Le Sahel

pub_bann
A+ A A-

Dossier


adiss-1Comment sortir de la pauvreté ? Comment combattre efficacement la misère sans se renier ? Comment faire en sorte que les régions appauvries ne se contentent plus d'idéaux appauvris ? « Se satisfaire de son sort » ? Se contenter dans la pauvreté, en attendant l'aide du gouvernement ? Se reposer sur les aides financières ? Exiger des allocations pauvreté ? « Blâmer tout le monde sauf soi-même » ? Tous ces concepts doivent être jetés à la poubelle. Le faible oisillon peut être le premier à voler, et le plus pauvre, le premier à s'enrichir ». L'Afrique peut-elle s'inspirer de l'expérience chinoise sans retomber dans une autre forme de néocolonialisme ?
C'est à ce genre de questions et bien d'autres que quelques 300 participants, dont des responsables de gouvernements, des ambassadeurs, des hommes d'affaires, des experts et des journalistes venus d'une quarantaine de pays africains et de la Chine ont tenté d'y répondre lors de la sixième édition du Forum des think-tanks sino-africains qui s'est tenue le 21 juin dernier au siège de l'Union africaine à Addis Abeba (Ethiopie).
Co-organisée par l'Académie de leadership de l'Union africaine et l'Université normale de Zhejiang de Chine, cette rencontre est la concrétisation de la coopération sino africaine, une coopération gagnant-gagnant, basée sur le partage des expériences profitables aux deux parties.
S'appuyant sur la lutte contre la pauvreté, les participants ont remarqué avec émerveillement qu'au cours des trente dernières années, la Chine a sorti 700 millions de ses fils et filles de la pauvreté. Un exploit sans pareil dans l'histoire de l'humanité.
Ce miracle chinois est-il possible en Afrique ? Le forum des Think tanks qui a pour thème : " Lutter contre la pauvreté pour une prospérité commune ", a répondu positivement.
Les participants ont beaucoup insisté sur la question de partage d'expériences chinoises dans la lutte contre la pauvreté, avec surtout des idées contenues dans le livre du Président Chinois intitulé : "Sortir de la pauvreté". Xi Jinping y explique comment élaborer des politiques de développement avec des moyens locaux et décline, avec son expérience personnelle, les bonnes pratiques et leçons dans la conception et l'application des plans de réduction de la pauvreté.
Les experts se sont également penchés sur le rôle que doivent jouer le marché du travail, les institutions financières et les organes de sécurité sociale dans le développement et la lutte contre la pauvreté.
Ils ont également discuté sur comment mettre en œuvre les acquis du Sommet de Johannesburg de 2015 sur la coopération sino-africaine de manière efficace afin de relever les défis auxquels fait face l'Afrique dans son développement, mais aussi comment stimuler la coopération sino-africaine dans l'industrialisation et la modernisation agricole.
Les intervenants, africains comme chinois, sont unanimes à dire que l'Afrique ne peut se développer qu'avec ses fils. Elle peut et doit, certes, beaucoup apprendre de la Chine qui a réussi à sortir 700 millions de personnes de la pauvreté, mais elle doit également veiller à ne pas tomber dans une nouvelle forme de colonisation Sud-Sud.
Le forum a été coprésidé par le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat.
Dans son allocution d'ouverture, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a réaffirmé que la Chine est un partenaire stratégique de l'Afrique et non un colonisateur. Sa volonté est d'accompagner le développement de l'Afrique dans le cadre d'un partenariat sincère et gagnant-gagnant.
Il a poursuivi en indiquant que « près de 400 millions d'Africains vivent sous le seuil de pauvreté, et la Chine a encore à sortir plus de 40 millions d'habitants de la pauvreté. Travailler ensemble à éliminer la pauvreté et à réaliser le développement partagé, telle est la responsabilité que nous avons envers les générations futures, la mission commune des peuples chinois et africains et un impératif pour le progrès de la société humaine.
« Une seule fleur ne fait pas le printemps. Quand cent fleurs s'épanouissent, le printemps envahit tout le jardin. » Le Président Xi Jinping nous a demandé de rester fidèle au principe dit de « sincérité, pragmatisme, amitié et franchise » à l'égard de l'Afrique et à la juste conception de la justice et des intérêts, d'avoir toujours à l'esprit les besoins des pays africains dans notre travail et d'associer étroitement le développement de la Chine à celui de l'Afrique en vue d'un développement et d'une prospérité partagés ».
Pour le ministre chinois des Affaires Etrangères, « les Chinois et les Africains forment depuis toujours une communauté d'intérêt et d'avenir. Nous entendons œuvrer avec nos amis africains à mieux associer les dix programmes de coopération et l'Agenda 2063 de l'UA dans le cadre de l'initiative « Ceinture et Route » pour approfondir notre coopération mutuellement bénéfique et soutenir les pays africains dans leurs efforts pour réaliser le développement autonome et durable et se débarrasser définitivement de la pauvreté le plus tôt possible.
Premièrement, nous envisageons de multiplier les échanges avec les pays africains sur les expériences en matière de gouvernance de l'État, pour identifier les pistes de la réduction de la pauvreté et du développement, les atouts respectifs et l'orientation de la coopération sino-africaine, afin d'explorer ensemble une voie de réduction de la pauvreté et de développement correspondant au besoin de l'Afrique.
Deuxièmement, nous entendons associer la stratégie chinoise de développement à celle des pays africains, poursuivre le principe du développement intensif, privilégier le rendement socio-économique des projets de coopération, et œuvrer à lever en priorité les trois obstacles au développement, à savoir l'insuffisance des infrastructures, le déficit en ressources humaines qualifiées et le manque de moyens financiers, pour créer des conditions favorables à la lutte contre la pauvreté.
Troisièmement, nous sommes disposés à créer un environnement nécessaire pour les pays africains en faveur de la réduction de la pauvreté. La stabilité est le préalable à la lutte contre la pauvreté et au développement,. Nous soutenons activement le renforcement des capacités des pays africains visant à résoudre par eux-mêmes les problèmes africains (...).
Quatrièmement, nous entendons encourager la communauté internationale à soutenir les efforts africains de réduire plus vite la pauvreté. Favorables à la diversification des partenaires de l'Afrique, nous appelons les différentes parties à rejeter la logique archaïque du jeu à somme nulle et à adopter le nouveau concept de la coopération gagnant-gagnant.

