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M. Abdou Harouna, Directeur général de NIGER TELECOMS : « Nous avons pour ambition de démystifier les produits et services de télécommunication au Niger tout en garantissant la disponibilité, la qualité et les meilleurs tarifs à tous »


PHOTO-DGM. Abdou Harouna, 49 ans, marié et père de cinq enfants, tout nouveau directeur général de NIGER TELECOMS, a la lourde responsabilité de gérer cette entité. Avec plus de 19 ans d'expérience dans divers postes à responsabilités techniques et managériales aux USA, au Moyen-Orient et en Afrique, le nouveau patron de Niger Télécoms dispose de nombreux atouts, ainsi que d'une large connaissance en Lean Enterprise et en concepts de Six-Sigma, en finance, en achats, en Supply Chain, en systèmes de distribution, en planification stratégique et des opérations ; et un leadership et une expertise avérés dans des entreprises industrielles, d'aéronautique, de télécommunications et de mines.
Après l'obtention de son Ingéniorat en Technologie avec option Eaux et Forêts obtenu en 1997 à l'université de technologie de Minna, au Nigeria, il poursuit son cursus académique aux USA où il obtint un Master et un Doctorat en Gestion des entreprises dans les universités de Averett en Virginie et l'université de Michigan.
Il est aussi détenteur de plusieurs certificats d'études supérieures en logistique et gestion de la chaîne d'approvisionnement de l'université du Michigan obtenu en 2006 et des cours de certification Six-Sigma Green Belt de la même université la même année. Enfin, en 2007, il décroche dans le Massachusetts à la faculté de droit de Harvard, un certificat qui valide sa réussite au programme de négociation pour les cadres supérieurs.
A noter que M. Abdou Harouna, communément appelé Sarkin Yaki, fut aussi député national, Conseiller spécial à la Présidence de la République, Ambassadeur de la paix et Chevalier de l'Ordre du Mérite du Niger.
Monsieur le Directeur général, presque 6 mois après la fusion Sonitel/Sahelcom qui a donné naissance à Niger télécoms, où en êtes-vous avec le processus de fusion ?
Je vous remercie pour votre invitation et pour l'intérêt que vous portez à l'entreprise Niger télécoms. En effet depuis notre arrivée, nous nous sommes attelés à la matérialisation de cette fusion.
Les ressources matérielles, financières et humaines des deux sociétés étant mutualisées pour un souci d'optimisation. La mise en place de nouvelle société a été menée à travers un certain nombre d'activités dont les principales sont les suivantes : l'élaboration et la validation d'une grille salariale unifiée et harmonisée ; l'élaboration et la validation du Statut du personnel et le règlement intérieur de l'entreprise ; l'élaboration et la validation du budget de l'année 2017 ; l'élaboration, la validation et le déploiement d'un organigramme ; la nomination aux différents postes de responsabilité ; la Finalisation et validation d'un plan Stratégique ; la Finalisation et validation d'un plan Social ; l'élaboration d'un plan de lancement de notre nouvelle entreprise
Il nous était impératif d'engager de profondes reformes à tous les niveaux : Organisationnel, Financier, Technique, Commercial, matériel et humain.
Et comme dans tout processus de fusion, de telles tâches sont ardues et complexes ; mais nous y mettons toutes les énergies et les efforts nécessaires pour y parvenir.
Quelles sont les réformes que vous avez initiées depuis votre prise de fonction ?
Le capital humain étant au cœur de toute activité opérationnelle, il est évident qu'il soit notre cible première. Nous avions alors changé la structure organisationnelle, qui était très alourdie par une pléthore de postes hiérarchiques. Nous avons pu mettre en place une organisation plus fluide, légère afin d'améliorer le management de l'entreprise, d'y insuffler une nouvelle culture et une nouvelle dynamique pour un souci de réactivité, d'efficience et d'efficacité.
A titre illustratif, nous avons ramené le nombre de directeurs qui était de 41 à 8 postes, les postes de chefs de départements de 90 à 27 et au niveau de chef de service les postes sont ramenés de 137 à 47. Nous avons supprimé les diverses cellules et optimisé les indemnités et primes pour alléger la masse salariale. Tout ce changement nous a permis d'optimiser les ressources et de renforcer le travail d'équipe pour nous permettre d'atteindre nos objectifs.

