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Entretien avec la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Protection de l'Enfant, Mme Elback Zeinabou Tari Bako : «La meilleure porte d'entrée de l'autonomisation de la femme est la scolarisation»


inviteMadame la Ministre, les femmes nigériennes célèbrent ce 13 mai, la 27eme édition de leur journée nationale. De l'institutionnalisation de cette journée à aujourd'hui, quel bilan peut-on dresser relativement à la promotion de la femme au Niger ?
Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion en ce jour mémorable du 13 mai 2018, de m'adresser aux Nigériennes et Nigériens sur cet événement de portée nationale qu'est la journée de la femme nigérienne. Cette date marque en lettre d'or la marche historique des femmes de 1991, pour réclamer une plus grande représentation au sein de la commission préparatoire de la Conférence Nationale Souveraine.
En termes de bilan, sans être exhaustive, notons quelques résultats majeurs notamment sur le plan de la participation politique : au Parlement, la proportion des sièges occupés par les femmes est passée de 1,2% (1/83) en 1999 à 12,3% (14/113) en 2004. Aux élections de 2011, ce nombre a été porté à 16 sur 133 soit 14,15 %. Au sein des Gouvernements successifs, la présence des femmes a évolué en dents de scie ces vingt (20) dernières années. De 1993 à 2000, la proportion des femmes membres du Gouvernement est passée de 8,3% (2 femmes ministres sur 24) à 10% (2 femmes ministres sur 20) en 1999 au cours de la transition militaire puis 7 femmes sur 42 membres en 2018. Pour les conseillers communaux, on note 579 femmes élues sur un total de 3699 conseillers soit 15,57% en 2011; Au total, sur un nombre global de 4693 conseillers toutes élections locales confondues (communales, municipales et régionales), on dénombre 630 femmes élues (soit 13,42%) dont 8 femmes maires sur 266 en 2011. Alors même qu'en 2004 pour les seules élections municipales, sur 3747 postes à pourvoir, les femmes occupaient 671 sièges soit 17,90%.
Dans les domaines juridique et politique, le Gouvernement nigérien a manifesté sa volonté en élaborant et adoptant la Politique Nationale de Genre en 2008 et révisée en 2017 et son plan d'action 2017-2021; la Stratégie Nationale d'Autonomisation Economique de la Femme et son plan d'action 2018-2022 ; la Stratégie Nationale de lutte contre les VBG et son plan d'action 2017-2021, la Révision de la loi 2000-08 dite loi sur le quota en 2014 ; la Stratégie d'éradication de la fistule ; l'élaboration d'un plan d'actions national sur la Résolution 1325 des Nations Unies sur paix et sécurité; la mise en place de l'Observatoire National pour la Promotion du Genre.
Dans les domaines économique et social, les actions suivantes ont été entreprises pour renforcer le pouvoir économique des femmes : la dotation et l'équipement de matériel d'Allégement des Tâches (Moulins, batteuses, décortiqueuses, presses à huile, séchoirs, fours solaires, grilloirs, charrettes, Mini - Adduction d'Eau Potable, forages, foyers améliorés, garderies d'enfants communautaires etc. formation/ sensibilisation des groupes cibles et des comités de gestion). On peut également noter les actions d'accompagnement à travers les centres d'éducation et de promotion féminine (foyers féminins) ; la création au niveau des régions des maisons de la femme ; la mise en œuvre du programme SWEDD ; projet régional pour l'autonomisation de la femme et dividende démographique ; la mise en œuvre du projet AFDEL (Autonomisation de la Femme et Développement Local) ; la création de la Maison de l'entreprise (la promotion des femmes
entrepreneurs et opératrices économiques); la mise à échelle de l'Initiative Adolescentes au Niger «Programme ILLIMIN» qui a pour but de retarder le mariage des enfants et les grossesses précoces en vue de réduire la mortalité maternelle).

Cette année encore, la scolarisation de la jeune fille demeure encore une question d'actualité. Est-ce à dire que la situation scolaire de la jeune fille n'évolue pas au Niger ?
La meilleure porte d'entrée de l'autonomisation de la femme est bel et bien la scolarisation. C'est le lieu d'ailleurs de saluer les autorités de la 7ème République pour les efforts fournis dans ce domaine. Comme en atteste les milliers de classes construites, la formation des enseignants et le décret N°2017-935/DRP/MEP/ A/PLN/EC/MEF du 5 décembre 2017 portant sur la protection, le soutien et l'accompagnement de la jeune fille en cours de scolarité.