Actuellement, la Chine et l'Afrique se trouvent l'une comme l'autre sur un nouveau point de départ pour le développement et le renouveau. Les deux parties ont la confiance, la capacité et la sagesse pour éradiquer la pauvreté et réaliser un développement partagé à travers une coopération renforcée en vue d'un avenir commun plus radieux ».
"La Chine est d'avis que le 21e siècle appartient non seulement à l'Asie, mais aussi à l'Afrique. Travailler ensemble pour éradiquer la pauvreté est la mission que nous devons à la postérité'', a-t-il dit en conclusion avant d'appeler les participants à se pencher sur le livre Sortir de la pauvreté du Président Xi Jinping, qui est un recueil de pensées et de pratiques importantes sur la réduction de la pauvreté et le développement quand il était secrétaire du PCC pour la région de Ningde de la province du Fujian. En 1988, l'année où il est arrivé à Ningde, le PIB local par habitant n'était que de 198 dollars américains. Et en 2016, ce chiffre a dépassé 8 000. Cet ouvrage du Président Xi Jinping nous raconte comment Ningde, une région pauvre, a réussi à réduire la pauvreté et à réaliser le développement en explorant des pistes de développement, en valorisant ses atouts, et en élaborant des programmes et des politiques pertinents de développement.
Pour sa part, le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a noté que la réalité est que "l'Afrique a toujours puisé de la Chine et la Chine s'est toujours abreuvé de l'affection de l'Afrique". Une manière de dire que leurs relations sont séculières. "Le partenariat entre l'Afrique et la Chine s'est installé depuis toujours et est basé sur le respect, la confiance et l'équité. La première leçon que la Chine nous offre, c'est de s'appuyer sur ses propres capacités et lutter de toutes ses forces, avec ses populations, pour se développer. En 20 ans seulement, la Chine a réduit son seuil de pauvreté, qui était de 30% de sa population, à 3% de sa population", indique-t-il. Le président de la Commission de l'Union africaine a invité ainsi les filles et fils de l'Afrique à se ceindre les reins pour lutter dès à présent contre la pauvreté car "si on te lave le dos, lave-toi (au moins) le ventre".
Peu après la cérémonie officielle des discours, les participants à cette journée de réflexion, avec le livre du Président Xi Jinping en bandoulière, ont noté que l'Afrique peut s'inspirer et tirer avantage de la Chine pour sortir de la pauvreté. L'élément clé étant de réunir les conditions pour le développement.
" Sortir de la pauvreté " raconte l'expérience d'un dirigeant dans une région chinoise. Seulement voilà, au terme de la lecture de 249 pages qui composent le livre, un constat s'impose. A savoir que l'ouvrage du Président Xi est à très large espace géographique.
« Aucune difficulté n'est trop grande, si nous sommes suffisamment audacieux, essayons de nouvelles choses et commençons par agir. Avec des réformes plus audacieuses et l'ouverture, l'économie pourrait se développer encore plus rapidement et il y aura de l'espoir pour que la région s'extirpe de la pauvreté et crée de la richesse. Faire en sorte que les «gouttes d'eau transpercent la roche » et « laisser l'oisillon le plus faible être le premier à voler », écrit le Président chinois dans ce livre.
Pour l'Afrique par exemple, ce livre est une mine d'or. Car, la préfecture chinoise de Mindong des années 80 ressemble à nombre de régions et même de pays sur le Continent. Absence totale d'infrastructures de base, pas d'accès à l'eau et à l'électricité pour les populations locales... Bref, toutes les caractéristiques de la pauvreté.
Sous la conduite de Xi Jinping, alors dirigeant local, la préfecture de Mindong est sortie de la pauvreté. Pour réaliser cet exploit, il a fallu un leadership au service du peuple et déterminé à combattre d'abord la pauvreté dans les esprits. Ce qui passe par le changement des mentalités. Car, la pauvreté n'est pas une fatalité.
