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Libye : Deux ans après la révolution

Une mission de l'Unité de Fusion et de Liaison (UFL) qui regroupe huit pays, s'est rendue en février dernier en Libye, afin d'évaluer le dispositif sécuritaire de lutte contre l'insécurité et le terrorisme de ce pays, deux ans après le déclenchement de la Révolution. La mission était composée de journalistes d'Algérie, du Burkina Faso, de la Mauritanie, du Mali, du Niger et de la Libye.
Pendant son séjour en Libye, la mission de l'UFL a effectué plusieurs visites du terrain, accompagnée notamment des officiels libyens, afin d'évaluer et de jauger la fiabilité du dispositif sécuritaire de lutte contre l'insécurité en général et le terrorisme en particulier, phénomène qui écume de nos jours l'espace sahélien.

Elle a également eu des entretiens avec des responsables libyens au plus haut niveau, notamment le 1er et le 2è vice-président du Congrès National Libyen (Parlement de Transition). Après avoir visité plusieurs quartiers de Tripoli, la mission s'est rendue à Tajoura, Zawiya, Zouara, et Misrata.
Le séjour de la mission a coïncidé avec la commémoration du deuxième anniversaire de la Révolution, fêté en grandes pompes, aussi bien à Tripoli que dans les autres grandes villes du pays. En dépit de la menace d'attaque terroriste qui pesait sur le pays, les festivités se sont déroulées sans incident. L'ordre et la sécurité ont bien régné et les citoyens ont fêté dans l'allégresse. Mieux, la peur d'être Noir ou ressortissant d'un pays au sud du Sahara a fait place à la sérénité et à la confiance, car les travailleurs immigrés vaquent désormais librement à leurs occupations. C'est dans une grande liesse et une ferveur populaires que les Libyens, tous âges confondus, descendaient spontanément dans les rues manifester la joie d'une nouvelle ère de liberté. Et la fête a duré plus d'une semaine (avant et après le 17 Février). La journée de dimanche 17 Févier a constitué le clou des manifestations, avec un véritable défilé des voitures portant le drapeau libyen, rouge, noir et vert, dans les grandes villes, notamment à Tripoli et Benghazi, plaque tournante de la révolte populaire.
A Tripoli, les manifestants sont descendus très tôt dans les rues pour chanter et danser, malgré le froid glacial qui s'abattait sur la ville. Des voitures ornées du drapeau libyen, dans un concert de klaxons assourdissants, ont occupé littéralement les grandes artères et carrefours, rendant la circulation chaotique. L'on avait du mal à se frayer un passage et à distinguer les véhicules administratifs de ceux des particuliers, tous portant les mêmes insignes. Les marchés, les magasins, et les administrations étaient restés portes closes pour la circonstance. Les forces de l'ordre ont été déployées en nombre impressionnant, afin d'éviter tout débordement. Des barrages sont dressés à tous les 300 mètres pour filtrer et régler la circulation. Des volontaires se sont déployés en renfort aux forces de l'ordre, pour assurer la sécurité. Pendant ce temps, des hélicoptères et avions de combats tournaient dans le ciel, à basse altitude, prenant part aux festivités.
La fête a pris de l'ampleur, à partir de 14 heures, lorsque les festivaliers se sont donné rendez-vous à l'avenue Facheloum, ce grand boulevard qui traverse la ville d'ouest en Est, sur plusieurs kilomètres. Des chansons à l'inspiration révolutionnaire et religieuse, fusaient des gros hauts parleurs nichés sur des grands édifices. Hommes, femmes, vieux et enfants sont descendus spontanément, pour chanter et danser à tous les rythmes, ce qu'ils n'ont pas fait depuis 42 ans.
