Portrait : Ligari Boukar : l’ex-prisonnier militant de la paix

Dossier
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Gabarit imposant, taille moyenne,  Ligari Boukar est un jeune opérateur économique natif  de Diffa. Du haut de ses   35 ans, l’homme  est  un  jeune père de famille plutôt prospère menant une vie relativement paisible. Mais son arrestation suivie de son emprisonnement en 2015 ont fait basculer sa vie. Né le 16 janvier 1985, Ligari est un jeune leader aujourd’hui qui lutte pour les droits d’une catégorie de personnes à Diffa. Il s’agit des ex prisonniers en lien avec le groupe terroriste Boko Haram. Adossé à sa voiture de marque Mercedes en ce jour du samedi  14 mars, très calme à Diffa, il a décidé volontier de nous parler de lui mais aussi de ses frères d’infortune, ex prisonniers. Qui est-il, cet homme ? Il le dit,  Ligari est, en fait, un ancien prisonnier, un pensionnaire de la prison de haute sécurité de Koutoukalé, à plus de 1400 km de son Diffa natal.   Et c’est sans tabou qu’il  a décidé de nous raconter son histoire malheureuse qui a commencé le 12 février 2015. En  effet, dit-il,  six jours après l’attaque terroriste contre la ville de Diffa, le 6 février exactement par Boko Haram, il s’est résolu à quitter la ville qu’il aimait tant pour rejoindre sa famille à Zinder, arrivée un peu plus tôt après une vague de panique ayant suivi l’attaque. Sur le chemin, alors qu’il passait au contrôle de police  à l’entrée de la ville de Mirriah, il fut arrêté pour ses supposés liens avec le groupe terroriste Boko Haram. L’homme est transféré directement à la prison de Koutoukalé. Il y trouvera  beaucoup d’autres personnes arrêtées suite à  cette attaque. Il y passera 19 mois de sa vie en  détention avant d’être libéré suite à un non-lieu prononcé par la Justice en sa faveur. Il est retourné depuis 2017 dans sa ville natale où il se bat pour reconstruire sa vie.  Entre temps, sa famille est revenue à la faveur du calme et des sérénités retrouvées. Entreprenant et courageux, le jeune opérateur espère reprendre la place qui était la sienne avant  cet épisode douloureux de sa vie. Même s’il reconnait que la situation sécuritaire a beaucoup impacté l’activité économique de la région, Ligari ne renonce pas à son engagement. Mais au même moment, il veut que le cas de ses 849 autres frères d’infortune soit examiné et que les soutiens nécessaires leur soient apportés. Se disant victime d’une dénonciation calomnieuse,  Ligari s’est donc engagé dans le militantisme en faveur de toutes les personnes ayant subi le même sort que lui.  Nombreux sont ses camarades d’infortune à avoir tout  perdu,  leurs biens, leurs affaires et même leur honneur aussi, regrette-t-il. On dénombre 850 ex prisonniers précisément dans la ville de Diffa pour la même affaire de lien avec le terrorisme, sans compter ceux des autres communes concernées par le conflit.

 

De la réinsertion des jeunes de la communauté

 

A Diffa, le phénomène de recrutement et  d’enrôlement des jeunes dans le groupe terroriste a revêtu un caractère inquiétant et préoccupant non seulement pour les autorités mais aussi pour les populations de la région qui voyaient  beaucoup de jeunes quitter leurs villages pour des horizons inconnus et incertains. Le projet KLKF  s’est proposé aussi d’engager des actions à caractère préventif. C’est ainsi que le volet réinsertion des jeunes de la communauté a été lancé. Il visait à sélectionner 600 jeunes (filles et garçons), à les former et à les doter de moyens de travail  dans la perspective de l’auto emploi dans divers corps de métier.  Le programme concernait les neuf communes de la région à savoir Goudoumaria, Mainé Soroa, Gueskérou, Toumour, Kabalewa, Nguigmi, Chétimari, Bosso et la commune urbaine de Diffa. Mme Hadjara Abba Mallam Oumar est une jeune femme de Diffa figurant parmi la trentaine des femmes et filles  bénéficiaires du programme de réinsertion des jeunes de la communauté. Après avoir candidaté avec l’autorisation de sa famille, elle a choisi une formation en gestion de 10 jours. Son domaine est la fabrication de l’encens qu’elle connait depuis sa tendre enfance. A l’issue de cette formation, elle a bénéficié d’un lot d’ingrédients nécessaires à la fabrication de ce produit très prisé, typique de la région de Diffa. Depuis un peu plus d’un mois, elle a commencé à produire de l’encens et  ouvert sa propre échoppe de vente d’encens. Son nouveau business lui rapporte un revenu consistant qui lui permet de faire face à certains besoins.

Zabeirou Moussa, envoyé spécial(onep)