Intervention du Chef de l’Etat lors de la visioconférence de l’UA sur la crise du Covid-19 : «Le monde va devoir faire face à une crise économique sans précédent depuis celle de 1929; notre continent n’en sera pas épargné. En agissant unis et solidaires, nous renforcerons notre résilience face à cette crise», déclare SEM. Issoufou Mahamadou

Discours
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SE Excellence Cyril Ramaphosa, Président de la République Sud-Africaine, Président en exercice de la conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Monsieur le Président de la Commission de l’UA,

Mesdames et Messieurs,

 

Permettez-moi de saluer et de féliciter le Président Cyril Ramaphosa pour son leadership notamment pour l’initiative qu’il a prise de convoquer la présente visioconférence exclusivement consacrée à la crise sanitaire du COVID 19.Permettez-moi de saluer le Président Ali Bongo. Je suis heureux qu’il soit de retour parmi nous. Je voudrais aussi féliciter le président de la commission de l’UA, Moussa Faki pour son rapport.

 

Déjà ébranlée par le défi sécuritaire, la région Ouest Africaine, comme toutes les autres régions du monde, n’est pas épargnée par cette pandémie. Elle a enregistré le premier cas de Covid-19 le 28 Février 2020 et depuis, le virus se propage à une vitesse exponentielle. A la date du 27 Avril, on compte 8281 personnes infectées dans tous les 15 pays membres dont 205 personnes décédées. Dès le début de cette crise, les Etats membres de la CEDEAO ont pris individuellement des mesures énergiques pour faire face aux conséquences humaines, sociales et économiques de cette crise sanitaire. Chacun des Etats membres a organisé la riposte autour de six axes majeurs: le renforcement de la coordination; le renforcement de la surveillance épidémiologique; le renforcement des capacités des services de santé; la prévention et le contrôle de l’infection; le renforcement de la communication de risques et engagement communautaire; l’interruption de la chaine de transmission.

Sur le plan communautaire, la CEDEAO et l’institution en charge de questions sanitaires, l’organisation ouest africaine de la santé(OOAS) ont placé la riposte contre le COVID 19 au centre de leurs préoccupations et ont apporté leur appui technique et matériel aux Etats membres. Un sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement, exclusivement consacré à la crise sanitaire du COVID-19, a été organisé par visioconférence le 23 Avril 2020. Le Sommet a décidé que la poursuite des efforts axés sur l’endiguement, la prévention et la lutte contre la maladie à COVID-19 demeurait une priorité absolue. À cet égard, les Chefs d’État et de Gouvernement ont réaffirmé leur détermination et leur volonté de tout mettre en œuvre afin de protéger les citoyens et les résidents de la Communauté et de conjuguer leurs efforts pour trouver une solution durable à cette crise sanitaire.

 

Les Chefs d’État et de Gouvernement ont réaffirmé leur ferme engagement à poursuivre leurs efforts conjoints et coordonnés dans la lutte résolue contre le COVID-19 et à prendre les mesures appropriées pour en contenir les impacts et relancer les économies. C’est ainsi qu’à l’issue de leurs échanges, ils ont donc décidé de ce qui suit :

 

  1. S’agissant de la lutte contre le COVID 19 :
  2. inviter les Etats membres de la CEDEAO à apporter leur contribution au Fonds de solidarité de l’Union africaine et à renforcer la coopération entre African CDC et l’OOAS en vue de rendre plus efficaces les appuis aux Etats membres de la CEDEAO;
  3. renforcer la coopération entre les Etats membres en matière de recherche, de formation et d’échanges d’expériences dans le domaine sanitaire de manière générale, et particulièrement pour la lutte contre le COVID-19 de manière particulière ;

iii. évaluer minutieusement la situation, en procédant au cas par cas, avant de décider de lever les mesures mises en place pour protéger la population ;

  1. fournir quotidiennement à l’OOAS des informations épidémiologiques opportunes afin de renforcer la coordination et la collaboration régionales pendant la pandémie ;
  2. sensibiliser la population aux dangers du COVID-19 et à la nécessité d’un changement de comportement afin de contenir la propagation de la maladie et rompre la chaîne de transmission de la maladie ;
  3. accroitre les tests de dépistage et assurer la prise en charge des personnes suspectées d’avoir contracté le virus ;

vii. aménager des corridors de transport humanitaire pour le personnel médical et les autres agents impliqués dans la lutte contre la pandémie, afin de faciliter l’acheminement du personnel, de l’équipement et du matériel nécessaires ;

  1. encourager les Etats Membres à mutualiser, dans la mesure du possible, leur achats de matériels et médicaments de lutte contre le COVID 19 ;
  2. Poursuivre la mise en place des mesures humanitaires et palliatives destinées à fournir une aide aux populations, notamment par la distribution de denrées alimentaires et l’octroi d’une aide financière aux populations les plus démunies dans le strict respect des mesures sanitaires requises.

