Malam Brah Mamadou, maire de la commune urbaine de Diffa : «Diffa est une ville tout à fait fréquentable et elle reste et demeure cette ville hospitalière qui a bercé la vie des milliers de nigériens et même d’ailleurs»

Invite de sahel dimanche
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Chef-lieu de la région de Diffa, la  commune urbaine de Diffa est l’une des douze communes que compte la région. Son Conseil communal est présidé par M. Malam Brah Mamadou deouis juillet 2019. Le jeune maire à la tête de son entité depuis seulement quelques mois nous parle ici, de la vie de sa commune, des ambitions qu’il nourrit pour sa ville, de la situation sécuritaire, de la vie socioéconomique ainsi que de ce qu’il envisage d’apporter comme contribution à l’occasion de la fête du 18 décembre Diffa Nglaa.

Le maire, comment se présente la commune urbaine de Diffa ?

Merci. Je commencerai par souligner que du point de vue administratif,  la commune urbaine de Diffa est à la fois  chef-lieu de la région,  chef-lieu du département de Diffa. Du point de vue géographique, notre commune est située à 1360 km de Niamey. Elle couvre 229 km2 avec une population estimée à 48.000 habitants au sortir du recensement de 2012. En 2016, nous sommes passés à 67.000 habitants suite au  déclenchement de la crise sécuritaire et le flux massif des retournés et des réfugiés. Avec les exactions dans certaines localités comme Gueskérou et Bosso en 2018-2019, nous avions enregistré une autre arrivée des populations de l’ordre de 33.000 personnes, portant de facto la population de la commune urbaine à environ 105. 000 habitants.

Etre chef-lieu régional et départemental et en même temps le réceptacle d’une importante population déplacée, n’est-ce pas un défi pour votre commune ?

Ah oui, cela nous pose des véritables défis. En tant que centre administratif majeur de la région et abritant  l’ensemble des services techniques régionaux et départementaux et tout ce qui s’en suit comme agents de l’Etat et leurs familles ainsi que les organismes et ONG, nous avons le devoir d’offrir des services de qualité notamment dans les secteurs sociaux de base. Comprenez par-là les questions de l’eau,  l’hygiène et l’assainissement, la santé, l’éducation. Depuis quelques mois que nous sommes à la tête de cette entité, c’est ce à quoi nous nous attelons pour offrir un bon cadre de vie, bien sûr  que nous n’occultons  pas les autres aspects de la vie de notre communauté.

Il se raconte que la question du loyer se pose avec beaucoup d’acuité à Diffa ; que prévoit la mairie pour inverser la situation?

C’est vrai, le loyer coûte cher  au niveau de la commune urbaine de Diffa. Je  voulais vous dire qu’il y a eu suffisamment de lotissements ces dernières années. Mais seulement, il y a eu trop de spéculations et autres activités autour de ces lotissements-là qui n’ont pas bénéficié aux populations. Je peux vous dire que si tout avait bien marché ou été fait dans les règles de l’art, le loyer aurait cessé de  coûter cher dans la commune. Depuis notre arrivée, nous nous sommes donné comme mission d’assainir cet état de fait. Nous sommes en train de procéder à la vérification des acquéreurs des parcelles pour identifier les personnes qui ont légalement acquis, celles qui ont payé les droits à la mairie. Nous faisons cela pour mettre la mairie dans ses droits en reprenant toutes les parcelles illégalement attribuées afin de les revendre aux personnes nécessiteuses. Nous sommes donc dans ce processus d’assainissement et de contrôle de nos différents lotissements.

Avez-vous ou envisagez-vous tendre la main aux opérateurs économiques pour investir dans le foncier et permettre à Diffa de disposer d’infrastructures d’accueil assez suffisantes ?

Cette question m’amène à parler de la fête du 18 décembre que notre région va abriter cette année.  Comme ce fut le cas partout où cette fête a eu lieu, Diffa aussi va bénéficier de beaucoup de réalisations. Nous aurons Incha Allah des infrastructures de la voirie, de l’hygiène et d’assainissement, des infrastructures socioculturelles et sportives, de nouveaux hôtels et la réhabilitation de ceux existant. Nous avons surtout la construction d’une cité du 18 décembre. C’est cela qui m’amène à votre question. La cité du 18 décembre est composée de 142 parcelles sur lesquelles des logements vont être construits par habitants et les ressortissants de la région de Diffa. Les parcelles ont pratiquement été attribuées aux personnes ayant fait la demande. Et je puis vous dire que les travaux ont déjà commencé sur certaines parcelles. Là, ce sont les opérateurs économiques, les bonnes volontés qui se sont manifestés pour apporter leur contribution à la résolution du problème d’infrastructures d’accueil et de logements qui a cours dans la ville.  Nous avons un promoteur privé qui va construire un nouvel hôtel qui viendra s’ajouter à l’ancien hôtel du 18 décembre qui va être réhabilité. Nous espérons qu’à l’issue de cette fête, le souci que nous avons en terme d’accueil sera un lointain souvenir.

