Le Sahel

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Dr Maikibi Kadidiatou Dan Dobi, ministre de la Population, de la Promotion de la Femme et de la Protection de l'Enfant : ''L'objectif de ces centres est d'assurer la protection des mineurs en danger''

La ministre Maikibi Kadidiatou Dan Dobi La ministre Maikibi Kadidiatou Dan Dobi

Madame la ministre, les activités du projet régional sur l'autonomisation des femmes et le dividende démographique ont été officiellement lancées le 2 novembre 2015. Quels sont les tenants et les aboutissants d'un tel projet, et quels avantages le Niger peut-il en tirer ?
Le projet régional sur l'autonomisation des femmes et le Dividende Démographique au Sahel vise à accélérer la transition démographique (par exemple, la réduction du taux de fécondité et de la mortalité infantile) et à réaliser ainsi les objectifs plus larges qui consistent à déclencher le dividende démographique (les avantages économiques) et la réduction des inégalités entre les sexes dans la région du Sahel.
Plus spécifiquement, l'objectif de développement du projet est d'améliorer le niveau d'autonomisation des femmes et des adolescentes et leur permettre d'accéder plus facilement aux services de santé reproductive, infantile et maternelle de qualité dans certaines régions des pays participants, et d'accroître la production et le partage des connaissances, des capacités et de la coordination régionale.
Les interventions du projet sont articulées autour de trois composantes principales. La composante 1 vise à créer une demande pour les produits et services de santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et nutritionnelle (SRMNIN) en favorisant le changement social et comportemental et l'autonomisation des femmes et des adolescentes. La composante 2 vise à renforcer les capacités régionales afin d'améliorer l'offre en produits de santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et nutritionnelle et en personnel qualifié. La composante 3 vise à renforcer le plaidoyer et la concertation de haut niveau menés dans le cadre du projet et à renforcer les capacités pour l'élaboration des politiques et la mise en œuvre du projet.
Pour le Niger, ce projet constitue une formidable opportunité pour développer et mettre en œuvre des interventions appropriées pour bénéficier du dividende démographique, à travers notamment l'accroissement de l'utilisation des services de santé de la reproduction, maternelle, néonatale, infantile, l'amélioration de l'état nutritionnelle des femmes et des enfants, l'autonomisation des adolescentes, des femmes et des jeunes.
Il permettra d'avoir à moyen et long termes des effets sur la maîtrise de la croissance démographique, l'amélioration des conditions de vie de la population et par conséquent une réduction de la pauvreté.
La notion de dividende démographique est récurrente ces dernières années dans les discours relatifs aux questions de population et développement. Qu'est-ce qu'elle signifie concrètement et quels peuvent être ses avantages pour un pays comme le nôtre où les jeunes représentent plus du tiers de la population estimée, selon le dernier recensement général de la population, à plus de 17 millions d'habitants?
L'on entend par dividende démographique la croissance économique résultant de l'évolution de la pyramide des âges de la population d'un pays. Un dividende démographique survient lorsque la baisse du taux de natalité entraîne des changements dans la distribution par âge d'une population ; ce qui signifie que moins d'investissements sont nécessaires pour répondre aux besoins des groupes les plus jeunes et que les adultes sont relativement plus nombreux dans la population des personnes actives. Ce phénomène crée une opportunité de croissance économique et de développement humain plus rapide pour un pays, sachant que plus de ressources sont disponibles pour être investies dans le développement économique et le bien-être familial.
Pour notre pays, cela signifie une baisse des besoins dans les secteurs sociaux et une augmentation des investissements dans les secteurs productifs entrainant la création d'emplois pour les jeunes et une amélioration des conditions de vie des populations.


