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d-2De l'autre côté de la rive, qui sert comme une sorte de gare fluviale reliant les localités du sud-ouest au chef-lieu de la région, les eaux du Djoliba sont à moins de dix mètres des habitations. Des petites boutiques, des ateliers, des tabliers ambulants, des femmes éplucheuses du riz sur des nattes, une fabrique de pirogue, des transporteurs qui font des allers et des retours avec leurs passagers, s'amassent tous sur le peu d'espace non absorbé par les eaux. C'est une situation assez particulière. En l'espace d'une semaine de notre première visite sur ce lieu communément appelé Gariyé, la terre s'est encore considérablement réduite. Des activités risquent de s'interrompre. Les propriétaires des moulins du riz voient les devantures de leurs ateliers devenir de plus en plus impraticables ; pourtant, il s'agit des seules voies d'accès. Du reste, ils ont l'air très inquiet et attentionné aux vagues. Ce dimanche, alors que c'est le jour du marché hebdomadaire de Tillabéri - pendant lequel la digue est aussi plus animée, du fait des « viveurs » du marché qui viennent et repartent de part et d'autre - la digue de Gariyé semble toute encombrée. « Face à cette contrainte, nous avions demandé l'aménagement du lieu afin de mener à bien nos activités, comme à l'accoutumée ; mais, pour contrer cette avancée des eaux, ils nous ont apporté de l'engrais organique au lieu de l'argile ''latérite'' ou autre type de matière consistante pour renforcer la digue. Ce qu'ils ont apporté n'est pas à la hauteur, il est déjà débordé », se lamente un piroguier, d'un air contrit. Avant, explique l'homme âgé de 60 ans, traversier de quarantaine d'années d'expérience, sur ce lieu, les activités commerciales étaient d'une ambiance impressionnante. Il se souvient, d'ailleurs, de l'attraction touristique de cette gare de Gariyé.
Abdoulaye Samaila est vendeur de thé à Gariyé depuis 5 ans ; il ne se rappelle plus d'une crue pareille. Son témoignage rejoint celui de Hannatou, vendeuse de pâte, riveraine depuis 12 ans. Elle dit avoir vécu une telle situation, et que cela remonte à plus de 5 ans. «L'année passée, par exemple pendant l'hiver, moment de référence de la crue de tout temps, l'eau était à une vingtaine de mètres de la digue. L'endroit était plus aéré. Les piroguiers et les traversiers, eux, ont toujours été tout près des eaux. Nous, les commerçants, nous restons sur la digue, sous ces hangars. Mais voilà qu'aujourd'hui, nous nous retrouvons nez à nez, coincés ; la digue est pratiquement sous l'eau. Si rien ne se fait, nous risquons même de suspendre nos activités», se plaint Abdoulaye Samaila.

La routine du transport fluvial

Au bord du fleuve à Tillabéri, ce sont des dizaines de traversiers qui relient les villages environnants au chef-lieu de région. Ici, la pirogue s'impose comme le seul moyen pratique pour joindre les deux rives. La traversée par pirogue est un métier de longue date. En plus des personnes, les piroguiers embarquent aussi des marchandises. A Gariyé, on peut distinguer deux types de pirogue: la pirogue à moteur et la pirogue traditionnelle qui surfe au coup de pagaie.
Trois coups de pagaie à droite et trois à gauche, c'est la manœuvre courante pour tenir une pirogue traditionnelle dans le sens droit. C'est le modèle le plus utilisé. Une pirogue moyenne peut supporter un poids allant jusqu'à une tonne, comme nous l'avions vu flotter jusqu'au village d'en face. Cependant, le chargement se fait de façon prudente; le poids est reparti de manière équilibrée en deux lots. La technique est aussi valable pour acheminer des bétails. Quand il s'agit d'un seul animal de masse non négligeable, comme ce fut le cas d'un âne, il est d'abord attaché ensuite embarqué au bon milieu de la pirogue.
« Par jour, nous arrivons à faire un chiffre d'affaires variant entre 3 000 et 5000 FCFA. Lorsque le fleuve est en décrue, la traversée revient à 25 FCFA le jour ordinaire et 150 les dimanches (jour du marché). Avec la montée des eaux, la distance a augmenté, nous prenons 50 F par passager, et le jour du marché 250 FCFA. Pour les passagers avec des marchandises, c'est à 1000 voire 1250F », a indiqué Moussa, un piroguier âgé, fort d'une expérience de plus de 40 ans. D'après lui, la grande difficulté à laquelle ils font face, c'est la menace des hippopotames. Ces derniers se font de plus en plus fréquents. Ainsi, dit-il, les usagers du fleuve se sont organisés et ont saisi l'autorité concernée, notamment le service régional des Eaux et Forêts, mais en vain. « Vous voulons qu'ils prennent des dispositions adéquates, afin de nous permettre de mener paisiblement nos activités. Les hippopotames nous menacent ; ils renversent souvent les pirogues, et s'en prennent aussi à nos bœufs, lorsqu'ils traversent», a soutenu le vieux piroguier.

Les fabricants des pirogues

Pour quelqu'un qui a grandi dans le milieu du métier de fabrication de pirogue, pas besoin des notions théoriques de la géométrie pour tailler et sculpter minutieusement en losange des dures planches épaisses chacune de 2 à 3 cm, ni celles de la physique pour les superposer proportionnellement de façon à supporter l'équilibre à l'épreuve du flottement des eaux. Au quotidien, du lever au coucher du soleil, Omar se retrouve à cette extrémité ouest de sa ville natale, Tillabéri. Il confectionne et répare des pirogues. A la rive, son atelier d'environ 12 m2 en hangar, jouit d'une bonne vue du peu d'espace non inondé par la montée des eaux, ces temps-ci. En le voyant à l'œuvre, réparant une pirogue de 10 m de long, reconstituer en remplaçant les parties vétustes après avoir démonté, il donne l'impression d'un professionnel averti. En effet, des morceaux de planche rapprochés, cloués dûment, comme s'ils ne font qu'un, sur une table à la hauteur de ses jambes, Omar fixe une corde plus ou moins fine à l'aide des petits clous, tout en mesurant, pour délimiter la forme à tailler. C'est ainsi qu'il scie les planches, avant de parfaire ses morceaux. Ensuite, après avoir assemblés les deux côtés à la « partie basse », l'artisan fait appel à ses collègues sur le lieu pour fléchir les bouts fins des deux côtés et les associer hermétiquement. Ce service à la fois ingénieux et musculeux, loué moyennant 10 000 FCFA, confie le réparateur, dure généralement 2 jours.
Quant à la confection entière d'une pirogue, le travail va de 2 à cinq jours. À côté d'Omar, un autre jeune artisan est à pied d'œuvre pour un petit modèle d'embarcation. Pour faire cette pirogue qui se vend à 100 000 FCFA, il a fallu à Yahaya cinq morceaux de planches, importées de Birni'n Kebbi (Nigéria) et coûtant au total 50 000 FCFA. Cependant, Omar ne travaille pas à son propre compte. Il fait son travail sous la supervision d'un patron, pour 5000 F CFA par jour. C'est ce chef qui se charge de la commande des planches, et de démarcher les éventuelles demandes de pirogue. Selon le confectionneur, les demandeurs viennent généralement d'Ayerou, ou de Sakoira.

Mahamane Chékaré Ismaël Envoyé Spécial (onep)
11/01/19

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