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M. Moussa Sayabou, préfet du Département de Kantché : "Les communes les plus touchées par le phénomène de migration sont celles qui maquent suffisamment de terres irrigables"


AAA-PREFET-DE-KANTCHE-9M. Le préfet, le département que vous dirigez ?
Merci de l'opportunité que vous nous offrez afin de nous exprimer à travers les colonnes de votre journal. Le département de Kantché est situé dans la partie sud de la région de Zinder. Il couvre une superficie de 2.381 km2 et compte neuf communes à savoir les communes de Matameye, Kantché, Daouché, Doungou, Dan Barto, Ichirnawa, Kourni, Tsaouni et Yaouri. Concernant la chefferie traditionnelle, elle comprend le canton de Kantché avec 327 villages administratifs et quartiers, et un groupement peulh celui de Kawari qui est constitué de 60 tribus. La population du département est estimée à 399.181 habitants selon le Recensement Général de la Population et de l'Habitat de 2012. Cette population est estimée en 2016 à 459.714 habitants. Les femmes représentent 50,29%, et les jeunes 28,5%. La densité moyenne est de l'ordre de 194 habitants/km2 en 2016 contre 168 habitants/ km2 en 2012. Cette densité cache surtout des disparités d'une commune à une autre. S'agissant du taux d'accroissement annuel, il est de l'ordre de 4,3%. En ce qui concerne la composition de la population, elle est principalement composée de Haoussas représentant 70%, de Touaregs 22%, et de Peulhs 8%.
Notons aussi que le département de Kantché est situé à 87 km du chef-lieu de région. Il est traversé par la RN10 reliant le chef-lieu du département au Nigéria. S'agissant de la situation géographique, le département est limité à l'Est par le département de Mirriah, à l'Ouest par celui de Tessaoua et Gazaoua, au Nord par le département de Takieta et au Sud par le département de Magaria et la République Fédérale du Nigéria avec laquelle on partage d'ailleurs 10 km de frontières. En effet, il est important de le souligner que le département de Kantché présente deux zones agro-écologiques à savoir la zone soudanienne à l'extrême sud-ouest avec une pluviométrie de l'ordre de 600mm, et la zone sahélo-soudanienne avec une pluviométrie de l'ordre de 450 mm située dans la partie sud-est du département. Pour ce qui est de taux brut de scolarisation au niveau de l'enseignement primaire, il est de 53,33% à l'intérieur duquel 58,78% pour les garçons et 47,84% pour les filles. En ce qui concerne le taux de couverture en eau potable, il est estimé à 59% en 2016, et ce taux varie d'une commune à une autre. Quant au taux de couverture sanitaire, il est de 42%. Le taux d'alphabétisation est de 21,72% affichant des disparités entre les hommes et les femmes. Il est en effet de 39,1% chez les hommes, et 6,4% chez les femmes.

Le département de Kantché partage la frontière avec la République Fédérale du Nigéria, quelles sont les relations que vous entretenez avec ce pays ?
Nous pouvons vous rassurer que les rapports d'abord entre les autorités frontalières et les populations sont aujourd'hui très fructueux. Des concertations frontalières sont régulièrement menées surtout entre les forces de défense et de sécurité se trouvant au niveau de la frontière en vue de faciliter la libre circulation de personnes et de biens conformément aux clauses de la convention de la CEDEAO ratifiée par nos pays respectifs. En effet, pour renforcer les liens séculaires entre nos deux pays, il a été créé en 2016, le deuxième corridor Zinder-Jigawa-Katsina après celui de Maradi-Kano-Katsina. C'est ainsi que la cellule technique locale a été mise en place en lien avec la cellule régionale. Cette cellule est à pied d'œuvre pour renforcer ces liens entre les différentes communautés afin de fructifier les échanges commerciaux, et la libre circulation de personnes et de biens pour que tout se passe convenablement dans l'intérêt de nos populations. Ajoutons aussi que dans le cadre des journées locales de vaccination de la poliomyélite, nous avons de contact permanent avec cette communauté pour que ces opérations puissent être facilitées entre les deux communautés frontalières.

Notre pays fait face aujourd'hui M. le préfet au défi sécuritaire, comment se caractérise cette situation au niveau de votre entité administrative ?

