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M. Habi Mahamadou Salissou, ministre de l'Urbanisme et du Logement : «Toutes les conditions sont réunies pour que l'année 2015 soit une année de mise en œuvre, à grande échelle, du Programme de logements sociaux du Président de la République»

Le ministre Habi Mahamadou Salissou Le ministre Habi Mahamadou Salissou

Monsieur le ministre, dans le cadre du Programme de la Renaissance, d'importantes actions sont en train d'être réalisées dans les villes du Niger. C'est le cas du Marché Central de Maradi qui vient d'être inauguré par le Président de la République, et des infrastructures de Dosso Sogha en cours de réalisation. Quel est l'apport de votre département dans la réalisation de ces infrastructures ?

Le projet Dosso Sogha s'inscrit dans la politique d'équipement des capitales régionales à travers les réalisations faites à l'occasion de la commémoration de la fête du 18 décembre initiée par S .E Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l'Etat. Cette politique vise à rehausser leurs niveaux d'équipements par la construction et la rénovation des bâtiments, des routes, des réseaux d'assainissement, des infrastructures sportives, culturelles, artistiques, sanitaires et de loisirs.
Dans le cadre de la mise en œuvre de cet important programme, mon département ministériel, conformément à ses attributions, a en charge le volet ''Construction et aménagement urbain'' dont il assure la supervision générale.
Ainsi, en relation étroite avec le comité interministériel chargé de l'organisation de la célébration de la fête du 18 décembre 2014, mes services techniques centraux et déconcentrés, en relation avec les autorités régionales de Dosso, ont identifié et évalué l'ampleur et la teneur des travaux à réaliser dans le domaine de l'Urbanisme et de l'Assainissement.