Le choix de Facheloum n'est pas fortuit : c'est dans cette rue que la première pierre de révolte à Tripoli a été lancée sur les troupes de Kadhafi, ce qui deviendra plus tard une grande offensive contre l'armée régulière. C'est aussi dans cette rue que l'on a vu pour la première fois des femmes se battre aux côtés des hommes, contre les troupes de Kadhafi, apportant ainsi leur soutien aux révolutionnaires. « En 40 ans, je n'ai pas vu une telle ferveur populaire. Les gens sont sortis spontanément », dit Dr. Mohamed Salah, un vieux médecin à la retraite. « Nous avons bon espoir. Actuellement, la situation est meilleure. Nous avons dit non à l'injustice, au règne de la terreur. Nous attendons du travail pour nos enfants », renchérit Madame Rabia Ali Ahmed, une ménagère, habitant à proximité de la rue Facheloum.
Les femmes libyennes n'hésitent pas en tout cas désormais à prendre la parole en public. Beaucoup ne font plus mystère de leurs ambitions politiques. « Aujourd'hui, la femme est dans toutes les instances, y compris au Congrès National. Je compte me lancer dans la politique, puisque la voie est désormais ouverte », estime Madame Abdel Hamid Na'ass, directrice de Collègue.
A partir de 20 heures, c'est une autre place importante qui s'est remplie de monde. Les fêtards se sont transportés au quartier Suk Juma'à, quartier commerçant par excellence, abritant les plus grands magasins de la ville. Sur la place Tersane, la fête a repris de plus belle. Ni le froid qui s'abattait, ni les fines gouttelettes de pluie qui tombaient n'ont entamé la détermination des tripolitains à continuer la réjouissance jusqu'à l'aube. Des milliers de ballons à hydrogène ont été lâchés dans un ciel illuminé par des feux multicolores d'artifice. « Nous sommes fières de retrouver notre dignité, nous sommes fières de nous affranchir », martèle Fatima Achour Choued, responsable d'un groupe d'animation populaire. Ce deuxième anniversaire a été sérieusement préparé et les festivités ont commencé depuis plusieurs jours. A Tajoura, une banlieue de la capitale, c'est à la place des martyrs que les manifestants se donnaient rendez-vous pour se divertir et parfois crier leur colère d'avoir perdu leurs proches.
Des immeubles qui entouraient cette place, il ne restait que ruines et décombres. Des bâtiments se sont effondrés, vitres brisées, portes et fenêtres éjectées par des obus. Ceux qui sont encore débout, portent les impacts des balles et obus, signes de la violence des combats qui s'étaient déroulés dans cette cité, pendant la révolte anti-khadafienne. A Zawiya, à une cinquantaine de kilomètres au sud, c'est le même spectacle désolant qui s'offre aux visiteurs. Des immeubles construits à grands frais sont éventrés, des hôtels qu'on soupçonnait d'abriter « des ennemis » du régime sont broyés par des obus et incendiés. Selon des témoins, 32 chars étaient arrivés de Tripoli pour mettre fin à la révolte, tirant sur tout ce qui bougeait pour contester.
A Zouara, (130 km à l'ouest de Tripoli), la mission a été accueillie par le président du Conseil Local, Tarik Béchir Al-Atouchi, entouré de ses sept collègues, membres du Conseil. Le Conseil Local est la seule autorité, issue des dernières élections, qui règne sur cette zone. C'est lui qui supervise les activités de l'administration et les forces de défense et de sécurité qui s'organisent à leur manière pour assurer l'ordre et la quiétude. « Les hommes en armes nous obéissent. Il n'y a pas de bavure, ni de règlement des comptes », assure le président du Conseil. Celui-ci ajoute que Zouara était considérée comme une ville rebelle par l'ancien régime, d'où la répression sanglante qui s'était abattue sur la ville (une quarantaine de morts), lors de la révolte. « En 42 ans de règne de Khadafi, il n'y a pas eu un seul ressortissant de Zouara nommé ministre. Nous n'avons pas non plus eu de hauts cadres dans l'administration. La seule université que nous avions, a été transférée ailleurs», se plaignait-il. Selon lui, l'indexation de Zouara a commencé en 1973, lorsque le régime avait décidé de la suppression de la langue Tamazir (NDLR : langue parlée par les autochtones), dans l'administration, ce qui n'était pas du goût des ressortissants de cette région, voisine de la frontière avec la Tunisie. C'est depuis cette date que la rupture a commencé entre eux et le régime de l'époque.