Par rapport à cette question, nous ne pouvons que nous estimer heureux. C'est le lieu ici, de rappeler les efforts importants qui ont été déployés par le gouvernement de la 7ème République à travers la mise à disposition du département des moyens conséquents permettant à la patrouille de fonctionner normalement. En outre, nous avons deux types de patrouilles au niveau du département de Kantché à savoir la patrouille frontalière et la patrouille mixte départementale qui travaille aujourd'hui 15 jours sur 30 du fait que nous avons une accalmie relative sinon c'était une patrouille qui fonctionnait 30 jours sur 30. C'est grâce à cette accalmie que nous avons ramené cette patrouille de 15 jours à 30. Quant à la patrouille frontalière, elle fonctionne 30 jours sur 30. Il s'est agi pour nous d'assurer la quiétude, la stabilité sociale, et la sécurité de personnes et de leurs biens. Il faut rendre un hommage mérité aux FDS qui, de jour comme de nuit se battent pour assurer la sécurité de nos populations et de leurs biens. Nous saluons aussi la collaboration des populations quant à la coopération avec les FDS. Nous attirons leur attention pour que cette collaboration s'effectue de manière sincère et qu'elle se perpétue pour la prospérité de notre département et du pays en général.
Le département de Kantché malheureusement a été cité en exemple concernant la question migratoire irrégulière ces dernières années, qu'est ce qui explique cela et comment compter vous endiguer ce phénomène?
La migration des femmes et des enfants surtout constituent un phénomène préoccupant dans le département de Kantché, pourtant le département dispose d'énormes potentialités. Nous disposons à cet effet de 50.000 hectares de potentialités irrigables avec d'énormes disparités certes entre les communes du fait qu'il existe des communes où ces potentialités sont pratiquement importantes, des communes où elles sont faibles, et des communes qui ne disposent pas de ces potentialités irrigables. En effet, les communes les plus touchées par le phénomène de migration sont celles qui maquent suffisamment de terres irrigables. Face à ce phénomène des actions sont en train d'être conduites par l'Etat et ses partenaires afin d'améliorer significativement le cadre de vie de ces populations en vue de les stabiliser dans leurs localités respectives et endiguer le phénomène migratoire qui n'honore pas les populations de par son impact socioéconomique majeur. Précisons que la Haute Autorité à la Consolidation de la Paix intervient dans quatre communes dans le cadre de la lutte contre les conséquences de la migration. Pour ce qui est de l'OIM, elle intervient concernant la réintégration et l'appui psycho social des migrants retournés de l'Algérie et le renforcement de leur communauté d'accueil dans les neuf communes du département. Il y a aussi un autre partenaire qui lutte contre les conséquences de la migration dans sept communes du département, et un autre partenaire apporte son appui à la lutte contre la migration des jeunes dans neuf communes également. Nous avons des cuvettes et des mares. Les partenaires interviennent également pour la mise en valeur de ces ressources qui va considérablement contribuer à améliorer les conditions de vie de nos populations. La mise en valeur de ces ressources permettra aussi de fixer les populations.

Retenons que la rareté des terres de cultures dans certaines localités est une autre raison qui entraine les populations particulièrement les femmes et les enfants à la migration au niveau de notre département. Il faut aussi ajouter que le changement climatique avec tous ses corollaires, entraine la baisse de rendement des cultures pluviales. Ce qui ramène le département qui ne connaissait pas le déficit alimentaire à rejoindre le rang des départements qui enregistrent le déficit alimentaire. Par ailleurs, il faut préciser que l'Etat apporte des appuis inestimables aux populations du département pour atténuer la souffrance des uns et des autres à travers entre autres l'opération de vente à prix modéré, la mise en place d'aliments bétails, les activités de récupération des terres, la distribution gratuite ciblée, etc.

Votre mot de la fin, M. le préfet ?
Nous profitons de vos colonnes afin de lancer un appel aux populations pour qu'elles comprennent que le développement qui est prôné par le Président de la République nécessite l'implication de tous. Les partenaires au développement nous accompagnent dans l'accomplissement de nos missions, mais l'investissement des populations est capital. La réalisation des œuvres de construction nationale relève d'abord de l'implication de tous les nigériens et des toutes les nigériennes, ensuite les partenaires vont nous accompagner. Nous demandons par ailleurs à toutes les femmes et les enfants qui se livrent à cette pratique ignoble de la migration, de rester au pays pour apporter leur concours dans la construction du pays qui a besoins des efforts de chacun. Nous avons assez de potentialités dans notre département en nous livrant aux cultures irriguées, nous pouvons contribuer à la sécurité alimentaire et nutritionnelle de nos populations. Par rapport à la sécurité, nous lançons également un appel aux populations de continuer à collaborer de façon franche et sincère avec les FDS qui sont là pour assurer leur sécurité et celle de leurs biens. Nous demandons aussi aux populations de s'acquitter de leur devoir civique afin de mettre les collectivités dans ses droits en payant les impôts et taxes, ce qui permettra de contribuer au fonctionnement des collectivités. Il a été constaté que le taux de recouvrement est très faible, c'est pourquoi nous incitons les uns et les autres de s'investir pour s'acquitter de leur devoir. Cela est un facteur essentiel dans la mobilisation des ressources internes afin de garantir le fonctionnement des collectivités et financer les secteurs de développement
pouvant assurer la prospérité du département de manière générale. Nous
disons que l'Etat a joué sa partition, c'est aux populations maintenant d'accomplir son devoir.

Réalisée par Laouali Souleymane, envoyé Spécial

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