Impossible de lire ce livre et de voir les images de ce qu'a été Mindong avant et ce qu'est devenue cette préfecture après sans penser à l'Afrique. Plus qu'un simple livre, " Sortir de la pauvreté " de Xi Jinping est une recette concrète et efficace pour parvenir à la prospérité collective. Il suffit seulement de l'adapter au contexte africain.
L'initiative 3N présentée par le délégué du Niger
Chacun des participants a eu droit à 10 mn pour présenter l'expérience de son pays en matière de lutte contre la pauvreté. Votre serviteur a présenté l'expérience nigérienne au cours de la Table ronde du premier groupe dont le sujet était axé sur le thème : adiss-2«Politiques et pratiques de développement et de lutte contre la pauvreté en Chine et en Afrique (Gouvernance, système et politique de développement et de lutte contre la pauvreté)», en s'appuyant sur l'initiative 3 N du Président de la République, Chef de l'Etat, SEM. Issoufou Mahamadou.
Le Niger, mon pays, est l'un des pays africain où la question de la pauvreté se pose avec le plus d'acuité. Pendant les vingt dernières années, la situation est devenue très difficile pour les segments les plus fragiles des sociétés rurales et urbaines. On a assisté au déploiement d'un ensemble d'activités de survie, comme la croissance de l'économie informelle et, plus récemment, des migrations vers les villes.
Le Niger subit des chocs extraordinaires d'une envergure inimaginable auxquels il parvient à résister. Le pays doit faire face à des chocs climatiques extrêmes tels que la sècheresse ou lorsqu'il pleut suffisamment, il subit des inondations qui provoquent des dégâts considérables sur les plans matériel et humain.
Au-delà de ces catastrophes naturelles, le pays est également confronté à un défi sécuritaire émanant des pays frontaliers comme la Lybie et le Mali.
Sur tout un autre plan, l'économie reste encore fortement dépendante d'une agriculture vulnérable aux aléas climatiques et basée sur des techniques de production archaïques et inefficaces.
Comme le disait en juillet 2012 le Président du Niger, Mahamadou Issoufou, à l'occasion du Forum des investisseurs à Londres: « le chemin le plus rapide pour réduire la pauvreté dans nos pays, en particulier au Niger, c'est l'agriculture ». En investissant dans ce secteur, on touche le maximum de populations atteintes par la pauvreté extrême (le taux de pauvreté au Niger est de 48%).
Fort de ce constat, après le défi sécuritaire, le défi de la sécurité alimentaire a donc fait l'objet de la plus grande attention du Gouvernement depuis 2011. Pour ce faire, le Gouvernement a conçu et mis en œuvre l'Initiative 3N « les Nigériens Nourrissent les Nigériens ».
L'I3N est un credo et un engagement politiques forts du Président de la République du Niger. Il constitue un axe majeur du Programme du Président de la République pour la renaissance du Niger. Il est bâti sur les acquis de la Stratégie de développement rural et s'inscrit dans le processus de mise en œuvre du Plan de développement détaillé pour l'agriculture en Afrique (PDDAA) et de la politique agricole commune de la CEDEAO (ECOWAP) ainsi que la Politique agricole de l'UEMOA (PAU). L'I3N permettra au Niger d'accélérer l'atteinte des Objectifs du millénaire, notamment l'OMD1 et l'OMD7.
Cette initiative a eu un succès réel avec l'augmentation de la production céréalière et irriguée ainsi que l'amélioration du rendement et de l'exploitation du cheptel. Des résultats palpables ci-après ont été enregistrés en 5 ans : la sécheresse n'est plus synonyme de famine ; le renforcement de la résilience et le recul de la vulnérabilité alimentaire ; la stabilité du niveau des prix des produits agro-alimentaires ; l'amélioration du revenu et du pouvoir d'achat des populations.adiss-3