Cette organisation, est-elle déjà opérationnelle (effective) ?
Oui, la structure prend forme graduellement. Nous avons depuis le mois de Février mis en place tous les postes managériaux, à savoir les Directeurs, les Managers et les Chefs de services.
Et au fur et à mesure, nous essayons de placer les personnes qu'il faut à la place qu'il faut afin de parfaire cette restructuration. Donc c'est un processus continu et à chaque fois que nous constatons un dysfonctionnement à quelque niveau que ça soit nous apportons immédiatement les mesures correctives idoines.
Pour mieux appréhender le challenge auquel on fait face, nous avions entrepris une mission dans toutes les régions du pays qui nous avait conduit d'Ayorou à Diffa en passant par Tahoua. A cet effet, nous avions effectué des arrêts tout le long de notre parcours pour vérifier l'état de nos équipements et leur niveau de maintenance.
Cela nous a imposé à notre retour à Niamey de procéder à un redéploiement de plusieurs techniciens et agents commerciaux malgré la réticence des uns et des autres.

Justement à Niger Télécoms, le vieillissement du personnel est une réalité palpable ; envisagez-vous par exemple un rajeunissement comme palliatif ? Si oui, comment comptez-vous vous y prendre ?
Comme vous l'avez si bien dit, le vieillissement du personnel est un véritable défi qu'il faille relever et cela dans un délai raisonnable. A la date d'aujourd'hui un comité a été mis en place pour produire un document de base qui après négociation avec les partenaires sociaux (11 syndicats) et la validation du conseil d'administration servira de référentiel pour organiser et encourager les départs négociés.

Sur le plan financier, vous avez semble-t-il hérité d'un lourd passif et d'aucuns prédisaient même une probable faillite des deux sociétés ; la situation s'est-elle améliorée ? Y a-t-il des lueurs d'espoir sur ce plan ?
C'est peut-être là où le bât blesse. A notre arrivée, tous les indicateurs des deux sociétés étaient au rouge, et la situation financière était plus qu'alarmante.
En même moment, nous étions dans une situation où il fallait nous assurer que toutes les activités citées dans la réponse de votre première question sont menées. Aussi, il fallait produire et commercialiser nos services.
Par exemple au 31 Décembre 2016 nos comptes bancaires étaient débiteurs de plus de 3 milliards, qui en mi-Juin sont tournés au vert, quand je comptabilise avec nos comptes au trésor, on était à plus de 400 millions en positif.
Il y avait des arriérés de paiement des droits à la retraite de plus de 600 millions, plusieurs dizaines de millions d'arriérés pour la gestion de la santé du personnel. Et des milliards d'arriérés de dettes aux fournisseurs et de taxes et impôts impayés.
Sur une note positive, nous avons aussi beaucoup de créances à recouvrer. Et des efforts substantiels ont été menés dans ce sens. Ce qui nous a permis de faire face à certaines de nos obligations.
C'est ainsi que nous avions en 3 – 4 mois de pleines activités réussit à nous acquitter de certaines obligations urgentes. A titre illustratif, nous avions épongé plus de 700 millions des droits à la retraite et certaines prestations sociales, nous avions aussi payé plus de 7,9 milliards de taxes et impôts, 1,5 milliards à l'ARTP, 2,5 milliards à nos partenaires opérateurs, 2,3 milliards à nos fournisseurs nationaux et internationaux.
Il est important de noter que depuis Janvier 2017, Niger Télécoms a payé ses salaires sur fonds propres et avec toutes les retenues requises. Vous trouverez cela évident, mais c'est méconnaitre que cela n'était pas le cas depuis un bon moment.
Comme vous le constatez, la situation financière est en amélioration et nous avons tout un plan d'assainissement que nous sommes en train de déployer. Ce plan nous permettra dans un délai raisonnable d'asseoir une orthodoxie financière fiable pour notre entreprise. Donc oui, l'espoir est permis !

