Maradi/Centre de Récupération des Enfants Malnutris (CRENI) du Centre Hospitalier régional : En période de pic, le centre peut accueillir 35 à 40 enfants admis par jours, selon l’infirmière Hadizatou Alkassoum

Société
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Comme tous les centres hospitaliers régionaux (CHR) du Niger, celui de Maradi dispose aussi de son centre de récupération des enfants malnutris (CRENI). Le taux de malnutrition aigu sévère de la région est de 11,4%, tandis que celui de la malnutrition chronique a atteint 55,4 %. Dès lors, il apparait clairement que les besoins en santé des enfants constituent une préoccupation à laquelle il faut répondre à travers une structure sanitaire appropriée. C’est pourquoi le CRENI du CHR de Maradi a été créé en 2004 pour recevoir les enfants en situation malnutrition.

L’identification des types de malnutrition se fait conformément au protocole national de la prise en charge de cette maladie. La malnutrition est une maladie qui touche les enfants de 0-5 ans. Lorsqu’un enfant atteint de cette maladie n’est pas bien traité, il pourra vivre les séquelles durant toute sa vie. Dans les pays les moins avancés comme le nôtre, la malnutrition est à la base du retard de croissance chez les enfants ; le déficit du quotidien intellectuel ; les maladies chroniques ; le manque de gain productif, etc. Pour gérer efficacement les cas de malnutris qui se présentent au niveau des formations sanitaires l’Etat a créé les CRENI qui garantissent la prise en charge adéquate des enfants et réduire le nombre de décès dus à cette maladie.

Le centre de récupération des enfants malnutris (CRENI) du centre hospitalier régional de Maradi accueille en période de pic (juillet, Août et septembre) entre 35 à 40 enfants par jour. Lorsqu’un enfant atteint de la malnutrition est référé au centre hospitalier régional de Maradi, celui-ci passe systématique au hangar d’admission composé de trois boxes à savoir : l’attente pour le triage ; les mesures anthropométrique (taille, poids) et enfin le boxe de l’infirmier du jour qui s’occupe essentiellement des premiers soins en collaboration avec le médecin. Dans ce hangar de fortune se trouve un tableau d’affichage où l’infirmière consigne minutieusement le nombre d’enfants consultés en mentionnant les signes cliniques. A coté, de ce tableau d’affiche, il y a d’un récipient à eau pour le lavage des mains. En outre, le centre de récupération des enfants malnutris comporte une salle de soins intensifs et une phase de transition. La salle de soins intensifs est scindée en deux parties A et B.

Il est exactement 13 heures moins 5mn lorsque la superviseure du CRENI nous introduit dans la salle de soins intensifs. D’une capacité de 24 lits, elle compte au total 16 enfants malades accompagnés soit de leurs mamans ou leurs grand-mères en ce jour du 27 janvier 2020. Tous ces enfants malnutris admis dans ce centre viennent de la ville de Maradi, des villages environnants et dans une certaine mesure du Nigeria. Le centre de récupération de la malnutrition accueille les enfants dont l’âge est compris entre 6-59 mois.

 

La prise en charge des enfants malnutris

 

Selon Hadizatou Alkassoum, l’une des infirmières de garde dans la salle des soins intensifs, les enfants arrivent au centre hospitalier régional de Maradi dans un état critique avec des complications associées à la malnutrition. «Dans cette salle, nous avons des malnutris très sévères qui, lorsqu’ils étaient venus présentaient pour l’essentiel des symptômes comme les œdèmes, la déshydration, la pneumonie, l’anémie, le choc septique, le choc hypo-volemique, les problèmes d’audition, le retard psychomoteurs, le VIH, la tuberculose, la pleurésie qui est due à une complication de la pneumonie etc. les cas de VIH et de la tuberculose sont quasi-permanents ici», explique l’infirmière Hadizatou qui, visiblement semble rompue à la tâche. Le sourire aux lèvres, Hadizatou est sensible au moindre cri des enfants admis. Elle n’hésite pas un seul instant de se déplacer vers l’enfant qui crie pour prendre s’enquérir sur son état. A la force des choses, Hadizatou est devenue dans cette salle des soins intensifs la seconde mère des enfants qui y sont admis. Sa patience et sa disponibilité ont fait en sorte que les mamans la sollicitent beaucoup.

