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Catherine Martin Payen Dicko, cinéaste, directrice des Etudes en Arts et Cultures, à l'Université Abdou Moumouni Dioffo de Niamey : ''La critique d'art permet d'aller vers le fond de l'excellence, de ne pas se satisfaire de petites choses, ni aussi d


invitLa filière ASLAC du Département des Lettres, Arts et Communication de l'Université Abdou Moumouni Dioffo de Niamey a organisé, du 25 au 31 janvier 2017, une formation sur le module Critique d'Art. Quel était l'objectif que vous visiez à travers une telle initiative?

Je crois qu'on peut dire qu'il n'y a pas un seul objectif, il y en a plusieurs. Tout d'abord, le premier, c'est le besoin de faire grandir l'art, la communauté artistique, notamment à Niamey. C'est-à-dire qu'effectivement, on a vraiment besoin d'analyser l'art, d'analyser les œuvres, car pour que tous les artistes grandissent, il faut que les gens osent parler sur leurs œuvres. Je crois qu'en matière d'art, il faut que chacun se surpasse. Pour nous, une œuvre d'art a tellement d'importance qu'elle n'est jamais achevée. Déjà, cela demande à chacun, en tant qu'artiste, une énorme humilité. En général, on a beaucoup envie de toujours donner le meilleur de soi, alors que parfois, on aussi envie s'arrêter là. Non, je crois qu'il ne faut pas s'arrêter. Il faut aller toujours de l'avant. Et la critique, elle aide à grandir, parce que les gens vous retournent des éléments pour dire soit qu'ils n'ont pas compris, soit que l'élément est moindre, et même parfois, que c'est pêché, etc.
Ces critiques et remarques vont nous aider à réfléchir et à améliorer nos prochaines œuvres. Mais si on n'a que des remerciements et des félicitations, on risque d'en rester là, de ne pas chercher à s'améliorer. Donc, l'objectif de cette formation, c'est aussi de transmettre la culture d'un métier, de montrer que la critique d'art, c'est un métier à part entière. Depuis très longtemps dans le monde, il y a eu de très grands critiques d'art, des artistes qui sont spécialement des critiques d'art.
La critique d'art, c'est donc toute une culture qu'il est important de partager aujourd'hui. Aussi, cette filière est là pour initier un grand cycle. On a commencé il y a trois ans de cela, avec des étudiants en formation primaire, en formation continue et en formation directe. Mais on s'est rendu finalement compte, très vite, que le monde professionnel aussi réclamait des formations.
Donc, dès au départ, on a su que tant au niveau du monde professionnel de la culture que de celui du monde professionnel de l'art, il y avait beaucoup de besoins, beaucoup de demandes. Et c'est pour cela qu'on initie notamment les agents du Ministère de la Culture aux plans de formation sur plusieurs années. Et par an, il y a des modules courts qui vont permettre à chacun de se former, à différents niveaux, que ce soit dans le domaine de la connaissance de la culture et des arts, de la technique et de la pratique. En début de ce cycle de formation, va commencer, la semaine prochaine déjà, une formation intitulée : ''Analyser l'environnement et les outils du projet culturel''. Cette formation est essentiellement destinée aux agents du Ministère de la Culture, et à certains de nos étudiants. C'est très important. C'est un double niveau qui permettra, d'une part, à ceux qui doivent concevoir des projets culturels de mieux les concevoir, de mieux comprendre comment concevoir dans son environnement et avec quels outils ; et d'autre part, elle permettra aussi aux agents du Ministère de mieux analyser les projets culturels qu'ils reçoivent. Donc, nous travaillons sur plusieurs niveaux, comme nous le permet l'Université.

La critique d'art est un genre très peu connu du grand public. Pouvez-vous nous édifier par rapport à la définition de ce genre, et surtout par rapport à son importance dans le rayonnement des arts et de la culture ?
Comme je le disais tout à l'heure, la critique d'art, c'est un métier, c'est toute une culture qui a eu de très grands noms. C'est-à-dire que depuis l'antiquité déjà, depuis plusieurs siècles avant Jésus Christ, il y a eu des critiques d'art, il y a eu des critiques de sculpture, puis après il y a eu des critiques de spectacle et de pièces de théâtre, même pendant l'antiquité.
Je pense que partout dans le monde, on connait cette littérature là. Donc, il n'y a pas de raison qu'on dise qu'au Niger, on ne rencontre pas cette culture de la critique d'art. C'est vrai que c'est un genre à part ; ce n'est pas l'article de journaliste, ce n'est pas le travail de l'universitaire, ce n'est pas l'article d'humeur. C'est quelque chose d'extrêmement construit, qui demande une grande culture et qui fait lui-même objet d'une belle plume. La critique d'art est le point de vue de quelqu'un de cultivé, souvent qui connait bien les genres, qui est capable de faire le rapprochement des œuvres différentes, qui peut parler d'une œuvre selon une ligne particulière, suivant un point d'approche qui l'a marqué, suivant un intérêt pour cette œuvre. La critique d'art, c'est-à-dire les éléments positifs, mais également les éléments négatifs de cette œuvre. Elle doit être argumentée et organisée autour d'une même ligne qui est la sienne. L'analyste critique d'art peut même dire ''je''. Il est important que par sa plume, par sa verve, il nous fasse partager ce qu'il a vécu. Il peut aussi donner envie d'aller voir cette œuvre, de la rencontrer soi-même, de lire ce livre ou d'aller voir cette pièce de théâtre.
Mais il doit aussi pouvoir cultiver les gens pour partager sa propre culture, son propre regard. Qu'est-ce que cela apporte à la culture, au monde des arts ? C'est indéniable, l'art et la culture, c'est vital pour une société. Il n'y a pas de société sans art et sans culture. Les arts et la culture se transforment en permanence, parce qu'ils sont notre miroir, le miroir notre société.
La création change avec les périodes, et même si elle se nourrit, elle entre dans le passé. Et il y a des manières très fortes de faire revivre des œuvres du passé, car quand on a une œuvre d'art, on a toujours quelque chose à dire à travers les siècles. Donc on vit avec l'art, parce que l'art et la culture permettent à un individu de grandir et de faire face à des idées importantes. La critique d'art permet d'aller vers le fond de l'excellence, de ne pas se satisfaire de petites choses, ni aussi de se faire récupérer. La critique d'art est là pour rappeler à l'ordre. Je pense donc que la critique d'art a un rôle éminemment important dans le domaine de l'art et de la culture.

