Le Sahel

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Tribune : L'émergence du Niger passe aussi par la bonne performance des réseaux télécoms



Airtel-2Les services de télécommunications connaissent une forte croissance, partout dans le monde, et singulièrement au Niger. Ils représentent une part non négligeable de l'activité économique nigérienne (le secteur ''Transports, entreposage et communications'' représentait 7,1% du PIB en 2015 selon la Banque Africaine de Développement) en termes de chiffre d'affaires, d'investissements, et surtout de créations d'emplois, directement dans le secteur des télécommunications, et par des effets induits dans le reste de l'économie. Sur l'année 2015, au total 2090 emplois, dont 1012 pour la Sonitel, viennent directement de ce secteur.
Néanmoins, alors que la place des télécommunications ne cesse de croître d'année en année, les opérateurs téléphoniques ont eu rarement bonne presse au Niger. En cause, des dysfonctionnements récurrents observés chez tous les opérateurs: l'extorsion de crédit dont sont souvent victimes les consommateurs au quotidien, un service client défaillant, la qualité médiocre des réseaux téléphoniques, des tarifs de communications élevés.
Le rapport de l'Autorité de Régulation des Télécommunications et de la Poste (ARTP), sorti en juin dernier, revient sur les grands chantiers menés par l'Autorité en 2015, donne les chiffres clés des deux secteurs régulés et retrace l'évolution du marché. Sur ces trois éléments, seul le second point fera l'objet d'une attention particulière dans ce qui suit.
Au Niger, le chiffre d'affaires des opérateurs de télécommunication a enregistré une progression vertigineuse en moins d'une décennie: 79 milliards 748 millions 242 mille 534 FCFA en 2008, contre 238 milliards 932 millions 005 mille 769 FCFA en 2014. Soit une hausse d'environ 200% (Cf. graphique Evolution du chiffre d'affaire (...). Pour la première fois en sept (7) ans, il marque le pas en 2015. En effet, les acteurs des télécommunications ont évolué dans un environnement morose durant cette année-là. Morosité qui serait imputable à l'atonie du pouvoir d'achat : hausse du coût de la vie, accumulation des arriérés de salaires chez certains salariés de la Fonction Publique ; et climat concurrentiel fortement intensifié. Pas étonnant dans de telles conditions que l'activité dans le secteur ait reculé de 2,90% en valeur en 2015, pour tomber de 238 milliards 932 millions 005 mille 769 [un an plutôt] à 232 milliards 004 millions 494 mille 486 FCFA (ARTP, 2016). Cette baisse du chiffre d'affaires risque de s'accentuer en 2016 pour les mêmes raisons.
L'opérateur Airtel, opérant sous la marque ''Celtel Niger SA'', caracole toujours en tête avec 46,60% des parts de marchés, suivi par Orange, avec 27,34%. Il convient de souligner que l'écart se resserre entre Celtel et Orange, au profit de ce dernier. Sahelcom, opérateur nigérien, complète le classement avec seulement 1,76% des parts de marché. Une comparaison entre le chiffre d'affaire global de nos opérateurs téléphoniques et celui de leurs homologues de la sous-région aurait permis de mieux apprécier la performance des premiers. Une démarche non aboutie en raison des données indisponibles des autres régulateurs de télécommunications des autres pays de la sous-région, similaires au Niger. Ce qui laisse penser que l'ARTP reste l'un des régulateurs les plus réactifs de la CEDEAO.
Cependant, on peut déplorer, malgré la croissance du chiffre d'affaire de ce secteur, des infrastructures insuffisantes pour absorber les communications et satisfaire les besoins de consommateurs sans cesse croissants. Rappelons qu'il est bien loin le temps où le téléphone mobile était un accessoire de luxe. En outre, le mobile a pris une place cruciale dans tous les aspects de la vie de nos concitoyens. Depuis plus d'une décennie, la majorité́ des communications téléphoniques au Niger est passée à partir d'un mobile. Une enquête conduite par l'ARTP, portant sur la qualité de service de la téléphonie mobile du 25 juin au 06 août 2015, ''montre clairement que des améliorations sont attendues pour tous les opérateurs''. A Agadez par exemple, pour le critère ''accessibilité'', Orange enregistre une perte de 19,85 % pour un seuil maximum toléré de 5%. Concernant la couverture, le résultat reste mitigé. Selon le régulateur nigérien, ''la couverture à l'extérieur des bâtiments (Outdoor) est bonne pour l'ensemble des opérateurs mobiles à l'exception de SahelCom SA. La couverture dans les voitures (Incar) est bonne pour les opérateurs Atlantique Télécom Niger SA et Celtel Niger SA. Elle est mauvaise pour SahelCom SA et Orange Niger SA. Enfin, la couverture dans les bâtiments (Indoor) est mauvaise pour tous les opérateurs'' (Cf. Tableau Taux de couverture 2G des opérateurs mobiles).
Investir dans des infrastructures fiables, performantes à couverture nationale
Nous avons vu précédemment que la qualité des services de télécommunications offerts au public laisse à désirer pour la majorité des opérateurs. Pourtant une couverture mobile (et fixe) étendue et largement disponible est en effet un élément clé́ de l'aménagement numérique du territoire: cela répond aux aspirations de connectivité croissantes des citoyens. A l'instar de leurs homologues du monde entier, les opérateurs télécom du Niger ont engagé des déploiements sur l'ensemble du territoire en vue de répondre à ces aspirations, et l'investissement dans leurs réseaux est au cœur de cette dynamique. Selon l'ARTP (2016), ''les investissements réalisés par les opérateurs de télécommunications sont en nette hausse par rapport à 2014 : 120 milliards FCFA en 2015 contre 53 milliards de FCFA en 2014. Soit une progression de 127% (selon nos calculs). Des investissements certes importants, mais insuffisants pour répondre efficacement à l'intensification des usages individuels. A titre d'exemple, depuis le lancement des services d'internet mobile, les volumes de données échangés sur les réseaux mobiles sont en croissance soutenue, au Niger, comme ailleurs dans le monde. Et cette augmentation exponentielle des volumes de trafic tirée par la pénétration croissante (le taux de pénétration du mobile est estimé par l'ARTP à 36,51% en 2015) des terminaux connectés en 2G, 3G et 4G nécessite des investissements ''lourds'' pour répondre à cette explosion des usages. Un défi à portée de main d'autant plus que les opérateurs évoluent quasiment dans un contexte favorable et où leurs marges seraient en hausse.
A titre de rappel, l'investissement est le carburant de la connectivité. C'est par l'investissement qu'arrivent les réseaux et les technologies, et donc la couverture, les débits et la qualité́. Une régulation favorable à l'investissement, telle que veut la construire l'ARTP, doit faire évoluer ''les textes sur la fiscalité spécifique au secteur des télécommunications afin de la rendre plus attractive pour les opérateurs et maximiser les recettes de l'Etat'' (ARTP, 2016).
Des réseaux télécom performants, un élément clé pour la compétitivité du Niger.
En plus de la qualité du réseau exigée par les opérateurs téléphoniques pour satisfaire leurs clients, le réseau Internet doit faire figure de priorité pour les pays du Sahel. Sans oublier que de nos jours, l'internet est devenu aussi nécessaire que l'était l'électricité ou l'eau potable au début du siècle. Seulement 15,11% de la population nigérienne a accès à l'internet, contre 7,34% en 2014. Loin derrière le Nigeria avec un taux de pénétration supérieur à 50%.
Par ailleurs, de plus en plus de start-up apparaissent au Niger. Avec elles, un intérêt croissant pour le haut débit d'internet. Si une entreprise, quelle que soit sa taille, est dans l'impossibilité de bénéficier d'un débit suffisant pour gérer, au quotidien, ses outils informatiques et ses échanges de données, cela peut très rapidement devenir très pénalisant pour son activité. Pour un particulier, le gain est aussi très significatif. Comme en témoigne la scène contenue dans l'image ci-dessous.
D'où l'intérêt d'investir davantage dans le haut débit pour mieux satisfaire cette explosion des usages. Ainsi, nos start-up, pour ne citer que celles-là, pourront inventer de nouveaux usages et concepts et permettre de résoudre certains problèmes structurels de notre pays. Notamment sur l'éducation, la santé, etc. A l'image de ce que font brillamment leurs homologues des autres pays du Continent (Nigéria, Kenya...).


