Ibrahim Nahantchi, Directeur général de l’ANPE : «Grâce au programme de stage en entreprise, environ 5000 jeunes ont pu acquérir une expérience professionnelle et plus de 60% d’entre eux ont été recrutés»

Invite de sahel dimanche
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La question de l’emploi occupe une place de choix dans le programme de renaissance du Niger du Président de la République. Nous avons rencontré Monsieur Ibrahim NAHANTCHI  Directeur général de l’Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi (ANPE), pour comprendre les missions de son institution, connaitre ses activités mais aussi faire le point sur les réalisations et la problématique en matière d’emploi des jeunes au Niger.

 

Monsieur le Directeur général, beaucoup de nigériens entendent parler de l’agence nationale pour la promotion de l’emploi mais ignorent encore ce qu’elle est véritablement. Voudriez-vous bien la présenter à nos lecteurs ?

Je tiens tout d’abord à vous remercier pour l’opportunité que vous nous donnez de parler de l’Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi. Auparavant je saisis cette belle occasion pour souhaiter à tous nos usagers et par-delà à vos lecteurs les meilleurs vœux de santé et prospérité au nom du personnel de l’ANPE ainsi que de la Direction Générale.

Ceci dit, pour présenter l’ANPE je dois commencer par préciser qu’elle  est un établissement public à caractère social placé sous la tutelle du ministère en charge de l’emploi avec son siège ici à Niamey. L’agence a entre autres missions :

-de prospecter et de collecter des offres d’emplois auprès des entreprises pour les mettre en liaison avec les demandes d’emplois sur le marché du travail,

– de viser les contrats des étrangers, d’enregistrer les contrats des nationaux et à cette occasion, elle fait le contrôle de conformité des dispositions contenues dans ces contrats de travail avec la réglementation et la législation nationales.

– d’accueillir, d’informer, d‘orienter et d’accompagner les jeunes demandeurs d’emplois et même ceux qui sont porteurs de projets de création d’entreprise.

En outre, elle collabore à l’élaboration et à la mise en œuvre de la politique nationale de l’emploi et surtout l’exécution des programmes d’insertion et de réinsertion définis dans cette politique.

 

L’ANPE dispose-t-elle de démembrements en dehors de Niamey et comment un demandeur d’emploi s’adresse-t-il à votre institution ?

Effectivement, l’ANPE a des démembrements. Outre le siège  installé à Niamey,  il y’a l’agence  régionale de Niamey qui est située au quartier Terminus. Mais compte tenu du fait que Niamey est le pôle de demandeurs d’emplois le plus important, il a été créé en 2019  un sous-bureau au quartier Yantala dans les anciens locaux du centre de paiement de la CNSS. En ce qui concerne l’intérieur du pays, chaque chef-lieu de région est doté d’une agence régionale. Ce n’est pas assez pour couvrir l’ensemble du territoire me diriez vous.

C’est pourquoi nous envisageons de créer des bureaux communaux d’emplois et ce, avec l’appui de la Banque Mondiale dans le cadre du Projet Emploi des Jeunes et Inclusion Productive. En 2019, six (6) bureaux ont déjà été installés dans six communes rurales. A terme, puisque c’est dans le cadre d’un projet d’une durée de cinq (5) ans, nous aurons au total quarante (40) bureaux communaux.

Ce faisant, l’ANPE sera  présente sur  une bonne partie du territoire national et sera davantage rapprochée des usagers car nous avons constaté que généralement les jeunes qui sont dans les zones rurales sont un peu abandonnés à leur propre sort. Avec ces bureaux de proximité, les jeunes actifs de ces zones pourront eux aussi bénéficier des opportunités d’emploi  en rapport  avec leur environnement socioéconomique.

En ce qui concerne le second aspect de votre question à savoir comment un demandeur d’emploi s’adresse-t-il à l’ANPE, la réponse  est toute simple. En effet, les demandeurs d’emplois peuvent se rendre directement dans les agences régionales tant à Niamey qu’à l’intérieur du pays où des guichets sont aménagés pour les recevoir. Au niveau de Niamey, il y a un espace d’informations doté de matériel informatique connecté à internet qu’ils peuvent utiliser pour leur recherche d’informations; nous avons également notre site www.anpe-niger.ne qui fonctionne et ils peuvent le consulter où qu’ils soient, à domicile ou bien sur nos installations.

Aussi,  des informations sur l’emploi peuvent être obtenues en consultant les journaux. Malgré tout,  les jeunes diplômés doivent se faire inscrire pour être formellement demandeurs d’emploi. Pour ce faire, il leur suffit d’apporter leurs pièces d’identité et le diplôme dont ils sont titulaires afin d’indiquer la filière dans laquelle ils doivent être retenus pour  permettre aux  services compétents de les orienter vers des offres d’emploi  correspondantes.