Quelles sont justement, Madame la Ministre, les obstacles qui se dressent encore sur les chemins de l'école des jeunes filles au Niger ?
Comme obstacles à la scolarisation de la jeune fille, on peut noter entre autres une déperdition scolaire plus importante chez les filles au fur et à mesure qu'elles gravissent, les niveaux d'enseignement du fait des rôles et des stéréotypes de genre mais aussi du harcèlement sexuel, du mariage précoce dont elles sont victimes. Il y a aussi des coûts élevés de la scolarisation ; une insuffisance d'infrastructures et d'équipements ; le faible accès des filles à l'école en milieu rural du fait des pesanteurs sociales; la surcharge de travaux domestiques liée à la division sociale du travail ; le faible accès à l'information.

Madame la Ministre, la situation semble être plus préoccupante dans les zones rurales. Quelles sont les actions que votre ministère compte entreprendre à ce niveau pour aider à scolariser et maintenir les jeunes filles à l'école?

Nous accompagnons les Ministères en charge de l'éducation pour promouvoir la scolarisation de la jeune fille à travers des actions de sensibilisation sur la protection, le soutien et l'accompagnement ; l'octroi de bourses d'excellence aux filles avec le soutien financier de la CEDEAO ; le renforcement des capacités techniques et stratégiques des adolescentes à travers le programme adolescentes « ILLIMIN ».

Au Niger, les femmes sont beaucoup touchées par la pauvreté particulièrement en milieu rural. Quelles sont les stratégies que vous comptez développer pour faire de l'autonomisation de la femme une réalité dans ces zones?
Le Ministère avec la participation de tous les acteurs a élaboré et adopté une Stratégie Nationale d'Autonomisation Economique de la Femme assortie d'un plan d'action quinquennal 2018-2022. Cela répond à l'opérationnalisation de l'axe 3 de la Politique Nationale de genre «Autonomisation économique et croissance inclusive en lien avec la gestion durable de l'environnement, les changements climatiques, la gestion des risques de catastrophes, les migrations et les urgences humanitaires ». C'est l'occasion pour moi de lancer un appel à l'endroit de nos partenaires techniques et financiers à accompagner le Ministère dans la mise en œuvre de ce plan d'action.

S'agissant de la promotion de la femme, parlez-nous des difficultés encore liées à l'application de certaines conventions comme la CEDEF dans notre pays ?
Le Niger a présenté, en juillet 2017 à Genève, son 4eme rapport national sur la mise en œuvre de la CEDEF. A l'issue de cette présentation, plusieurs questions et observations ont été adressées à la délégation du Niger par les membres du comité pendant 5 heures de temps. Il s'agit entre autres : des réserves que le Niger maintient à l'égard de dispositions de la Convention; le dialogue du Gouvernement avec la société civile et les leaders religieux; l'accès à la justice; la place du droit coutumier; la situation des migrants; les quotas de femmes; les mariages et les grossesses précoces; les mutilations génitales féminines; l'accès des femmes à l'éducation et à l'emploi; la situation des femmes rurales et des femmes détenues; l'environnement et le changement climatique. Pour l'essentiel de ces préoccupations et questions, des réponses appropriées ont été apportées par la délégation du Niger. Aucune réponse n'a été reportée en différé. Le Niger a été félicité par les membres du comité CEDEF pour les progrès enregistrés et le langage franc tenu au cours des débats.

Madame la ministre, la loi sur le quota qui a aidé à la promotion de plusieurs femmes au Niger fait aujourd'hui l'objet de critiques et même de rejet de la part de certaines femmes. Comment expliquez-vous cela ?
Quoi qu'on dise, la loi sur le quota a été un apport important pour la représentation des femmes au niveau des instances de décision au Niger.
Je ne pense pas qu'il est question de rejet de cette loi par les femmes. Certes, l'évaluation de l'application de cette loi a révélé des insuffisances. Et c'est un processus, nous nous attelons au fur et à mesure à corriger ces insuffisances avec l'ensemble des acteurs.

Réalisée par Idé Fatouma(onep)

AG/ONU

Editorial

Editorial : Chapeau Nigelec !

lundi 10 septembre 2018

Editorial : Chapeau Nigelec !
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