Côté Technique qualité du réseau mobile et de l'internet, la non couverture nationale sont les griefs qui sont généralement faits à l'endroit de Niger Télécoms ; quelles solutions à court et à moyen termes préconisez-vous pour parer à ces défaillances ?
Nous sommes très sensibles à ces remarques. Et nous remercions les Nigériens pour l'engouement dont ils font preuve envers leur opérateur national. Nous demandons seulement leur indulgence et leur patience pour accompagner ce bébé qui vient de naitre et qui n'est devenu opérationnel il n'y a que 3 mois.
Cela dit, nous sommes à pied d'œuvre pour remédier à ces insuffisances. Pour ce faire et à titre illustratif, nous sommes en train de déployer une vingtaine de sites dans la ville de Niamey pour améliorer notre qualité réseau. Cet effort, est en cours aussi pour l'intérieur du pays.
Nous sommes en discussions avancées avec plusieurs partenaires pour assurer la couverture nationale avec des équipements de dernière génération dans un délai raisonnable.
A la date d'aujourd'hui, nous avons les équipements nécessaires pour lancer la 3G dont nous sommes en train de travailler sans relâche pour l'acquisition de la licence (3/4G). Et nous avions déposé la demande depuis le mois de Mars passé.
Pour ce qui est de l'internet pour le mobile, nous attendons la Licence 3G comme indiqué précédemment. Quant à l'ADSL, la LSI et la LS, nous avons mené plusieurs activés dans le sens d'améliorer la qualité. C'est ainsi que nous avions fait des investissements sur des équipements qui vont nous permettre d'améliorer substantiellement la qualité et optimiser la capacité. Ces équipements sont actuellement en train d'être installés dans nos locaux.
Aussi, nous sommes aux termes de négociations avec nos partenaires pour accroitre notre capacité. Aujourd'hui, nous ne disposons que de 1,8 Gigabits pour tout le pays, et dans 2 semaines nous allons passer à 4,3 Gigabits pour enfin passer à 6,8 Gigabits d'ici la fin du 3e trimestre 2017. Ceci nous permettra de subvenir aux besoins croissants de l'Etat dans ses efforts de modernisation de l'administration et aussi les besoins de nos partenaires locaux.

Pour la fibre optique, nous avons effectivement quelques difficultés avec nos partenaires surtout de Bénin Télécoms qui sont en train de reprendre l'ancien tronçon de la fibre traversant le Bénin à nos frontières. Ces travaux doivent s'achever normalement en fin d'année. Mais nous avions mis en place des équipes de veille de part et d'autre pour palier à ces coupures récurrentes.
Quant au tronçon de l'intérieur du pays, nous venons de finaliser un audit complet de tout le backbone existant et nous avions identifié les points de risques. L'équipe technique s'active pour une mission de maintenance préventive sur tous ces points identifiés.

Sur le plan commercial, la concurrence parait rude et féroce dans le secteur des Télécoms ; quelle politique Commerciale entendez-vous mener afin d'y faire face ?
Effectivement, nous élaborons de nouvelles politiques commerciales pour mieux servir nos clients comme l'atteste notre slogan. Notre atout premier, incontestable et imbattable est notre tarif de 1F/s ; aussi, afin de faire profiter au public de ce '' bonus permanent '', nous nous attelons à l'extension de notre réseau pour accroitre notre taux de couverture sur le plan national.
Nous avions depuis le mois de Mars réduit les tarifs internet de l'ADSL de 48% pour les nouveaux clients et pour les anciens nous avions simplement doublé leurs capacités. Cela encouragera bon nombre de foyers et de PME nigériens de se connecter à des tarifs acceptables.
En ce qui concerne la capacité en fibre optique pour nos partenaires opérateurs de téléphonie au Niger, nous avions depuis le 15 Juin réduit nos tarifs de 74%.
Présentement, des analyses sont en cours pour réduire les tarifs d'internet par la fibre pour permettre l'accessibilité de ce produit de première classe à tous les Nigériens.
Je profite aussi de cette occasion pour informer nos clients de la mise en service dans un très bref délai du roaming à l'international, le Mobile Money et une plateforme modernisée d'identification et d'activation de nos clients.
Comme vous le constatez, Niger Télécoms est en train de fournir des efforts pour prendre sa position naturelle en leader de l'internet et la data au Niger. Nous ne pouvons pas étaler ici toutes nos stratégies commerciales, mais je souhaite rassurer les Nigériens que beaucoup de bonnes surprises sont à venir très bientôt.