Pour revenir à l'atelier, quels sont les acteurs ciblés par votre formation?
C'est vrai qu'on avait proposé en termes de publicité un panel assez ouvert mais qui me semble assez justifié. C'est-à-dire qu'on avait pensé, en premier lieu, aux journalistes culturels. Les gens qui se revendiquent de ce domaine là et qui veulent vraiment travailler dans le domaine de l'art et de la culture. On a pensé aussi aux journalistes d'une manière plus générale, parce que là aussi on ne connait pas toujours tout ce qu'on a envie de faire ; on s'est dit que certains ont peut-être envie de travailler là-dessus, mais qu'il se peut qu'ils n'en aient pas l'opportunité. Nous avons aussi pensé aux programmateurs, c'est-à-dire des gens qui dirigent des lieux d'art et de culture. Ça nous parait essentiel parce que, pour diriger des lieux d'art et de culture, il faut choisir les spectacles, il faut choisir les artistes. C'est aussi une manière d'aiguiser son regard, son attention, son analyse. C'est pour cela que nous avons pensé aussi aux gens qui dirigent les Maisons des Jeunes et de la Culture. Cela peut les aider à écrire dans leur petit journal, sur leur site, ou pour expliquer aux médias ce qui se passe chez eux. Il s'agit aussi d'aider les artistes qui travaillent à domicile à progresser. Après, on a ouvert nos portes aux étudiants qui sont dans la filière Communication, ou même dans d'autres domaines.

Quels sont les thématiques qui ont été développées au cours de cet atelier?
Elles sont très nombreuses. La première, c'est la restitution de l'histoire de la critique d'œuvre d'art. Nous avons aussi montré la différence entre la critique d'art, la critique universitaire et la critique de créateur. Nous avons également abordé les outils de la critique d'art et parlé de l'approche sensible. C'est-à-dire comment une personne peut rechercher au fond d'elle-même, par la description, l'attention à ses propres perceptions ; comment une œuvre raisonne en elle-même. On a vu aussi tout ce qui est de l'ordre de la finalité de la critique et de l'organisation d'un article, etc.

En tant qu'initiatrice de cette formation, peut-on connaître vos impressions à l'issue de cette formation, et les leçons que vous en avez tirées?

Effectivement, nous avons fait un bilan de ce premier module, bilan qui a fait ressortir des forces et des faiblesses. La première force, c'est l'intérêt que les participants porté à la formation. On a remarqué aussi certaines limites et difficultés. Certains ont en effet du mal à sortir de leurs habitudes, à écrire autrement. Ce qui fait qui nous amenés à penser qu'il fallait organiser d'autres ateliers d'écriture. Nous nous sommes dit qu'il était important que les gens se préparent avant de prendre en cours ce module. En conclusion, pour nous, c'est une première initiative positive. On a vu qu'il y avait des besoins dans ce projet de formation courte. Cela répond à la demande du ministre de la Renaissance Culturelle qui a demandé de penser aux hommes de la culture et aux professionnels du domaine. En outre, on a enregistré les besoins de formations de plus longue durée. Plusieurs personnes nous ont saisis dans ce sens là, et nous sommes prêts à étudier leurs projets et à envisager des parcours personnalisés à travers ces formations, pour aboutir à des diplômes de différents niveaux.

Pour qu'il ait critique d'art, il faut une réelle production d'œuvres d'art et leur valorisation. Comment appréciez-vous la situation actuelle du monde des arts au Niger ?
C'est assez difficile à dire. Moi, je suis toujours humble de ma position. Je pense qu'il se passe beaucoup de chose en termes de spectacle et de musique, mais tout n'est pas lisible. Je pense qu'il se pose un besoin de visibilité. C'est dire qu'il manque d'espace de communication de l'art et de la culture. Mais je pense qu'il y a un mouvement, et que les choses bougent. Je sens qu'il y a beaucoup de volonté et que la critique d'art peut vraiment aider à cela.

Pour terminer cet entretien, avez-vous un message particulier à transmettre ?
Mon dernier mot, c'est d'exprimer ma gratitude et mes remerciements à l'Université Abdou Moumouni de Niamey et à ses responsables, pour toutes les facilités et l'accompagnement qu'ils ne cessent de nous apporter. C'est également le lieu de remercier le Ministère en charge de la Renaissance Culturelle, ainsi que l'ensemble des partenaires de cette filière qui ont œuvré pour la réussite de cet atelier et de la Journée Evénements.

Réalisée par Ali Maman(onep)
www.lesahel.org

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