Santé/Djirataoua : Faute de partenaires, l’école des maris ne fonctionne pas

Société
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A Djirataoua, une commune de Madarounfa dans la région de Maradi, pas une âme dans la salle de consultation du Centre de Santé Intégré en cet après-midi du mois de janvier. Il est environ 13 heures. A l’entrée du centre, seul un homme est assis devant des verres de thé. Gardien ou employé de ménage? Difficile d’y répondre, puisque dès que la voiture de l’ONEP est entrée dans la cour du CSI, il a disparu pour réapparaitre quelques instants après en compagnie d’une des responsables. Mme Hamissou Ramatou est la sage-femme dudit centre.

Après quelques hésitations, elle accepte de dévoiler certaines données de son centre. Le CSI de Djirataoua enregistre 45 accouchements par mois selon Mme Hamissou Ramatou. Les femmes qui accouchent dans ce centre ont un âge compris entre 15 et 40 ans. Certaines d’entre elles pratiquent la contraception selon la sage-femme qui explique les activités qu’elle mène dans ce centre. «Nous faisons le counseling à toutes les femmes qui viennent au CSI: celles qui allaitent et celles qui sont en grossesse. Après l’accouchement, si une femme accepte et choisit une méthode,  nous la mettons immédiatement sous contraception», affirme Ramatou. Au total, après l’accouchement, seules 3 à 4 femmes acceptent d’être mises sous contraception à la maternité de Djirataoua. Leurs choix portent généralement selon la sage-femme sur les méthodes de longue durée. Dans le groupe des femmes allaitantes jusqu’à sept femmes par jour viennent demander la PF au CSI de Djirataoua. «Nous présentons toutes les méthodes ; c’est à la femme de choisir celles qu’elle désire», explique Mme Hamissou Ramatou.

A Djirataoua aussi, les femmes attendent d’avoir l’autorisation de leurs maris avant de pratiquer la contraception. Toutefois Mme Hamissou Ramatou ne semble pas faire de l’abandon pourtant réelle, une grande préoccupation. «Si les femmes abandonnent, c’est par désir de grossesse. Certaines viennent signaler ça au CSI, d’autres non», précise Ramatou qui apparemment travaille dur dans la sensibilisation pour la PF. A Djirataoua, il n’existe pas de femmes relais spécifiquement pour la PF. Quant aux religieux, ils ne semblent pas constituer un obstacle et soutiennent selon la sage-femme que l’Islam permet d’allaiter les bébés jusqu’à 2 ans.

L’école des maris qui a fait ses preuves dans plusieurs régions du Niger, existe à Djirataoua, mais ne fonctionne pas.  Selon la sage-femme, les partenaires ne viennent plus vers eux. «Les élèves qui sont leurs propres maîtres sont là-bas en train d’attendre d’éventuels partenaires». En créant l’école des maris, un objectif important est visé au Niger : il s’agit d’impliquer les hommes dans la promotion de la santé  maternelle pour  favoriser un changement positif de comportement au niveau communautaire. Cette initiative intéressante a été développée  à partir de l’année 2008 dans le pays.

Des  études  ont montré que parmi les obstacles à l’utilisation des services de santé de la reproduction dans plusieurs régions du Niger, les plus importants sont le pouvoir et le comportement des hommes qui déterminent l’accès ou non des femmes aux centres de santé. «L’Ecole des maris a contribué à lever pratiquement tous ces obstacles, ce qui a entrainé une amélioration des indicateurs d’accouchement  assistés, ainsi qu’une augmentation de la demande en services de planification familiale dans les localités concernées», précisent les mêmes sources.

Le non fonctionnement de cette structure dans une région constitue à n’en point douter un véritable obstacle au développement de la santé de la mère et de l’enfant au Niger. Dr Ibrahim Souley, Directeur général de la santé de la reproduction au Ministère de la Santé Publique affirmait dans un entretien que «la Santé de la mère, de l’enfant et de l’adolescent a encore du chemin au Niger. Surtout, dans un contexte où l’analphabétisme est très élevé, où la scolarisation de la fille et son maintien à l’école  sont aujourd’hui  un défi», a précisé, Dr Ibrahim Souley. Ce sont a-t-il expliqué «des vecteurs devant permettre à ces filles de s’autodéterminer, de prendre leurs  propres décisions, mais  elles n’ont pas malheureusement accès à une scolarisation de base jusqu’au secondaire où, elles peuvent décider. Les adolescentes se mariaient précocement à moins de 18 ans ce que nous appelons le mariage précoce qui, débouche sur des grossesses précoces. Toute chose par ailleurs qui n’est pas bien pour la population et la santé de la femme».

Déjà que le financement des actions de sensibilisation constitue par ailleurs une autre préoccupation. «Si aujourd’hui, La planification est gratuite grâce à la disponibilité des produits et des méthodes contraceptives, tel n’est pas le cas du financement des actions de sensibilisation, de plaidoyer pour que les femmes et les filles aient le chemin, la décision d’aller au centre de santé. Or cela a un coût et ce coût doit être investi dans les campagnes de mobilisation sociale, de sensibilisation, et des campagnes de changement de comportements de l’homme, de la femme elle-même pour qu’elle comprenne avant tout que c’est sa santé qui est en jeu» a affirmé Dr Ibrahim Souley. Pour lui, «il faut que la femme soit porteuse de ce changement. Ensuite, c’est un problème d’investissement dans la transformation des comportements des leaders à tous les niveaux : leaders communautaires, religieux, traditionnels. Toute cette plateforme des acteurs communautaires qui voient les défis auxquels la femme est confrontée doivent l’aider. Et ça demande un financement. C’est ça que j’appelle le défi du financement de la demande. Tant que nous ne faisons pas des campagnes massives de sensibilisation pour un changement social radical de comportement, nous avons encore du chemin. Il s’agit de créer un environnement favorable à ce que les utilisatrices qui sont les femmes, puissent accéder librement à un service de prestation de planification familiale».

 

Fatouma Idé(onep)