Justement M. le maire,  hormis la question du logement, quelles sont les autres  priorités de la commune  en lien avec  Diffa Nglaa?

Effectivement, la question d’infrastructures d’accueil est fondamentale, mais nous avons une autre priorité qui nous tient à cœur. C’est la voirie qui est une des grandes  priorités. Comme vous l’avez sans doute constaté, la ville de Diffa a très peu de voiries. Celles qui existent sont dans un état de délabrement très avancé. Ensuite, nous avons comme seconde priorité l’assainissement. Nous manquons notamment de caniveaux. Pendant la saison des pluies, la circulation des personnes et des véhicules est très difficile du fait de la stagnation des eaux dans certaines de nos rues pourtant très sollicitées par les habitants. La troisième priorité pour nous, c’est les infrastructures d’hébergement, les hôtels et les cités notamment, comme je l’ai dit tantôt,  nous attachons du prix aussi à la résidence présidentielle,  la tribune officielle devant accueillir le défilé militaire,  à la maison des jeunes dont la capacité va être renforcée et qui doit abriter  les activités culturelles et bien d’autres évènements. Nous souhaitons aussi que nos établissements d’enseignement bénéficient de réalisations.  A ce  niveau, notre priorité, c’est la construction de locaux propres et des amphithéâtres à l’Université de Diffa. Il y aura évidemment des travaux de réhabilitation des bâtiments des services  publics dont la plupart est dans un état de  vétusté avancé. Nous attendons beaucoup l’extension de l’aéroport de Diffa. Ce qui permettra d’accueillir des avions  gros porteurs. Etant donné que Diffa est un chassé-croisé de gros porteurs reliant le Nord et le Sud, si l’aéroport répond aux normes internationales, il y’aura forcément des escales qui s’effectueront. Cela apporterait une plus-value à l’économie de la commune.

Diffa est une zone dont la seule évocation du nom fait penser à l’insécurité pour beaucoup de nigériens, comment se présente la situation ici dans la commune ?

La commune de Diffa, est pratiquement un îlot de paix dans la région de Diffa. J’ai dit que les populations des autres zones, victimes des exactions, ont trouvé refuge ici. Vous avez aussi séjourné dans la ville et n’avez rien vu ou entendu depuis votre arrivée. Nous rendons grâce à Dieu et nous le prions de maintenir cette situation. Cela n’est toutefois pas une raison pour nous de baisser la garde. Il faut qu’on soit beaucoup plus vigilant pour que cette situation de paix perdure et se répande sur les autres localités de la région. Mais il faut aussi reconnaitre que l’afflux des personnes dans la ville s’est accompagné d’une insécurité résiduelle, les petits vols et la consommation de la drogue se sont accrus dans les quartiers. Ce n’est pas lié aux activités terroristes, c’est plutôt un phénomène urbain qu’il nous faut régler en interne. Et nous nous y mettons. En termes d’attaques, depuis celle de 2015, nous n’avons enregistré aucune attaque d’envergure ici à Diffa. Il y a vraiment la sécurité dans la ville.

Depuis votre arrivée à la tête de la mairie, comment avez-vous trouvé l’entité et qu’avez-vous entrepris comme actions ?