L'internet favorise le développement
Nous avons repris quelques paragraphes de l'édition 2016 du Rapport sur le développement dans le monde de la Banque Mondiale. Document qui donne de nombreux exemples montrant comment l'internet favorise l'inclusion, l'efficacité et l'innovation. Trois mécanismes, développés ci-dessous, fonctionnant souvent de concert dans l'économie de l'internet.
« L'internet favorise l'inclusion : Avant l'avènement de l'internet, certaines transactions étaient si coûteuses qu'elles n'avaient pas de marché. En diminuant les coûts d'acquisition de l'information et en rendant un plus grand nombre d'informations disponibles en toute transparence, les technologies numériques ouvrent la voie à de nouvelles transactions.
L'internet favorise l'efficacité : C'est sans doute sur les transactions qui existaient avant son avènement, mais qu'il a rendues plus rapides, meilleur marché ou plus commodes, que l'internet a eu les retombées les plus importantes, de deux façons. Premièrement, la baisse spectaculaire du prix des technologies numériques a amené les entreprises et les administrations à remplacer les facteurs existants — travail et investissements hors TIC — par des investissements dans les TIC et à automatiser une partie de leurs activités. Deuxièmement, les technologies numériques donnent plus de poids aux facteurs qui ne sont pas remplacés et les rendent plus productifs. Elles aident les cadres à mieux superviser les ouvriers, les politiciens à contrôler les prestataires de services, et les travailleurs à mettre la technologie à profit pour devenir plus productifs, ce qui accroît le rendement du capital humain. En simplifiant les tâches et en augmentant la productivité des facteurs existants, l'internet peut considérablement améliorer la rentabilité des entreprises, des travailleurs et des administrations.
L'internet favorise l'innovation : Dans une situation poussée à l'extrême, on parvient à l'efficacité maximale lorsque les transactions sont réalisées automatiquement, sans intervention humaine, et que les coûts de transaction sont quasiment nuls. C'est le domaine de la ''nouvelle économie'', celui de plateformes de recherche ou de commerce électronique, de systèmes de paiement numérique, de livres électroniques, de musique en ligne et de médias sociaux. Les coûts fixes de la mise en place de ces plateformes sont sans doute élevés, mais le coût marginal de la réalisation d'une autre transaction ou de l'ajout d'un utilisateur est très faible. Ainsi, les rendements d'échelle augmentent, ce qui encourage de nouveaux modèles commerciaux et procure un avantage notable aux entreprises en ligne qui rivalisent avec des concurrents conventionnels ».
L'infrastructure télécom devenant un élément déterminant de l'attractivité et la compétitivité des territoires, il incombe donc à notre gouvernement et aux opérateurs téléphoniques d'assurer à nos concitoyens une connectivité mobile de très haut niveau, non seulement sur le plan de la performance, mais aussi en termes de couverture et de qualité́ pour mieux répondre aux défis de l'hyper-connectivité́ mobile et du développement économique.

Adamou Louché Ibrahim
Analyste économique
@ibrahimlouche
Ibrahimadamoulouche.blogspot.fr

www.lesahel.org

Economie

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AG/ONU

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