Le Sahel

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Dossier

 

 

 


d-1Les spécialistes en hydrologie et les populations riveraines du fleuve Niger savent très bien qu'il existe deux périodes de crue par an pour cette ressource naturelle. La première est celle que les hydrologues appellent la crue locale qui intervient justement pendant la saison des pluies et la seconde a lieu durant la saison froide. La dernière crue est liée aux précipitations tombées dans le haut bassin (Guinée) où le fleuve Niger prend d'ailleurs sa source. Mais en dépit des deux apports importants en eau que le fleuve Niger reçoit chaque année, on constate que ces dernières années l'assèchement du fleuve est extrêmement sévère en période de décrue au point où les plus pessimistes se demandent même si cette ressource en eau n'allait pas disparaitre au fil des années. En effet, à la grande surprise des spécialistes et des populations qui vivent le long du fleuve Niger, la crue guinéenne est venue cette année déjouer les connaissances empiriques des riverains se trouvant dans des quartiers comme Gamkalé, Saga, l'île de Neni Gougou, la corniche Yantala bas, etc. Autant dire que la situation actuelle du fleuve Niger remet sur la table de discussion la problématique du changement climatique.
Les populations riveraines du fleuve Niger à Niamey sont sur le qui-vive ces derniers jours. Et pour cause : la crue exceptionnelle du fleuve. De l'alerte jaune, on est passé à celle dite orange depuis le 3 janvier 2019. L'alerte orange est fixée à 580 cm et correspond ainsi à un débit de 2127 m3/s. M. Sombo Modibo est un exploitant d'un jardin au quartier Gamkalé de Niamey. La crue du fleuve reste inoubliable dans sa mémoire parce que son espace d'exploitation a été envahi par les eaux.
Il était 12 h 30 mn ce 5 février 2019 lorsque nous nous rendions aux jardins de ce quartier dont l'essentiel des cultures de contre saison pratiquées par les exploitants sont la salade, le chou et la tomate. Quelques jours après le repiquage de la salade, M. Sombo Modibo s'est réveillé pour constater les dégâts. L'absence de la digue de protection à cet endroit précis vient de causer des dégâts énormes aux jardiniers de la zone. En effet, sur le lieu du désastre, l'intéressé n'était pas présent. C'est plutôt Idi Amadou, également exploitant et voisin à Sombo Modibo, victime de la crue exceptionnelle du fleuve qui nous relate avec peine l'ampleur du sinistre. ''Le jardin de Sombo a été littéralement englouti par la furie des eaux du fleuve. Il est contraint à se rabattre sur la pêche pour subvenir aux besoins quotidiens de sa famille'', a relevé M. Idi Amadou. Bien que le jardin qu'il exploite avec son ami ait été épargné de l'inondation, Idi donne la mine d'une victime, histoire de compatir à la douleur ressentie par son voisin Sombo.
En dépit de la catastrophe qui a frappé à la porte de son voisin immédiat, Idi Amadou continue de mener son activité de laquelle il tire l'essentiel de son revenu annuel. '' Je quitte la maison juste après la prière de l'aube pour joindre mon jardin. J'y reste jusqu'au crépuscule. Maintenant, je suis en train de faire le désherbage aux planches de la salade. J'ai déjà commencé à vendre aux clients. Ces derniers viennent jusqu'au niveau des jardins pour acheter en gros'', a expliqué M. Idi avant d'ajouter qu'il fait un chiffre d'affaires de 100.000F par campagne. C'est dire que les cultures de contre saison constituent une activité qui nourrit son homme. C'est la raison pour laquelle Idi a lancé un appel pressent à l'endroit de l'Etat pour qu'il engage les travaux d'aménagement de la digue de protection qui constitue le seul rempart entre les cultures de contre saison et les eaux du fleuve.
La montrée des eaux n'a pas seulement affecté les activités saisonnières. Elle a aussi porté un coup dur à l'une des activités principales qui se pratiquent le long du fleuve Niger. Il s'agit surtout de la pêche. M. Souley Saley est un pêcheur depuis une trentaine d'années. Il vient tout juste de descendre de sa pirogue après avoir minutieusement installé son filet à l'épervier. Il affirme n'avoir jamais vu cette montée spontanée des eaux liée aux apports de la crue guinéenne. En outre, la crue du fleuve entrave curieusement aussi la pratique normale de la pêche. Pourquoi ? Parce que la crue guinéenne charrie ou expédie la jacente d'eau qui empêche aux poissons de respirer convenablement à fortiori de pouvoir circuler librement.
Selon Souley Saley, le volume d'eau enregistré par le fleuve à cause du haut bassin doit convaincre l'ensemble des riverains et les spécialistes et chercheurs en hydrologie que le fleuve est véritablement ensablé. C'est pourquoi, il ne pourra plus contenir les eaux pendant la période de crue. '' Nous qui sommes toujours sur le fleuve savons que le fleuve n'a plus sa profondeur d'antant'', a souligné M. Souley Saley.
Tout comme les riverains du fleuve au quartier Gamkalé, les populations de Saga s'inquiètent aussi. Certes, la digue de protection du coté des cultures rizicoles tient bon sur plusieurs kilomètres mais une partie située à la station de pompage des rizières reste fragile. D'où la nécessité d'engager le plus vite possible des travaux de renforcement de la protection de la digue pour éventuellement éviter l'envahissement par les eaux d'une bonne partie des cultures rizicoles de Saga. Les riziculteurs comme Idi Hamadou et Abdoulaye ne cessent de nous dire de prendre bonne note de leurs préoccupations. Elles se résument à la réhabilitation des canaux de passage des eaux qui alimentent les rizicultures ; le colmatage des endroits où la digue est fragile et une meilleure valorisation de la filière riz du Niger.
Si au quartier Gamkalé ce sont des cultures de contre saison qui sont submergées par la crue du fleuve, à Saga, ce sont les rizicultures qui sont menacées ; tandis qu'au quartier Yantala bas, c'est plutôt des habitations et certains services publics qui sont à risque d'inondation. En plus, la montée des eaux a débordé pour dévaster plusieurs cultures de contre saison. Nana Balkissa Karimou est une habitante de la corniche Yantala Bas. Elle précise que la nuit, tous les riverains sont attentifs au bruit des eaux. ''Nous faisons très attention à la crue de cette année qui, à l'évidence, est exceptionnelle. Nous n'avons nulle part où aller se refugier le temps que l'eau se retire sinon la crue est particulièrement inquiétante cette année'', a relevé Nana Balkissa Karimou.

Par Hassane Daouda(onep)
08/02/19

 

 

 

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