Les infrastructures devant accueillir les manifestations du 18 décembre à Dosso sont en finition
Après plusieurs missions d'investigation et des séances de travail avec le comité interministériel chargé de l'organisation de la célébration de la fête du 18 décembre 2014, la liste des infrastructures et ouvrages à construire et à réhabiliter a été retenue.
Compte tenu de l'ampleur des travaux et du délai relativement très court pour réaliser ces travaux, mon département a fait recours à des bureaux d'études et cabinets d'architectes pour l'assister en matière de maitrise d'œuvre. Cette option nous a permis d'obtenir des projets d'une très grande qualité en un temps record.
Sur la base des dossiers techniques fournis par les bureaux d'études, le Ministère de l'Urbanisme et du Logement a entrepris la sélection des entreprises afin de retenir celles capables d'exécuter les travaux dans les délais requis et dans les règles de l'art.
C'est ainsi que des marchés de travaux ont été attribués pour les réalisations de tout le programme retenu. Les travaux concernent surtout des réhabilitations et des constructions d'infrastructures administratives, socio-éducatives, culturelles et sportives.
Actuellement, les infrastructures devant accueillir les manifestations du 18 décembre à Dosso sont en finition.
Pouvez-vous nous édifier par rapport aux missions et attributions assignées à votre département ministériel ?
Mon département ministériel, de par ses attributions, a en charge, entre autres, la conception, l'élaboration, la mise en œuvre, le suivi et l'évaluation de la politique nationale en matière d'urbanisme, d'habitat, de logement, d'architecture et de construction de voiries et réseaux divers, conformément aux orientations définies par le gouvernement.
A ce titre, nos prérogatives concernent la conception, l'élaboration, et la mise en œuvre des stratégies, des projets et programmes de développement dans les domaines cités ci-dessus. Comme vous le voyez, nos domaines d'intervention sont vastes, mais plus spécifiquement, nous exerçons les prérogatives ci-après: l'élaboration et la mise en œuvre des stratégies, programmes et projets de développement en matière d'urbanisme, d'habitat et de logement, d'architecture et de construction, d'assainissement, de voiries et réseaux divers ; l'élaboration et l'application de la législation et de la réglementation en matière d'urbanisme, d'habitat et de logement, de gestion du domaine foncier public, d'architecture et de construction de voiries et réseaux divers, d'assainissement et de promotion immobilière; la maîtrise d'œuvre de tous les marchés publics relevant de ses domaines de compétence; la maîtrise d'ouvrage de tous les marchés publics relevant de ses domaines de compétence; la maîtrise d'ouvrage déléguée de tous les marchés publics pour le compte des autres administrations; l'entretien et la réhabilitation du parc immobilier de l'Etat; la gestion du domaine foncier public de l'Etat; la production des terrains au profit des domaines public et privé de l'Etat; le suivi de la gestion du domaine foncier public des collectivités territoriales; l'organisation des professions libérales exerçant dans ses domaines de compétence.
A l'occasion du Conseil des ministres tenu le vendredi 17 octobre 2014, vous avez présenté une communication relative aux lotissements anarchiques. Quelles sont les mesures envisagées par le gouvernement pour remettre de l'ordre dans le secteur ?
La Communication à laquelle vous faites allusion est celle faite par mon homologue en charge de l'Environnement relative à la situation d'un lotissement privé sis dans le territoire de la Commune Rurale de Bitinkokdji, département de Kollo.
C'est suite à cette communication que le Conseil a instruit notre département ministériel pour qu'il matérialise, dans les meilleurs délais, la décision du Conseil des Ministres du 31 juillet 2014. Dans ce sens, un projet d'arrêté portant modalités d'application de ces mesures été élaboré par mes services et transmis aux autres départements concernés pour recueillir leurs avis, avant d'être soumis à notre signature.
Pour rappel, le Conseil des ministres du 31 juillet 2014 a notamment décidé de l'arrêt des lotissements privés et de l'audit des lotissements déjà octroyés, décision pour l'application de laquelle nous avons élaboré un Plan d'Actions en cours de mise en œuvre.
Quant aux mesures envisagées par le Gouvernement pour assainir le secteur, elles découleront de la réalisation effective du Plan d'Actions évoqué tantôt, notamment la révision de la loi n°2013-28 du 12 juin 2013 et l'élaboration des textes d'application ; la réalisation de l'audit des lotissements déjà octroyés, qui sera basé sur la réalisation d'un certain nombre de tâches et à l'issue de laquelle seront proposées des mesures réglementaires d'ordre pratique afin d'éviter de nouveaux dérapages.

Monsieur le ministre, à votre avis, à quoi est due l'urbanisation incontrôlée de nos villes et quelles conséquences peut-elle engendrer, à moyen et long termes?
L'urbanisation ''incontrôlée'' de nos villes découle d'un ensemble de facteurs dont le contexte urbain du Niger caractérisé, depuis les années 1970, par une urbanisation accélérée et généralisée, laquelle ne concerne plus seulement les principaux centres tels que Niamey, Zinder ou Maradi, mais aussi les centres secondaires et même tertiaires; l'accroissement des besoins en espaces urbanisables induit par l'urbanisation accélérée, lesquels se traduisent en termes de logements, d'infrastructures et d'équipements socio-collectifs, et d'une façon générale, de services urbains essentiels ; le développement urbain effectué essentiellement à travers la réalisation de lotissements successifs publics ou privés, en dehors de tout cadre de référence de type Schémas Directeurs d'Aménagement et d'Urbanisme (SDAU) ; le rythme et la taille relative des lotissements qui rendent inefficace l'action des pouvoirs publics.
Les conséquences d'un tel phénomène et de telles approches sont entre autres, l'incapacité technique et financière des acteurs à viabiliser les terrains et la consommation excessive de l'espace urbain au point de rompre tous les équilibres socio-environnementaux.

En même temps qu'ils s'agrandissent à un rythme phénoménal, les nouveaux quartiers de nos villes ne sont pas viabilisés et manquent d'eau, d'électricité et d'infrastructures sociales de base. Pourquoi une telle situation perdure?