 

  1. en ce qui concerne la stabilisation et la relance économique

La Conférence a pris note des projections qui indiquent que le taux de croissance économique, initialement prévue à 3,3%, subirait une baisse pour se situer à 2% si la pandémie prenait fin en juin 2020 et à -2,1% si la pandémie persistait au-delà du second semestre de 2020. Elle a adopté les mesures suivantes :

  1. faire élaborer, par l’ensemble des Etats membres, un plan de riposte prenant en compte la lutte contre la propagation de la pandémie et un plan de relance économique post-pandémie ;
  2. émettre des Bons et Obligations de long terme du Trésor pour financer les besoins critiques en investissement pour soutenir le secteur privé et relancer les économies ;

iii. mettre en place des appuis importants pour soutenir les secteurs sociaux (outils pour enseignement à distance,

renforcement des systèmes et infrastructure de santé, facilitation de l’accès à internet, …) et les couches sociales les plus défavorisées (filets sociaux) ;

  1. déployer au niveau des Banques Centrales des outils, moyens et liquidité importante permettant de soutenir le secteur financier, notamment les banques et établissements financiers, les institutions de micro finance pour qu’il appuie le secteur privé formel et informel ;
  2. lancer un appel à la Communauté internationale pour la mobilisation de ressources additionnelles au profit de la Région pour faire face aux défis économiques et sociaux auxquels sont confrontés les Etats;
  3. soutenir l’initiative de l’Union africaine de négociation avec les partenaires pour une annulation de la dette publique et une restructuration de la dette privée des pays Africains ;

vii. mettre en œuvre des actions urgentes pour soutenir la production locale des produits de consommation, notamment les produits agricoles, et réduire ainsi la facture d’importation de ces biens ;

viii. mettre en place un Programme de soutien au secteur de la fabrication des produits pharmaceutiques et des équipements de protection sanitaire dont la production locale couvre à peine 20% des besoins de consommation actuels de la Région ;

  1. éviter d’imposer des restrictions aux importations en provenance des autres pays de la CEDEAO, notamment en ce qui concerne les biens de première nécessité (médicaments, produits alimentaires, etc.) ;
  2. convoquer une réunion du Conseil de Convergence afin d’examiner l’impact de la pandémie à COVID-19 et ses implications sur les performances en matière de convergence macroéconomique en 2020 et pour les années à venir ;

 

Mesdames, Messieurs

Le monde va devoir faire face à une crise économique sans précédent depuis celle de 1929. Notre continent ne sera pas épargné. En agissant unis et solidaires nous renforcerons notre résilience face à cette crise, d’où la pertinence d’accélérer la mise en œuvre de l’agenda 2063 et de ses plans d’action. La crise sanitaire du COVID 19 nous a montré combien il est nécessaire de disposer d’un tissu industriel endogène. Elle nous aussi montré la nécessité de transformer localement nos matières premières et de ne plus compter sur l’exportation des produits de base compte tenu de la forte sensibilité de leurs prix aux chocs exogènes. Elle nous montre la nécessité de la mise en œuvre rapide de la zone de libre-échange continentale, du plan de développement des infrastructures en Afrique, ainsi que celui du développement en Afrique. Pour financer ces investissements, il sera certainement nécessaire de concevoir des financements innovants à travers un plan Marshall ambitieux. Je rappelle que le plan Marshall en faveur de la reconstruction de l’Europe a coûté 4% du RNB des USA pendant cinq ans.

 

Au regard de l’impact de cette crise au niveau mondial, je demeure convaincu qu’il y aura un avant et un après COVID-19 en ce qui concerne la gouvernance politique et économique mondiale. Voilà pourquoi il est de bon ton d’inviter la Commission de l’Union Africaine à engager la réflexion pour apporter la contribution de notre communauté à la mise en place d’un nouveau paradigme en vue d’une meilleure gouvernance politique et économique mondiale, une gouvernance qui mettrait l’accent sur les valeurs suivantes : la dignité, l’égalité, la justice et la solidarité. C’est dans ces conditions que nous pourrons partager les risques comme les bénéfices de la mondialisation.

Je vous remercie».

 

 

 

ONEP