La loi de 1973 consacrait le gel des lois en vigueur, la révolution culturelle, la réforme du système éducatif et la chasse aux traitres. Du coup, les habitants de Zouara ont été mis sur la sellette, surtout qu'à chaque tentative de coup d'Etat contre le régime, figurent en première place les locuteurs de cette langue Tamazir. Ce fut ensuite le tour de Misrata, à 200 kilomètres, à l'Est de Tripoli, de recevoir la délégation. Là aussi, le constat est le même : bâtiments soufflés, maisons d'habitation ravagées, des véhicules et chars calcinés jonchent certaines rues. « Il n'ya pas une famille qui n'a pas perdu au moins un membre lors de la révolte », nous confie M Ismaël Checklaoune, président du Conseil Local de cette mégapole.
Tout comme à Zouara, le Conseil Local est la seule autorité, vêtue de toutes les légitimités pour régenter la région. Il est composé de 28 membres et chacun des membres s'occupe d'un dossier particulier sur la vie de la région. Ce parlement régional de transition a la main mise sur toute l'administration, y compris sur ce qui constitue l'embryon de la nouvelle armée nationale en gestation, car la Libye ne dispose pas encore d'armée régulière depuis l'effondrement de l'ancien régime et la débandade militaire qui s'en est suivie.
Pour ne pas oublier ses 1550 « martyrs » et 13.000 blessés sur l'ensemble de la région, Misrata a érigé un grand musée au centre-ville, là où les combats ont été les plus violents et les plus meurtriers. On y découvre tout l'arsenal militaire déployé par l'armée, constitué pêle-mêle de rampes de missiles, des canons tous calibres, des tanks et autres carcasses de gros camions blindés bombardés par l'OTAN. A l'intérieur du musée, une grande salle a été aménagée, où sont affichées les photos des habitants de la ville qui ont trouvé la mort lors de cette guerre qui a fait, selon des statistiques, plus de 500.000 morts sur l'ensemble du pays.
Les victimes sont de toutes les nationalités, y compris des travailleurs immigrés pris entre les deux feux. Mais de toutes ces blessures, la Libye se remet lentement et l'on s'achemine vers la mise en place d'une armée républicaine et des institutions démocratiques. « La sécurité de la Libye dépend de la sécurité de ses voisins. Les défis auxquels nous faisons face sont les mêmes et nous faisons tout pour sécuriser nos frontières», rassure le 1er vice-président du Congrès National (Parlement National de Transition), Dr. Juma'à Taigha. .
Le 1er vice-président du CN a affirmé que beaucoup de détenteurs d'armes ont été engagés soit à la Police, soit à la Gendarmerie Nationale ou directement dans l'Armée, selon leur choix. « Nous allons très prochainement mettre en place une armée républicaine, avec l'aide de la coopération allemande, américaine et française », affirme-t-il, confirmant les propos du 2e vice-président du CN qui, auparavant, avait annoncé le ferme engagement des autorités actuelles à lutter contre l'insécurité et le terrorisme sur toute la bande sud du pays. « Un haut responsable militaire a été nommé récemment pour s'occuper des frontières sud du pays, et des moyens conséquents ont été mis à sa disposition pour lutter contre le banditisme, l'insécurité, le terrorisme et l'immigration clandestine vers l'Europe », a rassuré Dr. Salah Mohammed Almakhzom.
Les responsables politiques et militaires libyens ont, durant la mission des journalistes accrédités auprès de l'UFL, affiché leur détermination à accompagner l'Unité de Fusion et de Liaison dans ses activités visant la sensibilisation des populations de l'espace commun et la prise en charge des catégories nécessiteuses. « On va répondre favorablement à toutes les demandes de l'UFL à l'effet de lui permettre d'accomplir efficacement ses tâches. C'est un instrument très efficace en matière de coopération entre les pays de la région du Sahel », a déclaré le 2ème vice-président du Congrès Général National, Dr. Salah Mohammed Almakhzom, lors d'une rencontre avec les journalistes dans son bureau.

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AG/ONU

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