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Culture


CultureApolline Traoré est surtout connue à travers ses longs métrages, notamment Moi Zaphira en 2013, Frontières en 2017, Desrances sorti en fin 2018. Mais elle a commencé à réaliser des courts métrages depuis les années 2000 avec The Price of Ignorance (Le Prix de l'ignorance) en 2000, (sur la victime d'un viol à Boston, aux États-Unis), et Kounandi (La Personne qui porte chance) en 2003, sur une naine rejetée de tous. Elle réalise son premier long-métrage Sous la clarté de la lune en 2004, et en 2008, une série télévisée, Le Testament.
Agée aujourd'hui de 43 ans, Apolline Traoré a fait ses études à l'Emerson College de Boston, aux Etats Unis, un établissement réputé dans les domaines de l'art et de la communication. En 2005 elle rentre au Burkina Faso et travaille avec le cinéaste Idrissa Ouedraogo, son mentor.
Dans cette interview réalisée à l'occasion du 26ème FESPACO, la réalisatrice parle des thèmes de ses films, notamment Frontières doublement récompensé au Fespaco 2017, Desrances qui venait juste de sortir.

Frontières, votre long métrage sorti en 2017 aborde des thèmes comme l'insécurité sur les routes, les tracasseries et obstacles à la libre circulation, la lutte des femmes pour leur autonomisation. Qu'est-ce qui vous a inspiré pour la réalisation de ce film ?
Il y a des débats ces derniers temps par rapport aux conventions de la CEDEAO ; on entend les populations qui se plaignent des tracasseries au niveau des frontières. Ce que moi je n'arrivais pas à comprendre, pourquoi il y a des tracasseries, si on veut partir au Benin, au Niger, au Nigéria, etc. alors que les lois autorisent de voyager librement. Il y a donc un problème par rapport à ce que les gens vivent et ce que je connais des lois. Je me suis dit que ce serait une bonne idée de raconter une histoire, puisqu'on n'entend parler que de l'immigration entre l'Afrique et l'Occident, entre le Nord et le Sud, or on a encore des problèmes entre nous ici. Finalement, j'ai décidé de prendre moi-même la route avec une équipe, pendant trois semaines. J'ai recueilli tout ce que vous avez vu dans le film, et j'ai même un peu adouci certaines choses, puisqu'il y a des réalités qui étaient encore plus dures. C'est comme ça que j'ai monté Frontières, après avoir entendu et vécu la réalité. Il était important pour moi de dévoiler ce qui est inconnu pour beaucoup de personnes.
On découvre aussi à travers le film, un autre aspect, la volonté des femmes de gagner leur autonomie, au prix de beaucoup d'efforts. Avez-vous cherché à donner une certaine image de la femme à travers le film ?
Oui, quand vous voyez le film, la première image, c'est une femme qui ouvre la fenêtre sourit et qui prend de l'air. C'est la liberté, parce que concernant la femme africaine on a tendance à la mettre dans un cocon, c'est une personne qui s'occupe de sa famille. Et après mes recherches, beaucoup d'interviews, j'ai appris que beaucoup de femmes ont des problèmes : avec leurs maris, la société, il y a ces tracasseries sur la route. Pour ce qui est d'autres, elles se battent, à la fin de la journée elles n'ont pas grand-chose comme recette et bien que ce soit dur, elles continuent de faire des efforts pour nourrir leurs familles. Il y a un aspect de « free dom » chez ces femmes. Cette liberté de faire ce qu'elles voulaient, de la manière dont elles voulaient, ce qui est pour elles très important que de rester à la maison.