L'Ethiopie, l'un des laboratoires de lutte contre la pauvreté
Le Dialogue Afrique-Chine de haut niveau s'est prolongé sur le terrain avec une espèce d'étude de cas. Au lendemain de leur réflexion, les participants ont été conviés à visiter la Zone industrielle Orientale.
Pays réputé pauvre, l'Ethiopie est en pleine métamorphose. Elle a réduit de quasiment de moitié la pauvreté. Celle-ci passe de 60 à 30 % de la population. Un exploit qui n'est pas étranger à la coopération avec la Chine.
La Zone industrielle Orientale est une vaste concession de 5 km2 située à 30 km d'Addis-Abeba.
En conclusion de ce forum, les cerveaux africains et chinois ont recommandé la stabilité, l'ouverture des marchés africains, l'adoption de législations incitatives à l'investissement, l'exploitation de la technologie. Plus fondamentalement, l'Afrique devrait tirer profit de la mise en œuvre des acquis du Sommet de Johannesburg du Forum sur la coopération sino-africaine. Et aussi de l'initiative " La ceinture et la route ", le financement de 10 programmes de développement.
Dans tous les cas, l'Afrique et la Chine devraient travailler ensemble pour la construction des infrastructures et l'industrialisation - y compris de l'agriculture - du Continent. Le tout sur fond de transfert de technologie. L'exemple du chemin de fer Nairobi -Mombassa au Kenya a été cité en exemple comme modèle d'infrastructures dont l'Afrique a besoin dans sa lutte contre la pauvreté.

Mahamadou Adamou, envoyé spécial(onep)
07/07/17

En savoir plus...

AG/ONU

Editorial

Editorial : Chapeau Nigelec !

lundi 10 septembre 2018

Editorial : Chapeau Nigelec !
© Le portail dynamique de l'information au Niger | conception jourdain-informatique.