Le Sahel

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M. Abdou Adamou, Coordonnateur du Cadre Intégré Renforcé du Niger : ''Notre approche repose sur la participation et la pleine responsabilisation des différents acteurs''


invitM. le Coordonnateur, le démarrage effectif du projet de Catégorie 1 intitulé ''Programme d'Appui au Cadre Intégré du Commerce'' a eu lieu le 1er janvier 2012 avec pour objectif principal de ''renforcer les capacités des arrangements nationaux de mise en œuvre du Cadre Intégré Renforcé, et intégrer les questions de commerce dans les stratégies et plans de développement nationaux''. Avec un peu de recul, pouvez-vous nous dire les effets et l'impact de ce projet sur les acteurs concernés ?
En dépit du retard enregistré au démarrage le Projet a eu des effets notables sur les acteurs concernés en particulier, mais aussi sur le secteur commercial en général. En effet , les actions d'information, de sensibilisation et de formation au profit du secteur public, du secteur privé et de la société civile ont permis aux bénéficiaires d'acquérir des connaissances utiles pour améliorer leurs activités et leurs revenus et/ou leurs performances.
A titre illustratif, l'atelier sur les Régimes douaniers et le transit routier inter-Etats, à l'intention des acteurs du secteur privé, de la société civile et de l'administration publique, sur les 83 bénéficiaires, il ressort des sondages qu'en moyenne : 72% estiment avoir amélioré leurs connaissances des différents Régimes douaniers et du Système de transit au Niger et dans la Sous-région; 55% relevant du secteur privé et de la société civile s'estiment édifiés et renforcés dans leur rôle d'informer, de sensibiliser et de former leurs bases sur ces aspects ; 95% ont transmis les informations retenues à leurs structures et 40% des structures ont organisé une diffusion des connaissances acquises par leurs délégués.
En ce qui concerne l'atelier à l'intention des 81 femmes entrepreneures et commerçantes sur ''les Outils de gestion de l'entreprise'', 48% déclarent être édifiées sur les démarches de formalisation et de gestion des entreprises; 37% ont appris à constituer un dossier de financement; 33% y ont trouvé des supports de sensibilisation des membres de leurs structures ou de leurs usagers; 89% ont transmis les informations retenues à leurs structures et 56% des structures ont organisé des séances de rediffusion des informations à leurs membres.
A propos de l'atelier sur le ''Marketing au service de la compétitivité des PME/PMI'', sur les 54 jeunes entrepreneurs formés, 48% déclarent être confortés dans leur conception de gestion d'une entreprise à savoir la maitrise des coûts, le meilleur choix et la diversification des partenaires d'affaires et les facilités d'écoulement des produits et services; 38% y ont trouvé des supports de sensibilisation des membres de leurs structures ou de leurs usagers; 86% ont assuré une retransmission aux structures qui les ont délégués et 48% des structures ont organisé des séances de rediffusion des informations à leurs membres.
S'agissant de l'atelier sur ''Les normes d'hygiène et de la qualité'' qui a regroupé 60 participants composés de femmes transformatrices de l'agro-alimentaire, des acteurs du secteur privé, de la société civile et des cadres centraux des Ministères en charge du Commerce, de l'Artisanat et du Développement industriel, 60% des femmes estiment avoir amélioré leurs connaissances sur les questions de normes d'hygiène et de qualité, ce qui leurs permettra d'améliorer leurs activités et leurs revenus. Parallèlement, dans le cadre de la visibilité des résultats du projet, un plan de communication a été élaboré et mis en œuvre ainsi que la création d'un site web qui est déjà en ligne suivant l'adresse : www.umocir.org
M. le Coordonnateur, l'objectif ultime de toutes les politiques nationales de développement au Niger, est de réduire la pauvreté et de promouvoir un développement durable. Quelle approche votre projet a-t-il choisi, à travers le secteur du commerce, pour atteindre cet objectif ?
Pour réduire la pauvreté et promouvoir un développement durable, nous avons jugé utile que notre méthodologie d'approche repose sur la participation et la pleine responsabilisation des différents acteurs dont notamment le trépied «secteur public - secteur privé - société civile». Cette approche jette les bases de la durabilité du Projet à travers une appropriation du processus du Cadre Intégré par les acteurs nationaux.
Au vu de tout ce qui précède, peut-on parler de liens ou de cohérence entre le ''Programme d'Appui au Cadre Intégré du Commerce'' et les autres politiques nationales de développement économique et social du Niger ?
Oui, nous pouvons parler de liens entre ce Programme et les autres politiques nationales de développement car leur objectif principal est de favoriser la croissance économique, le développement durable et la réduction de la pauvreté au Niger. Mieux, ce Programme d'Appui au Cadre Intégré du Commerce est en conformité avec l'Initiative 3N «les Nigériens Nourrissent les Nigériens», surtout à travers l'axe 2 de cette initiative intitulée «Approvisionnement régulier des marchés ruraux et urbains en produits agro-sylvo pastoraux et halieutiques». En effet, à travers cet axe, conformément à l'initiative 3N, le Programme vise notamment la valorisation et la mise en marché des produits agro-sylvo-pastoraux et halieutiques; la création d'unités industrielles agro-alimentaires ; l'amélioration des infrastructures et des circuits de commercialisation y compris l'exportation; et la mise en œuvre des mesures d'amélioration de la compétitivité des filières.
Comme on le voit, les deux initiatives se complètent. C'est pourquoi, dans la mise en œuvre de nos activités, une bonne coopération avec le Haut-Commissariat à l'Initiative 3N est développée afin de créer des synergies devant faciliter un déroulement cohérent des activités, notamment dans le sens d'impulser une dynamique dans la production et conséquemment l'offre de nos produits et services.