Juste deux ans après Frontières vous sortez Desrances qui est en compétition à ce 26ème FESPACO ; cela veut dire que vous ne rencontrez pas les problèmes de financement dont se plaignent beaucoup de cinéastes africains ?
Rires... Ah oui je rencontre ce problème-là. Mais la solution est peut être, que ce que je me refuse de faire, c'est prendre trop de temps pour avoir un projet. J'ai toujours des projets dans le sac, dès que je termine un, je commence le développement de l'autre et puis après ce sont les opportunités qui viennent. Quand j'ai fini Frontières, pendant que j'étais en train de faire la promotion, et j'ai la chance que les actrices principales du film étaient aussi dans une disposition d'aller faire aussi la promotion du film, j'ai commencé à écrire Desrances. Et c'est aussi le succès de Frontières qui ouvre les portes pour les prochains. J'ai donc commencé à travailler sur ce scénario-là, et on a eu la chance au niveau du Burkina Faso, le Chef de l'Etat a donné une subvention pour des films. Comme j'étais déjà avancé sur mon film j'ai postulé et j'en ai bénéficié. Pour vous dire que si je n'avais pas reçu la subvention de l'Etat, je ne serai pas là au FESPACO avec ce film, parce que cette subvention a participé à 50% de mon budget, qui était d'environ 700 millions de francs CFA.
Concernant justement Desrances, qu'est-ce qui vous a motivé pour sa réalisation ?
Le film a deux sujets principaux : premièrement c'est le traumatisme de la guerre sur un être humain, parce que mon acteur principal est un haïtien qui vit le traumatisme de la guerre chez lui, et puis il vient en Côte d'Ivoire et revit encore une guerre civile. Je m'interroge donc sur ce que la guerre peut faire à un être humain. Le deuxième sujet est la question de la transmission du nom. Nous avons une société où le garçon « est très important ». Mais, je me demande, si on transmet le nom à un enfant, est ce que cela n'est pas aussi important quand c'est une fille ? Est-ce que finalement donner le nom suffit, plus que donner l'éducation, la culture ? Desrances, le nom de l'acteur principal du film c'est l'héritage que cet haïtien qui vient d'un pays que la guerre a détruit, veut garder. Si son nom disparait, son identité disparait, d'où l'importance pour lui d'avoir un garçon pour perpétuer ce nom. Mais il oublie qu'il a une fille de douze ans qui sera extraordinaire. Et on s'interroge si la transmission dont il est question est juste un nom ou aussi un héritage spirituel, éducatif,... Et si vous regardez l'affiche du film, il y a une phrase qui dit : « il lui a donné un nom, elle lui a donné un espoir ».
Dans notre société j'entends dire qu'il a 4, 5 filles, il n'a pas de garçon, il n'est pas important... C'est aberrant ! Je vois des familles où justement il y a des filles, un garçon et les filles ont réussi et le garçon traine. Est-ce que ça veut dire que cette famille n'est pas représentative ou elle n'a pas réussi ? C'était donc important pour moi de faire ce film. Quand j'ai commencé à l'écrire, j'ai posé la question à beaucoup de personnes qui me disaient "Ah oui, la fille est importante, mais je veux quand même le garçon " ! Ça reste toujours quelque chose de cette culture africaine.
Comment voyez-vous l'avenir du cinéma ? Croyez-vous aussi qu'il est en Afrique comme le disent certains cinéastes africains ?
Oui, bien sûr puisqu'on n'a pas encore exploité tout ce qui peut être exploité. L'Occident, fait du cinéma depuis très longtemps ; je crois qu'ils sont "saturés au niveau originalité, contexte, histoire". L'Afrique est neuve sur ce plan, il y a beaucoup de pays aux cultures peut être similaires. L'Afrique a d'énormes opportunités d'histoires extraordinaires. Il y a encore de longues années d'exploitation.

Quelles sont vos attentes en tant que cinéaste, au moment où la FEPACI vient de tenir son congrès, en marge du cinquantenaire du FESPACO ?
Nos attentes c'est d'arriver à unir notre Afrique. C'est vrai que la FEPACI, on en parle depuis longtemps, moi personnellement je n'ai pas vu grand-chose d'accompli. Et j'espère avec tout l'engouement que le cinéma est en train de susciter aujourd'hui, que la FEPACI fasse plus de choses. Ce n'est pas que des congrès, des débats. Quelles sont les actions qu'ils ont menées, quels sont les cinéastes qu'ils ont pris sous leurs ailes, pour en faire quelque chose. C'est ça que moi j'attends, qu'ils nous aident à avoir une industrie cinématographique, non seulement dans chaque pays, et nous unir.
Pour ce qui est du FESPACO, je suis particulièrement fière qu'il ait 50 ans. Et je suis fière d'être burkinabè ; mon seul regret est que je fête ce cinquantenaire sans mon parrain, mon mentor, Idrissa Ouédraogo. J'essaierai au plus profond de moi de l'honorer.

Réalisée par Souley Moutari (ONEP)
(19/03/19)

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