Le Sahel

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Entretien avec le comédien, et acteur burkinabè, M. Gustave Sorgo : «Il ne suffit pas de prendre un caméscope pour devenir cinéaste, il y a une didactique cinématographique qu'il faut connaitre», déclare Gustave Sorgo


GustaveRien ne semblait prédisposer Sorgo Dak Jean Gustave, qui était d'abord enseignant puis employé de banque à la carrière de comédien et d'acteur, à part le désir qu'il a toujours eu de faire rire les autres, depuis l'école primaire quand il jouait dans des sketches. Appelé « Tonton Gaoussou », par les uns, « Sidiki », par les autres, Gustave Sorgo a fait du théâtre dans sa jeunesse. Mais c'est la rencontre en 1979 avec le réalisateur de renom, Sembène Ousmane qui lui a véritablement ouvert les portes du monde du 7ème art. Il va jouer avec des grands comédiens comme Sotigui Kouyaté, Dany Glover, et suivre de nombreux stages, ateliers et formations. Il va ainsi apprendre le métier d'acteur en travaillant avec de grands réalisateurs, comme Gaston Kaboré, Idrissa Ouédraogo, Cheick Omar Cissoko, Henri Duparc, Timité Bassori, Abderhamane Sissako... Agé aujourd'hui de 64 ans Gustave Sorgo dit avoir joué des rôles dans plus d'une quarantaine de films courts, longs métrages, séries, et pièces de théâtre. Dans cet entretien réalisé dans la salle du «Ciné Burkina» de Ouaga entre deux projections, pendant le 25ème Fespaco, Gustave Sorgo parle de sa carrière, du cinéma africain, et apprécie l'organisation de cette grande biennale du cinéma africain qu'il a vue évoluer.
M. Gustave Sorgo, qu'est ce qui vous a amené dans le théâtre et le cinéma alors que votre formation semblait plutôt vous prédestiner à une autre carrière ?

Le théâtre, le cinéma, sont une passion pour moi. C'est vrai que jeune au collège, j'aimais la chanson. Mais, j'avais cette passion là de jouer, de faire du spectacle soit au théâtre ou au cinéma. C'est par la suite que certains ateliers m'ont permis de suivre des formations.

Vous avez une longue carrière d'acteurs, comédien, et vous avez joué beaucoup de rôles dans des pièces de théâtres et films africains. Vous avez dû avoir des appuis et de l'encadrement pour faire tout ce chemin...
J'ai commencé à faire du théâtre entre 1974 et 1977. Et mon premier film, un long métrage était le «Le courage de autres», du réalisateur Christian Richard. J'ai joué avec Sotigui Kouyaté, un très grand acteur, mondialement connu. Il est de nationalité burkinabè mais d'origine malienne et guinéenne. Ce griot de naissance était un homme-orchestre, footballeur, musicien, tradi-praticien, comédien, metteur en scène, griot, conteur... C'était vraiment un homme à multiples facettes. Et, c'est avec lui que j'ai commencé à jouer dans «Le courage de autres». Après j'ai fait mon bout de chemin avec les ateliers, les formations, et j'ai continué à jouer. Dieu faisant bien les choses, j'ai eu la chance de rencontrer Sembène Ousmane, qui m'a en quelque sorte « adopté, comme un neveu ». Je suis passé par beaucoup de films, des courts et longs métrages, des séries. J'ai tourné souvent avec Sembène Ousmane comme dans «Camp Thiaroye» avec d'autres acteurs africains. C'était entre 1983 et 84. Le film est sorti en 1987.

M. Gustave Sorgo, vous avez participé à plusieurs éditions du Festival Panafricain du Cinéma et de Télévision de Ouagadougou (Fespaco) qui est cette année, à sa 25ème édition. Comment appréciez-vous l'évolution de cette institution ?
Si je me rappelle de la création du Fespaco en 1969, quand j'étais petit, et, voyant le Fespaco maintenant je me réfère à la phrase de Sembène Ousmane qui disait : « Nous avons créé le Fespaco, et aujourd'hui le Fespaco nous porte ». C'est tout un message, c'est toute une politique. Peut-être qu'aujourd'hui le Fespaco n'a pas encore atteint sa vitesse de croisière, parce que c'est un festival que ses précurseurs ont voulu panafricain. Ce qui veut dire que ce sont tous les pays de l'OUA à l'époque, donc de l'UA aujourd'hui qui devraient porter le Fespaco, pour que le message aille au-delà de toute l'Afrique. Ça veut dire que c'est un investissement de tous les pays pris un à un qui devrait financer et organiser le Fespaco. Mais actuellement le Fespaco est supporté financièrement par le Burkina Faso et ses partenaires étrangers. Et c'est justement là où il y a hiatus : comment d'autres personnes, d'autres institutions vont financer notre culture ? Si on permet à d'autres personnes de venir nous aider à perpétuer notre culture, c'est sûr que ce ne sera pas sans exigence ou contrepartie, et si c'est le cinéma par exemple, nous allons avoir des images qui ne sont pas appropriées à nous-mêmes.
C'est vrai qu'il y a l'évolution, il y a de l'engouement, le Fespaco est une grande fête, mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Je pense que si l'organisation se faisait de façon panafricaine on n'en serait pas là. C'est vrai qu'à un certain moment la direction du Fespaco a estimé qu'il fallait aller vers le panafricanisme en optant d'avoir un pays invité à chaque édition. Maintenant est ce que c'est compris politiquement qu'il faut une implication directe de tous les pays? Ceci dit, avec l'évolution de la technique, avec les nouvelles technologies, il y a une flopée de films réalisés. Mais je pense qu'il faut que les jeunes sachent partir du passé, du vécu présent pour aller vers le futur. Ce que je reproche aux jeunes aujourd'hui c'est qu'ils ne prennent pas cette culture en eux. Parce que si vous regardez la thématique des films, on se rend compte qu'il y a des thèmes que les anciens ont abordés, que les gens abordent ici, et qu'ils n'arrivent pas à aborder de façon sereine, de façon profonde comme les premiers.
Justement, à l'ouverture du Fespaco le ministre burkinabè de la culture, appelait les réalisateurs africains à réaliser des films africains, au lieu de chercher à copier ce que font les réalisateurs des autres continents. Comment appréciez-vous cet appel en tant qu'acteur du cinéma africain?
Le ministre a touché du doigt le problème, et c'est ce que je disais tantôt. Si vous permettez à l'extérieur de financer votre culture, il va y avoir un travestissement de ce que vous faites, parce que quoi qu'on dise, les bailleurs de fonds vont vous imposer leur conduite. Le ministre a très bien fait de toucher du doigt le problème.

Malgré l'évolution technologique à laquelle vous faisiez allusion, il y a de plus en plus des critiques relativement à la qualité des films africains. N'est ce pas un peu paradoxal ?

Les gens pensent qu'avec le numérique tout est plus facile. Mais le numérique a ses exigences, comme l'analogique a aussi ses exigences. C'est vrai que le numérique est un outil qui permet de faire beaucoup de chose. Mais il y a une ligne de conduite, il faut une rigueur pour faire des films de qualité. Les gens se laissent aller à la facilité, voilà le problème. Il ne suffit pas de prendre un caméscope pour devenir cinéaste, il y a une didactique cinématographique qu'il faut connaitre. Il y a des bases fondamentales à connaitre pour faire le cinéma, même si c'est du numérique. Et l'analogique répond aussi à des critères sur la façon dont on doit faire le cinéma.
Réalisé par Souley Moutari, envoyé spécial(onep)

Culture

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