multiformes. Nous intervenons pour tous les cas, où une personne ne peut pas se soustraire elle-même ou quand elle est en danger. Nous sommes connus pour intervenir dans les incendies quelle que soit leur nature. Nous participons également à la gestion des catastrophes comme les inondations (qui sont généralement récurrentes dans notre pays), les séismes, les éruptions volcaniques, les ouragans, etc. Au Niger, quand on vous parle de pompiers généralement, les gens ne pensent qu’aux incendies. Mais nous faisons des secours à victime, d’assistance à personne. Nous faisons l’appui à toutes les institutions. Et nous participons à la formation des acteurs communautaires dans le cadre de la prise en charge des victimes en matière de connaissance sur le secourisme.

 

Quelles sont les difficultés auxquelles vos éléments font face sur le terrain ?

Nous rencontrons d’énormes difficultés lors de nos interventions. Ces difficultés sont de plusieurs ordres. D’abord, l’appel au secours. Vous savez que notre numéro, le 18, est gratuit. C’est un numéro ouvert à tous les citoyens qui demandent notre assistance et l’appel est gratuit. Alors, parmi les problèmes que nous rencontrons, il y a les gens qui utilisent ce numéro sans nécessité. Ce qui fait que, ceux qui sont vraiment dans le besoin d’assistance ne peuvent avoir cette assistance, parce que la ligne est déjà occupée par d’autres. Appeler les pompiers sans nécessité, c’est manquer de respect pour ses prochains et c’est un acte très grave qui peut conduire en prison parce que vous empêchez à ceux qui ont besoin de secours d’en bénéficier. Il y a aussi le problème d’adressage.

Dans nos différentes villes, vous savez que nous n’avons pas des adresses précises permettant aux pompiers de se présenter à l’adresse indiquée dans un temps record et ainsi répondre promptement à la demande de secours. Or, nos interventions sont basées sur la rapidité à aller au contact de nos concitoyens. Nous avons actuellement des casernes de proximité qui permettent de sauver en temps réel  les demandeurs de secours. C’est pour cela que nous demandons à tous nos concitoyens lors qu’ils appellent les pompiers de s’assurer qu’ils ont eu le standardiste qui fait partir les secours. Sur place, il faut que les gens sachent qu’il y a aussi un ensemble de dispositions qu’il faut prendre. Il faut notamment mettre quelqu’un pour accueillir les pompiers. Lors de la demande de secours, il faut d’abord se calmer, se présenter et dire la nature de l’intervention.

A part les problèmes liés à l’appel, nous avons aussi un problème grave d’interconnexion qui est lié aux sociétés de téléphonie. Je ne veux pas incriminer les sociétés de téléphonie, mais nous avons toujours demandé à ces différentes sociétés de faciliter l’interconnexion du 18 pour que nos concitoyens aient l’accès direct à cette ligne (18). Lorsque vous appelez sur Niger télécoms et sur une ligne fixe, il est plus facile d’accéder au 18 que sur les autres lignes téléphoniques. Nous demandons donc à toutes les sociétés téléphoniques de nous faciliter l’accès pour que nous puissions mener à bien les interventions et sauver le plus urgemment possible nos concitoyens.

 

Quels sont vos partenaires qui vous accompagnent pour mener à bien vos interventions?

Nous travaillons avec des partenaires. Notre premier partenaire c’est la Police Nationale et la Gendarmerie Nationale, qui lors de toutes nos interventions permettent de mettre de l’ordre et de nous permettre de bien travailler. Nous avons également le SAMU qui fait exactement la même chose que nous sur la voie publique en ce qui concerne les accidents de circulation et les atteintes graves à la sécurité des personnes et de leurs biens. Ces partenaires nous permettent lors des grands événements ou des catastrophes de faire des plans afin d’assurer une bonne coordination et de sauver efficacement nos concitoyens. Lorsque nous avons à intervenir dans un milieu technique nous faisons aussi appel aux agents techniciens qui ont des connaissances approfondies et nous demandons leurs avis sur l’intervention.

 

Mon colonel, on a, souvent l’impression que les services de secourisme interviennent après l’irréparable. Qu’est ce qui explique cette attitude ?

Les services des pompiers sont prioritaires, mais nous avons une priorité relative. Lorsque nous partons en intervention, généralement, dès la demande de l’intervention, les pompiers en sortant de la caserne font extrêmement attention à la circulation pour ne pas mettre en danger les autres usagers de la route. Nous disposons d’avertisseurs qui sont d’abord sonores. C’est la corne à deux tons qui avertit les autres usagers de la route qu’il y a des véhicules d’urgence qui utilisent les mêmes chaussés qu’eux. Ce qui permet aux autres usagers de se ranger sur le bas côté et de laisser passer les pompiers. Mais souvent ce n’est pas évident. Certains refusent de céder cette priorité aux véhicules d’urgence. C’est pour cela que nous faisons extrêmement attention. Nous marquons un temps bref d’arrêt au niveau des feux optiques pour ne pas mettre en danger les autres usagers, malgré que nous sommes prioritaires. C’est un acte de civisme que de laisser passer tous les véhicules de secours pas seulement ceux des pompiers. Lorsque vous avez une ambulance qui a ses avertisseurs sonores ou lumineux, une ambulance ou un engin d’incendie quel qu’il soit, que ce soit celui des pompiers, du SAMU ou la police, il faut se mettre sur le bas-côté de la route et lui céder le passage. Lorsque nous sommes sur une intervention, nous prenons un ensemble de dispositions, nous balisons la rue en amont et en aval et nous assurons la fluidité  de la circulation en laissant passer les autres usagers qui ne sont pas concernés par l’accident. C’est pour cela que je vous ai parlé du concours de la police Nationale. Cette dernière, permet de réguler la

circulation lors de nos interventions et donc de discipliner nos concitoyens pour permettre aux pompiers de faire le travail, de  sauver ceux qu’ils sont venus sauver et de régler ce pour quoi, ils sont sur l’intervention.

 

Quel appel avez-vous à l’endroit de la population en général, des usagers de la route en particulier ?

A l’endroit de nos concitoyens, nous demandons, surtout en ce qui concerne les accidents de circulation plus de vigilance. Vous savez actuellement nous faisons partie des pays où on enregistre plus d’accidents dans la sous-région. Cela peut s’expliquer d’abord par le comportement humain, c’est-à-dire que la majorité des accidents de circulation auxquels nous faisons face trouvent leurs causes dans le comportement humain, à savoir, la négligence, le non-respect du code de la route, l’inobservance  des règles élémentaires du code de la route, etc. Nous appelons aussi les autorités municipales à nous faciliter les tâches en mettant sur les différents ronds-points des feux tricolores qui vont aider les policiers de la circulation à faire leur travail de régulation de la circulation.

 

Propos recueillis par Abdoul-Aziz Ibrahim Souley et Yacine Hassane