 

L’emploi constitue un des piliers sur lesquels repose le Programme de Renaissance du Président de la République : en quoi consiste alors le travail de l’ANPE pour une mise en œuvre effective de ce volet et la lutte contre le chômage des jeunes au Niger ?

La question de l’emploi est un problème universel. Le Président de la République a bien compris que la jeunesse doit être occupée et, autant que faire se peut, l’Etat est en train de   créer les conditions pour que les jeunes aient de l’emploi. D’ailleurs je peux  affirmer que l’Etat a fait de son mieux en la matière et il a également créé les conditions macroéconomiques pour que  les entreprises jouent leur partition. Nonobstant tous ces efforts, les demandes d’emploi demeurent importantes. Par exemple, en 2019, nous avons enregistré 52 127 demandes d’emplois  contre 16 754 offres. Donc, vous voyez qu’il y a un taux de placement tournant autour de  32%. Ça veut dire que la question de l’emploi est une préoccupation majeure.

Alors que faire des autres demandeurs qui n’ont pas pu être placés ? Il faut bien trouver  une alternative pour eux afin de les occuper. C’est dans cette optique que nous aussi avons réfléchi,  sous la supervision de  notre ministère de tutelle, pour monter un programme d’appui à l’insertion des jeunes. Ce programme  comporte trois (3) volets : le stage en entreprise, la reconversion professionnelle et  la création d’entreprise,

Le stage en entreprise vise à doter les jeunes diplômés primo demandeurs d’emploi d’un peu d’expérience professionnelle car les employeurs ne recrutent pratiquement jamais un travailleur  qui n’a pas d’expérience. Alors, pour  acquérir cette expérience, nous prenons des jeunes diplômés que nous plaçons, pendant douze (12) mois dans des entreprises. Nous  leur donnons un pécule, grâce à un financement conjoint de la Banque Mondiale et de l’ANPE, pour assurer leur transport et les  inciter ainsi à suivre assidument leur stage.

Il faut noter que pendant la période de stage, certains arrivent à se faire recruter. Ceux qui n’ont pas eu cette chance ont néanmoins l’avantage d’être au moins dotés d’un peu d’expérience. Ce qui leur permet de postuler lorsqu’une offre exige une expérience à la mesure de celle obtenue. Grâce au programme de stage en entreprise, environ 5000 jeunes ont pu acquérir une expérience professionnelle et plus de 60% d’entre eux ont été recrutés. C’est pour dire, que l’ANPE apporte une contribution non négligeable dans la mise en œuvre du programme de renaissance du Président de la République, dans son volet Emploi.

En ce qui concerne le programme de reconversion, il est né d’un constat. Aujourd’hui  de nombreux jeunes diplômés demandeurs d’emploi  ont des profils qui ne correspondent pas aux besoins des entreprises. De ce fait, ils restent pendant un, deux ou trois ans sans trouver un emploi. A ceux-là nous proposons également une alternative notamment la reconversion professionnelle afin qu’ils mettent en veilleuse la formation initiale pour pouvoir acquérir une nouvelle formation appropriée qui leur donne plus de chance d’être engagés. Dans le cadre de cet effort de reconversion, nous avons pu former à peu près 500 jeunes. Et je vous avoue que la plupart ont été recrutés.

Enfin, pour ce qui est du programme d’aide à la création d’entreprise, il est mis en place du fait que l’Etat ne peut recruter les milliers de diplômés qui viennent sur le marché de travail et leur nombre s’accroit d’année en année. Les entreprises publiques et privées non plus ne peuvent pas engager tous ces diplômés. Mais il ne faut pas pour autant laisser ces jeunes sans perspective d’emploi. C’est ce qui a motivé la conception  de ce programme de création d’entreprise ou d’auto emploi  afin de leur permettre  de monter de micro entreprise individuelle et pourquoi pas de devenir, à terme, eux-mêmes des employeurs.

Pour ce faire, l’ANPE, jusqu’en décembre 2018, accompagnait les jeunes diplômés  tant dans    l’élaboration des plans d’affaires  que dans la recherche de financement auprès des bailleurs de fonds ou des banques. Dans ce cadre, environ 300 jeunes ont déjà bénéficié de ce programme. Mais la limite de ce programme, puisqu’il y a une limite, c’est le financement notamment la caution bancaire que  les jeunes n’arrivent pas à fournir.

