Le Sahel

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Dossier



d-1Pas un carrefour ou une grande place publique de Niamey qui ne soit aujourd'hui envahi par des enfants, des femmes et des hommes en quête d'aumône. Ils prennent d'assaut ces lieux tous les matinset ne les quittent que la nuit. Comme des fonctionnaires sur leur lieu de travail, ils s'installent très tôt à ces endroits choisis avec habileté. Comme les travailleurs, ils sortent avec leurs enfants, pas pour les déposer à l'école, mais dans la rue...
Il est un peu plus de 7 H du matin à Niamey, mais déjà, une dizaine d'enfants d'environ 6 à 8 ans sont groupés au niveau d'un feu optique d'une grande artère de la capitale. Les uns sont debout et n'hésitent pas à tendre la main à tout passant. Les autres sont agenouillés, les bras croisés sous l'effet certainement du froid qui s'est abattu sur Niamey en ce début du mois de janvier. Mais cette position est stratégique, puisqu'ils bondissent aussitôt sur le premier passant qui ose remettre quelques pièces de monnaie à leurs camarades. Sans hésiter, ils accourent tous pour réclamer leur part en psalmodiant '' Alhadji sadaka, Madame Hadjia sadaka. ... Dans l'euphorie, ils ne font même pas attention pour voir s'il s'agit d'un El hadj ou d'une Hadjia. L'important, c'est de gagner quelques espèces sonnantes et trébuchantes. C'est pourquoi, ils sont là très tôt le matin. Vêtus d'une simple chemise manche courte et d'une culotte qui ne couvre même pas les genoux, beaucoup marchent pieds nus s'exposant ainsi au froid qui peut affecter leur santé. Insensible à ce danger qui les guette, ils multiplient les risques en déambulant entre les véhicules.
L'école ? Ils n'en connaissent pas ou ne veulent pas en entendre parler. A la question posée à l'un d'entre eux de savoir pourquoi il ne va pas à l'école, il répond qu'il n'a pas pu y accéder et que c'est trop tard cette année. En proposant de l'amener à l'école parce que c'était au début de l'année scolaire, il quitte à la hâte les lieux en affirmant ''saï badi'' (à l'année prochaine). Comme quoi, cette année, son choix ou plutôt celui de ses parents est déjà fait : le petit garçon sera tous les matins dans la rue pour mendier au lieu d'être à l'école. Sa maman veille au grain, puisqu'elle est confortablement assise derrière un bâtiment et le surveille. Le moindre copeck qu'il reçoit doit lui être automatiquement versé. En attendant, elle bavarde avec d'autres femmes ayant fait aussi le choix d'amener leurs enfants dans la rue pour mendier. Toutes jeunes, elles sont nombreuses à cet endroit avec souvent des bébés dans les bras. Les quelques femmes âgées du groupe se sont retranchées sur la voie opposée à celle des enfants. Elles sont alignées et n'attendent que les automobilistes et les cyclistes s'arrêtent sur ordre du policier réglementant la circulation. Toutes accourent pour tendre la main avec la même ''chanson'' "Elhadj sadaka, sadaka Madame, sadaka hadjia''. Comme une sorte de compétition, aussitôt que l'une d'entre elle le dit et s'éloigne si elle ne vous voit pas mettre dans la main dans la poche ou le sac pour lui tendre des espèces sonnantes, une autre prend le relais et ainsi de suite.
On constate malheureusement que les femmes sont de plus en plus nombreuses dans la mendicité. Elles sont jeunes, bien portantes et visiblement aptes à exercer des activités génératrices de revenus dans la dignité. Bébé au dos ou le portant à califourchon, elles sont déterminées à ne tendre que la main du lever au coucher du soleil. Plus solides que beaucoup de Nigériennes, femmes de ménage qui gagnent leur pain en effectuant des travaux domestiques, elles rodent d'un feu optique à un autre, d'un carrefour à un autre.Toujours en groupe, elles ont fait de la mendicité une activité fondamentale. Pour faire beaucoup de recettes, il semble que dans certaines familles, la mère, les enfants et le père, tous s'adonnent à la mendicité.

Mendiants agressifs

Le phénomène prend de l'ampleur. Il a aujourd'hui beaucoup d'adeptes, surtout ceux qui, hommes ou femmes ne souffrent d'aucun handicap et jouissent d'une santé de fer. Ils ont pour des raisons qui leur sont propres choisi de tendre la main pour vivre. Ces mendiants d'un genre nouveau sont d'ailleurs les plus nombreux au niveau des feux tricolores de Niamey et usent de toutes les ruses pour se remplir les poches. Chapelet en main, certainsvous abordent avec un air pitoyable à vous donner envie de leur vider votre portefeuille. Sous la bannière de la religion surtout le vendredi, jour saint, ils étalent tout leur talent pour faire comprendre qu'ils sont nécessiteux. Surtout devant les mosquées qui sont prises d'assaut.
D'autres le font avec agressivité. Osez leur dire que vous n'avez pas d'argent, ils vous diront des mots que vous n'oublierez jamais. Donnez leur une petite pièce de monnaie, ils l'accepteront, malgré eux, la mine très serrée. Souvent c'est eux-mêmes qui vous fixent le montant qu'il leur faut pour manger, acheter une paire de chaussure ou compléter les frais de taxi.
Ces mendiants ont ravi la vedette aux talibés qui eux-mêmes cherchent aujourd'hui des espèces sonnantes et trébuchantes. Tasse en bandoulière, ils font rarement le porte à porte pour chercher la nourriture. Ils se retrouvent aussi dans les marchés et autres places publiques de Niamey qui est en train de faire sa toilette pour...juillet prochain Incha Allah.

Par Idé Fatouma(onep)
18/01/19

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