Lorsque je suis arrivé, c’est pendant la saison des pluies. Et je me suis automatiquement intéresser au problème de la stagnation des eaux qui constitue un vrai casse-tête pour nos administrés. Beaucoup d’endroits sont impraticables en saison des pluies. Sur un tronçon de la RN1, il y a un endroit où il faut attendre un mois pour pouvoir accéder. Et cela perdurait depuis des années. J’ai traité ce point crucial pour rendre praticable l’endroit pendant toute la saison. Au niveau de l’auto-gare de Diffa qui n’était pas praticable en saison des pluies pendant 9 ans, nous avons réglé ce souci de stagnation des eaux en faisant du remblai et d’ouvrage de drainage d’eau. Nous avions fait pareil à la devanture de la tribune. Nous avions réactivé l’équipe qui est à pied d’œuvre pour évacuer les eaux jusqu’à la rivière de la Komadougou. Nous avons traité beaucoup de coins de la ville où les habitants avaient d’énormes difficultés pendant la saison des pluies notamment dans certains quartiers. Au niveau du siège de la mairie, nous avons amélioré le cadre de travail des agents. Nous avons augmenté la logistique et nous sommes dans une procédure d’acquisition d’autres engins. Nous avons une dizaine de véhicules d’engins opérationnels. En outre, tout le cadre a été réhabilité pour permettre aux agents de s’acquitter convenablement de leurs tâches.  Nous avons surtout assaini les recettes de la mairie. Nous les avons très substantiellement augmentées. Nous réalisons nos activités sur fonds propres et nous faisons face à toutes les dépenses de fonctionnement sans grande difficulté. Aujourd’hui, nous n’avons pas un seul mois   d’arriéré de salaire, ni d’eau ou d’électricité. Nous sommes en train de moderniser la mairie. Vous voyez que les bureaux sont rénovés. Notre hall d’attente est amélioré, nous avons même installé un écran.     informationnel qui va servir de base de données pour tous les usagers.

A vous entendre parler ainsi, on a l’impression que la situation sécuritaire n’a pas  eu un impact négatif sur l’état financier de la mairie.

Ce que je vais vous dire est peut-être un paradoxe ; mais c’est la réalité quand même. Je dirai que la situation sécuritaire a pratiquement boosté la situation économique. Des populations de plusieurs horizons se sont retrouvées ici et du coup tous les besoins se sont accrus. La demande s’est aussi accrue. Au niveau du transport par exemple, nous avons aujourd’hui plus de 750 motos tricycles en circulation et il y a aussi des taxis de brousse qui assurent le transport entre Diffa et les autres localités et les marchés. Nous avons une autre activité qui nous est favorable, c’est le démarrage du projet de pipeline pétrolier grâce auquel nous enregistrons des camions transportant du matériel et nous sommes en train d’aménager notre parking gros porteur.

Quelle contribution  la mairie entend-elle apporter dans le cadre de Diffa NGlaa ?

Ah oui ! Nous avons décidé de continuer à moderniser les choses. Cette année, nous avons élaboré un budget qui cadre avec les ambitions de la fête de la République. Nous comptons l’accompagner à hauteur de 370 millions. Une grande partie de ce montant est consacrée à l’achat des engins neufs de salubrité. Nous prévoyons d’acquérir sept camions et citernes vidangeuses, de réaliser certains caniveaux là où ce n’est pas prévu dans le cadre de Diffa NGlaa, de réhabiliter d’autres, aménager l’intérieur et la façade de la mairie.

Quel message avez-vous à lancer à nos compatriotes, eu égard aux idées que certains nigériens ont de Diffa ?

Vous savez, chaque fois que je rencontre quelqu’un qui vient à Diffa pour la première fois de sa vie ou après le déclenchement de la crise, je lui demande son impression.  Et généralement, les interlocuteurs me disent qu’ils sont surpris que ce soit différent de ce qu’ils croyaient. La description qu’on fait de la situation à  Diffa est un peu exagérée, d’aucuns pensent que c’est la catastrophe dans  notre ville. Mais une fois sur place, ils se rendent compte du contraire. Le message que je voudrais adresser aux Nigériens, c’est que les gens n’aient  pas  peur de Diffa, en tout cas pas de l’insécurité. Les habitants  y vivent bien. Diffa n’a rien à envier aux autres villes du pays et je peux d’ailleurs  affirmer que nous offrons un cadre de vie beaucoup plus propice que certaines villes du Niger.  Vous avez circulé dans la ville, vous êtes en train d’y séjourner en toute sécurité comme tous ces milliers de  gens. Rappelez-vous ce que je disais tantôt, beaucoup de  gens ont trouvé à Diffa  la paix qui leur manquait ailleurs et tout le monde vaque normalement à ses occupations.  Donc en définitif, Diffa est une ville tout à fait fréquentable et elle reste et demeure cette ville hospitalière qui a bercé la vie des milliers de nigériens et même d’ailleurs.

 

Zoubeirou Moussa, envoyé spécial(onep)