Concrètement, M. le Coordonnateur, pouvez-vous nous dire ce que vous envisagez pour pérenniser les acquis du projet catégorie 1 dénommé ''Programme d'Appui au Cadre Intégré du Commerce''?
La pérennisation des actions du Programme sera assurée par une appropriation du projet par l'Unité et par les acteurs impliqués dans sa mise en œuvre.
A terme, les objectifs et activités du projet seront effectivement intégrés dans les Programmes nationaux de développement. A cet effet, il est nécessaire d'élaborer des projets sectoriels dits de catégorie 2 et de mobiliser des ressources financières plus importantes de l'Etat en vue d'amener plus de Partenaires Techniques Financiers (PTF) à contribuer au financement de ces projets de catégorie 2.
D'ores et déjà, une consultation sera menée pour définir la meilleure manière d'intégrer l'UMOCIR au sein du Ministère du Commerce et de la Promotion du Secteur Privé, notamment ses fonctions de conception et d'exécution de projets dans ses propres structures.

Justement, parmi ces projets sectoriels de catégorie 2, figure en bonne place le ''Projet pour le Développement de la filière Cuirs et Peaux au Niger''. Avant de nous définir ses objectifs, pouvez-vous nous dire ce qui a motivé la création de cette structure ?
Il convient de rappeler que le Niger, à l'instar des autres pays bénéficiaires du Programme du Cadre Intégré Renforcé, a réalisé en 2006 l'Etude Diagnostique pour l'Intégration Commerciale du Niger (EDIC) dont l'objectif ultime est de poser les bases d'une accélération de la croissance en renforçant l'intégration de l'économie du pays dans les marchés régionaux et mondiaux. Cette EDIC vient d'être actualisée et l'atelier de sa validation a eu lieu du 8 au 9 décembre 2015. Cette étude a identifié le secteur des Cuirs et Peaux comme étant un facteur de développement pour le Niger. Et c'est pourquoi le sous-secteur des Cuirs et Peaux a été retenu pour l'élaboration du projet.
Les motifs qui ont conduit à la mise en place du ''Projet pour le Développement de la filière Cuirs et Peaux au Niger'' se situent à plusieurs niveaux.
D'abord, les contraintes liées à la qualité du produit qui relèvent surtout de l'état des infrastructures d'abattage et de l'animal à abattre, et de la qualification des producteurs. Parmi ces contraintes, on peut citer les maladies cutanées affectant la qualité du produit ; les dégâts d'origine traumatique comme les marques à feu ; la putréfaction occasionnée à la suite d'un séchage insuffisant ; les nombreux couteliers et trous au moment de l'habillage; la détérioration des peaux suite à l'attaque des rats, des moisissures et des insectes au moment de l'entreposage ; et la mauvaise odeur des produits tannés.
Ensuite nous avons les contraintes organisationnelles inhérentes à l'insuffisance de professionnalisation des principaux opérateurs de la filière que sont les bouchers et les collecteurs à savoir: la prédominance du circuit informel; la formation insuffisante des apprentis bouchers pour assurer une dépouille de qualité; le relâchement dans le contrôle réglementaire de dépouille, de traitement, de séchage et de conditionnement; l'insuffisance de formation des tanneurs et l'inorganisation des collecteurs et producteurs des cuirs et peaux.
Enfin, comme contraintes, nous avons les contraintes institutionnelles et financières avec : le cadre institutionnel peu favorable aux investissements privés dans la chaîne de production ; l'inadaptation de certaines dispositions des textes réglementaires au contexte actuel de libéralisation; les contraintes financières des opérateurs dont la plupart ont une surface financière limitée; les difficultés d'accès aux crédits, etc.
Malgré l'existence de ces contraintes, il convient de souligner que le Niger dispose de nombreux atouts pour la promotion de la filière, notamment l'existence d'un potentiel de production important au niveau des petits ruminants (valeur exceptionnelle de la peau de la chèvre rousse de Maradi en raison de sa texture) ; l'existence de la demande potentielle au niveau national appuyée par la présence d'un Centre de métiers de cuirs à Niamey financé par la Coopération française sans oublier la demande sous-régionale et internationale; la mise en œuvre du Projet de Développement des Exportations et des Marchés Agro-sylvo-Pastoraux (PRODEX), et l'existence du Programme Productivité de l'Agriculture en Afrique de l'Ouest (PPAO) avec son centre de spécialisation en élevage; l'existence d'un Centre des Métiers du Cuir et d'Art de Niamey pouvant assurer une formation de qualité aux artisans et autres acteurs intervenant dans la filière ; l'existence des Villages artisanaux dans les différentes capitales régionales et l'existence d'un Musée national abritant des artisans à Niamey.
A propos des objectifs visés par le ''Projet pour le Développement de la filière Cuirs et Peaux au Niger'', il convient de rappeler que c'est un projet qui a démarré ses activités en février 2015 et qui vise non seulement à accroître la contribution du secteur cuirs et peaux au développement économique et social afin de réduire la pauvreté, mais aussi améliorer la compétitivité des cuirs et peaux à travers un renforcement des capacités des acteurs intervenant dans la chaine de valeur.

Altiné Maman, MC/PSP
www.lesahel.org

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