Nafissa Oumarou vient du village de Tchizon Kourégué il y a de cela 4 jours. Son enfant est admis en soins intensifs au CRENI. C’est un garçon qui est âgé de 2 ans. Sa mère Nafissa nous décrit au détail prêt les symptômes de la maladie de son enfant. «Il y a de cela une semaine que mon enfant avait une forte fièvre accompagnée de la toux ; des boutons à l’intérieur de sa bouche qui l’empêchaient même de téter et de manger. Je l’ai rapidement pris pour me rendre au centre intégré de santé de notre village. Au CSI, son état de santé ne faisait que se dégrader. Le responsable du CSI m’a référé au centre hospitalier régional de Maradi. Aujourd’hui, mon enfant va mieux. Vous avez vu qu’il  me réclame même à manger. Il dort bien maintenant alors qu’avant de venir ici, je ne pouvais pas fermer les yeux à cause de l’état de santé de mon enfant. Je suis vraiment contente de l’accueil et surtout de la gentillesse de Hadizatou et sa collègue de travail pour tous les soins administrés à mon enfant. Bref, les

infirmières du CRENI sont sympathiques. Elles sont humanistes. Ce que je viens de dire, toutes les mères qui sont dans la salle peuvent témoigner la même chose», a précisé Nafissa, mère de deux enfants.

Au cours du traitement des enfants, les infirmières se donnent aussi un temps pour sensibiliser les mamans sur les conditions d’hygiène lorsqu’il s’agit de donner à manger à l’enfant afin d’éviter de contracter d’autres maladies. Sur le lit suivant se trouve Mariama Djibrilla qui est avec sa petite fille malade. Elle vient du village de Dambou. La petite fille malade est âgée d’un (1) an et sept (7) mois. Visiblement affaiblie par la maladie, la petite fille squelettique ouvre à peine ses yeux. A la question de savoir où se trouve la maman de la fille, Mariama répond sans détoure. «Sa maman est restée au village parce qu’elle a une grossesse avancée. Elle s’appelle Lawissa et s’est mariée à l’âge de 16 ans. Elle attend déjà son second enfant à seulement deux ans de vie conjugale. Dès que je retourne à la maison, je lui dirai de se renseigner sur les méthodes de contraception pour éviter les accouchements rapprochés pouvant mettre en danger sa vie et celle de ses progénitures», a assuré Mariama Djibrilla. La petite fille souffre des œdèmes généralisés associés à la diarrhée ; ce qui l’a rendue squelettique. «Maintenant, son état s’améliore. Elle est simplement fatiguée sinon Dieu merci. J’ai beaucoup apprécié l’accueil et les soins de qualité du CRENI. Le personnel soignant est accueillant. Je suis dans mon 9ème jours au CHR de Maradi et le changement est remarquable sur ma petite fille. L’évolution de sa santé est perceptible parce que lorsque je suis venue, c’était le stress total qui me taraudait l’esprit. Maintenant, je sors pour aller chercher du lait et d’autres aliments nutritifs pour sa récupération tels que les infirmières nous l’avaient recommandé», a relevé Mariama Djibrilla. Pour le cas de cette fille, l’infirmière Hadizatou Alkassoum souligne que c’est le sevrage précoce qui fait en sorte que les enfants tombent malades de la malnutrition. Quid de la phase de transition ?

A ce niveau, on prépare les sortis des enfants pour aller au CRENAS. On apprend aux mamans des patients comment donner l’Aliment Thérapeutique Prés Emploi (ATPE). A la phase de transition, il y a au total huit (8) enfants admis. Selon la superviseure du CRENI Mariama Moutari, le taux d’admission total annuel 2019 est de 87,5%  tandis que celui de traité avec succès est de 87,77%. Quant au taux de guérison, il est de 8,81% au CRENI du CHR de Maradi. S’agissant du taux de décès dû à la malnutrition, il est de 3,77%. Enfin, le taux d’abandon est de 1,44% en 2019. En définitive, il y a une grande amélioration dans la prise en charge de la malnutrition au CRENI du Centre Hospitalier régional de Maradi qui dispose d’un effectif de 45 agents contractuels de l’UNICEF.

Hassane Daouda, Envoyé Spécial(onep)