La planification familiale, une des stratégies en matière de santé de la reproduction, est malheureusement pratiquée par peu de femmes au Niger. Qu'est-ce qui explique cette réticence des femmes, et quelles actions mènent le Ministère de la Population pour un changement de comportement de la population?
Le faible taux de prévalence contraceptive peut s'expliquer par plusieurs facteurs, notamment la faiblesse de la couverture sanitaire (50%), l'analphabétisme des femmes (80% des femmes sont analphabètes), la persistance d'une mentalité pro nataliste, l'insuffisance d'autonomisation des femmes pour qu'elles prennent les décisions les concernant, et ceci même quand les centres sont disponibles.
Pour inverser cette tendance, nous menons des actions au sein des communautés en mettant l'accent sur la scolarisation et le maintien des filles à l'école, l'utilisation des services de santé de la reproduction en développant une stratégie du faire faire par la contractualisation avec les ONG et associations, les leaders religieux et les chefs traditionnels. Nous mettons aussi l'accent sur l'autonomisation des femmes en allégeant leurs tâches domestiques par l'acquisition des moulins, charrettes, motopompes et en les appuyant à mener des activités génératrices de revenus. Nous renforçons également les capacités des femmes en leadership féminin.
Selon les statistiques, la population du Niger risque de doubler tous les 25 ans. Y a-t-il des mesures prises par le Gouvernement et ses partenaires pour atténuer le corollaire de cette ''explosion'' démographique?
Les mesures que le Gouvernement a mis en œuvre sont entre autres : l'investissement dans l'éducation notamment celle de la jeune fille, la promotion de la formation professionnelle et technique, l'investissement dans la santé (accès aux services de santé, amélioration de la santé des enfants, lutte contre la malnutrition ; amélioration de la santé de la reproduction, etc.), la promotion de la sécurité alimentaire à travers l'initiative 3N, la mise en œuvre des politiques économiques permettant l'amélioration de l'environnement des affaires, le développement du secteur privé pour promouvoir l'emploi des jeunes, l'autonomisation des femmes, le renforcement du cadre de la bonne gouvernance, permettant le renforcement des institutions, la promotion de l'état de droit, l'égalité et l'équité des citoyens aux services publics, la lutte contre la corruption, etc.
Le Niger a-t-il enregistré des progrès en matière de la santé de la reproduction relativement aux autres pays de la sous-région? Si oui, lesquels?
Des progrès importants ont été enregistrés dans le domaine de la Santé de la Reproduction au Niger. C'est ainsi que le taux de mortalité maternelle est passé de 648 décès pour 100. 000 naissances vivantes en 2006 à 535 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2012.
Le taux de prévalence de la contraception moderne, bien qu'il soit faible, a connu une augmentation passant de 10% en 2006 à 12,2% en 2012. Pendant la même période, le taux d'accouchement assisté par un personnel qualifié est passé de 18% à 29%. Quant à la mortalité des enfants de 0 à 5 ans, elle a connu une amélioration extraordinaire passant de 198 décès pour 1000 naissances vivantes en 2006 à 127 décès pour 1000 naissances vivantes en 2012 ; aujourd'hui le Niger est cité en exemple par rapport à cet exploit.
On constate, dans les cinq (5) arrondissements communaux de Niamey, l'existence des centres éducatifs, préventifs et judiciaires. Y en a-t-il au niveau des régions, et quel est le rôle de ces centres?
Permettez-moi de faire la genèse de la création de ces centres. Le Ministère en charge de la protection de l'enfant, en collaboration avec l'Association Française des Volontaires de Progrès (AFVP), avait initié et mis en œuvre un projet intitulé ''Projet Justice des Mineurs'' en 2001 pour permettre la mise en œuvre de l'ordonnance 99-11 créant les juridictions pour mineurs qui garantissaient la protection des mineurs en danger. Ce projet a abouti à la création de quatre Services Educatifs, Judiciaires et Préventifs (SEJUP) à Niamey, Gaya, Maradi et Zinder. Ces services étaient animés par des travailleurs sociaux nigériens avec l'appui des volontaires de l'AFVP.
Au vu des résultats probants enregistrés et dans la perspective de la pérennisation des acquis, le Ministère en charge de la protection de l'enfant a décidé de l'extension de cette expérience. Ainsi, de 4 SEJUP en 2001 nous sommes à 42 en 2015 et qui sont répartis dans les huit (8) régions du pays.
L'objectif de ces centres est d'assurer la protection des mineurs en danger conformément à la Convention relative aux Droits de l'Enfant (CDE), la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l'Enfant (CADBE), l'ordonnance 99-11 créant les juridictions pour mineurs.
La protection des mineurs en danger concerne tous les mineurs de moins de 18 ans qui ont besoin d'une protection spéciale car leur santé, leur sécurité, leur moralité ou les conditions de leur éducation sont gravement compromises (art 10 ordonnance 99-11).
La population cible est constituée des Enfants de la rue et dans la rue, les enfants égarés, maltraités, les mineurs incarcérés ou interpellés par la Police, les enfants victimes de mariage, etc.
Les principales activités des SEJUP sont : Travail de rue, accueil des mineurs dans les locaux des différents SEJUP, évaluation, orientation et suivi des mineurs (entretiens, visite à domicile, visites au commissariat), recherche et évaluation des familles des mineurs en danger, médiation familiale, préparation et organisation de retour en famille, placement en apprentissage, etc.
A titre illustratif, de janvier à juin 2015, 1274 enfants ont bénéficié de l'accompagnement des SEJUP dont 641 enfants mis en apprentissage avec l'appui technique et financier du Ministère et de l'UNICEF.

Hassane Daouda
www.lesahel.org

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