En somme, voilà ce que nous faisons pour contribuer à la création d’emplois  salariés ou indépendants. Je reconnais que c’est insuffisant face à ces milliers de jeunes diplômés sans emploi alors même que beaucoup ont du talent,  de l’ingéniosité,  et l’esprit de créativité. Certains d’entre eux  voudraient entreprendre, mais faute de moyens, ils baissent les bras. L’ANPE, non plus, n’a pas la capacité  financière d’assurer la caution au niveau des banques pour qu’il leur soit prêter des fonds afin qu’ils puissent monter et faire prospérer leurs entreprises.

Mais, nous sommes en train de réfléchir avec des bailleurs de fonds sous la conduite des autorités pour voir  si l’on peut  trouver des fonds de soutien à ce type d’emploi.

 

Quel bilan pouvez-vous nous faire en termes de demandes et d’offres à la fin de l’année 2019 ?

A la date du 31 décembre 2019, d’après les statistiques provisoires que nous avons pu constituer en rapport avec les services compétents, nous sommes autour de  52 127 demandes d’emplois pour environ  16754 offres. Ce grand bond d’offres d’emplois est lié au recrutement effectué par la CENI de près de 9500 personnes. Quand on fait le ratio, nous sommes autour de  32 % de taux de placement. Ce qui est très important par rapport à 2018 où nous avons enregistré 42000 demandes d’emploi contre 7002 offres soit un taux de placement de 16%.

 

L’année 2019 est une année qui a vu naître ou se poursuivre beaucoup de chantiers dans la cadre du sommet de l’Union Africaine : quel impact cela a-t-il eu sur les offres d’emplois ?

En ce qui concerne l’impact sur l’emploi des travaux des chantiers relatifs au sommet de l’Union Africaine, je dois préciser que la plupart des travaux  avaient commencé en 2018. Donc, 2019 est la phase de finition. L’un dans l’autre, nous avons enregistré plus de 12000 emplois créés dont 1961 permanents. Mais je suis sûr que c’est plus important que cela car  beaucoup d’entrepreneurs ne viennent pas déclarer les travailleurs journaliers qu’ils ont utilisés et qui sont d’ailleurs plus nombreux. Donc, on peut dire que cet évènement a eu un impact important en termes d’emplois et cela au grand bonheur de tous.

le Directeur général, il y’a beaucoup de cabinets privés de placement dans notre pays ? Quel rapport ces structures entretiennent-elles  avec l’ANPE ?

Au Niger, nous avons effectivement des bureaux de placement prévus par la réglementation en matière de travail qui dispose qu’en matière d’intermédiation ou de placement, l’ANPE exerce cette activité concurremment avec des bureaux de placement. Il  y a 58 bureaux de placement dont deux sont en cessation d’activités.

Ces bureaux ont l’obligation de déposer, chaque mois, un rapport portant sur les offres d’emplois qu’ils ont reçues, la nature de ces offres, les demandes d’emploi, les qualifications requises et les placements effectués.  Ces informations  nous permettent d’avoir des statistiques beaucoup plus fiables en matière d’emplois.

Ce qui n’est pas le cas hélas. Sur les 56 bureaux,  moins d’une dizaine remplissent cette obligation légale. Il y a lieu d’organiser une rencontre avec les responsables pour les sensibiliser sur le respect de leurs obligations réglementaires afin d’avoir des données sur les placements qu’ils effectuent  pour nous permettre d’élaborer des statistiques plus fiables. Si nonobstant cette démarche que nous voulons pédagogique, ils ne  s’exécutent pas, il ne restera plus qu’à appliquer la loi aux cabinets récalcitrants.

 

Quelles sont les perspectives de l’emploi au Niger ?

Au regard des besoins et des moyens limités de l’Etat comme des entreprises, nous pensons qu’il faut, entre autres, mettre en place un fonds conséquent pour la promotion de l’emploi des jeunes diplômés. Aussi, l’Etat doit-il, d’une part intensifier la formation professionnelle dans des domaines qui cadrent avec les besoins des entreprises et d’autre part poursuivre  le renforcement  des investissements structurants créateurs d’emplois.

D’autre part, les jeunes doivent comprendre que l’on peut réussir ailleurs que dans les emplois salariés qui sont très limités. Il faut s’essayer dans l’entreprenariat si les conditions sont réunies. A cet égard, l’on peut espérer qu’avec la nouvelle politique de l’emploi (PNE) qui est à l’étape de finalisation, les conditions de création massive d’emplois salariés ou indépendants  seront définies.

 

Propos recueillis par Farida Ibrahim Assoumane