Mais malgré la fusion, Monsieur le DG, les logos de SONITEL ou SAHEL COM sont toujours visibles alors que tout devrait être effectif. Qu'est-ce qui explique cet état de fait ?
Pour parler du Rebranding comme on l'appelle dans le jargon de marketing, pour nos locaux de Niger Télécoms, je tiens d'abord à souligner que malgré tous les efforts de visibilité que nous sommes en train de fournir, nous n'avons pas encore officiellement lancé la nouvelle société.
Donc, nous avons choisi de rebrander progressivement nos locaux et véhicules à Niamey comme à l'intérieur du pays. Cela nous permettra d'utiliser nos ressources dans d'autres activités les plus urgentes en attendant le lancement officiel.
Vous aurez quand même constaté que nous avons transféré le siège social et la direction commerciale dans le centre ville pour plus de visibilité. Cette décision n'a pas laissé les Nigériens indifférents et ils ont manifesté leurs appréciations en voyant leur entreprise nationale se positionner au même niveau de visibilité que les grandes firmes internationales.

Justement Monsieur le DG, ce déménagement a poussé beaucoup de nigériens à se poser la question de savoir comment une société en restructuration et qui fait face à des défis financiers que vous venez de décrire peut se permettre de louer à grand frais des bâtiments, surtout quand on sait que vous disposez de nombreux bâtiments dans la ville de Niamey...
(Sourire). Il y a tout d'abord une information qu'il faut apporter au public.
Ce déménagement a été initié suite à la demande des autorités de céder nos deux anciennes directions générales (ex-Sonitel et ex-Sahelcom) à l'agence chargée de l'organisation du sommet de l'Union Africaine en 2019. Ce sommet, il faut le comprendre, regroupera tous les Présidents des Pays Africains membres de l'UA. Donc ces locaux vont servir de terrain pour la construction du Centre de Conférence.
En plus de cela, il y a une grande partie de nos staffs qui était logée dans le bâtiment abritant le ministère des Postes et télécommunication. Le ministère étant en restructuration, et avec des nouveaux directeurs centraux nommés, nous avait aussi demandé de reloger nos 3 directions, et le pool des conseillers occupant ces locaux.
Nous avions fait le tour de tous nos bâtiments à Niamey pour effectivement faire loger ces 7 directions déguerpies. Mais tous nos locaux ne répondent pas aux challenges du marché. Nous n'avions d'autres alternatives que de louer temporairement en attendant la construction du nouveau siège prévue dans les mois à venir.
Ce sujet ayant fait beaucoup de polémiques, je tiens à vous rassurer que toutes les procédures de validations des organes décisionnaires de notre entreprise, à savoir le Conseil d'Administration et l'Assemblée Générale, ont été respectées avant d'engager quoi que ce soit.
Aussi, il faut noter que nous sommes une société de Télécommunication, nous avons besoin de visibilité, et puis on ne peut pas prétendre concurrencer des adversaires dont la notoriété est connue de tous en restant dans des locaux vétustes et exigus.
Pour faire du marketing, il faut d'abord avoir une bonne visibilité et on a saisi une bonne opportunité avec les locaux sis au boulevard Mali BERO et au rond point Gadafawa qui est aujourd'hui une vitrine de Niger Télécoms au vu du trafic énorme qu'il y a sur cet axe.
Dans notre secteur, il faut dépenser l'argent pour faire rentrer l'argent ! Nous sommes fiers de cette décision car nos chiffres d'affaires montrent clairement que nous sommes en train de rentabiliser cet investissement dont d'ailleurs le montant n'est pas aussi faramineux que les gens le racontent.

Quel serait votre mot de la fin, Monsieur le DG ?
Encore merci pour cette opportunité que vous m'avez offerte de sortir de notre silence diversement interprété. Je tiens à remercier tous les agents de Niger Télécoms et particulièrement les 11 syndicats de notre société avec lesquels nous avons jusqu'à présent eu un bon climat de partenariat et de compréhension mutuelle sur toutes les questions de transformation et de restructuration de notre société.
Je profite pour leur demander plus de patience et de courage car malgré que nous sommes sur la bonne voie, beaucoup reste à faire. Je sais que je peux compter sur eux pour qu'ensemble nous amenions Niger Télécoms à se positionner très bientôt en leader dans le secteur.
Enfin, je dirai aux Nigériens que Niger Télécoms est né pour eux, et il leur revient de montrer par un élan patriotique leur soutien à ce nouveau joyau qui est le leur.
En un mot, nous avons pour ambition de démystifier les produits et services de télécommunication au Niger tout en garantissant la disponibilité, la qualité et les meilleurs tarifs à tous.

Onep
14/07/17

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