Le Sahel

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d-27 heures le matin au quartier Aghafey de Ingall. Les visiteurs sont curieux d'assister à un va et vient des femmes et des filles avec leurs récipients accrochés à la main. Ces braves femmes vont chercher de l'eau au niveau du Kori bordé de palmeraies et qui longe la ville d'Ingall à son extrémité Est. La particularité de cette tâche est qu'elle diffère largement de la corvée dans d'autres régions. On l'appelle localement Yashi.

Bien que la ville soit dotée d'une installation d'eau moderne, les habitants d'Ingall restent encore attachés à cette technique ancestrale de ''cueillette d'eau''. En quoi consiste le Yashi ? En saison des pluies, lorsque le Kori charrie d'importantes quantités d'eau, il nettoie le sable fin de son lit. Ainsi pour recueillir l'eau, les femmes creusent de petits puisards de 30 à 60 cm dans le sable. Quelques minutes après, une eau limpide sort pour remplir les puisards. Les femmes remplissent ainsi leurs récipients. « Malgré l'existence des robinets, nos mamans ici préfèrent l'eau du Yashi. Elles disent qu'elle a meilleur goût » confie Oustaz Ibrahim, un étudiant en Master à l'Université Islamique de Say, venu passer ses
vacances en famille.
Ce que confirme Khadija, la cinquantaine révolue venue remplir son seau. « Moi je préfère cette eau ; elle n'a pas de sel et elle est meilleure que celle du robinet. En plus, c'est elle que nous connaissons depuis le temps de nos ancêtres » dit-elle. Les propos de la vieille Khadija se justifient en partie. En effet, Ingall est connu pour ses eaux salées, riches en sels minéraux. C'est, du reste ce qui attire des milliers de pasteurs qui conduisent leurs troupeaux pour la Cure salée. Cette salinité des eaux a obligé les services chargés de la fourniture d'eau d'effectuer des travaux complémentaires pour désaliniser l'eau du robinet.
Mais ce qui est formidable dans le Yashi, c'est que c'est une action communautaire. Tout le monde peut se servir dans le puisard creusé par l'autre, témoignant ainsi toute la solidarité et la générosité des populations de cette ville qui accueille chaque année des milliers d'hôtes et de troupeaux à l'occasion de la Cure salée. Cependant, cette pratique ne dure que la saison des pluies au moment où les nappes sont rechargées et sont à fleur du sol. « Lorsque vient la saison sèche, on se rabat sur les puits foncés un peu partout dans la vallée » confie Hadjara, une autre femme rencontrée dans le Kori. Autant dire que le Yashi a encore de beaux jours devant lui.
Siradji Sanda, envoyé spécial(onep)
26/10/18

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