Comme exposé en réponse à la précédente question, ce sont le rythme de l'urbanisme et les méthodes d'approches jusque-là utilisées comme réponses au phénomène qui expliquent en grande partie l'absence de viabilisation des nouveaux quartiers de nos villes.
Dans un point de presse que vous avez récemment animé, vous avez évoqué l'adoption d'un nouveau plan d'action urbain. Comment ce plan est-il structuré et quelles sont les innovations majeures qu'il peut apporter dans ce secteur ?
Rappelons qu'il s'agit plus précisément d'un plan d'action entrant dans le cadre de la mise en œuvre des instructions de SEM le Premier ministre relatives à l'application des décisions du Conseil des Ministres du 31 juillet 2014 sur les lotissements privés.
Il ne s'agit donc pas d'un plan d'action urbain qui couvrirait l'ensemble des activités que mon département pourrait être amené à réaliser conformément à ses prérogatives. Les actions sont limitées aux mesures à prendre dans le cadre de l'arrêt des lotissements privés.
Ceci étant précisé, disons que le plan d'action, objet de notre point de presse du 11 septembre 2014, est structuré autour de trois actions majeures qui sont les informations, l'élaboration des textes, et l'audit des lotissements réalisés de 2004 à 2014.
En ce qui concerne les informations, il s'agit de mettre en œuvre une campagne d'information et de sensibilisation comportant des lettres circulaires, des réunions de concertations et d'échanges avec certains acteurs, des points de presse, etc. Pour l'élaboration des textes, il y a lieu de procéder à la révision de la loi n°2013-28 du 1er juin 2013 fixant les principes fondamentaux de l'urbanisme et de l'aménagement urbain, de proposer ses textes d'application, et d'une manière générale, parachever l'arsenal juridique régissant le secteur. A ce propos, il a été présentement élaboré le projet de texte révisant la loi n°2013-28 susvisée et un projet de décret déterminant les conditions et les modalités d'élaboration, d'approbation et de mise en vigueur des plans de lotissement. Ces deux textes sont en instance de transmission au Secrétariat Général du Gouvernement pour examen et adoption. L'élaboration des autres se poursuit.



Doter les villes et communes des outils appropriés de gestion urbaine...
Pour ce qui est de l'audit des lotissements réalisés de 2004 à 2014, il s'agit de faire une analyse critique des opérations réalisées. Cet audit, déjà en cours, consiste à faire des inventaires, à centraliser la documentation, créer la cartographie des lotissements, contrôler la conformité et mettre en cohérence des plans de lotissement avec les schémas directeurs là où ils existent. Tous ces états des lieux seront assortis de propositions de mesures réglementaires et d'ordre pratique susceptibles de remédier à la situation de dérapage relevée.
Quant aux innovations majeures que la mise en œuvre du plan apportera, elles pourraient se situer à deux niveaux: d'abord la réalisation des améliorations indispensables aux lotissements existants pour plus de cohérence et un bon fonctionnement urbain des périmètres lotis; ensuite, il y a l'introduction dans la loi révisée et ses textes d'application de dispositions plus pertinentes pouvant prévenir l'avènement de lotissements anarchiques, et d'une manière plus générale, une bonne maîtrise du développement urbain futur, en dotant les villes et communes des outils appropriés de gestion urbaine.
Monsieur le ministre, les Nigériens vivant dans les centres urbains sont confrontés à un problème très crucial de logements. Quelles solutions envisagez-vous pour atténuer la souffrance de ces populations?
La réponse à ces préoccupations de besoins en logements décents dans les centres urbains réside dans l'élaboration des stratégies et la mise en œuvre de programmes et projets de développement en matière d'habitat et de logement.
Dans ce cadre, je puis vous annoncer que nous avons engagé d'importantes actions nous permettant d'améliorer les conditions d'habitat de la population nigérienne en général, et des travailleurs des secteurs publics, parapublics et privés en particulier. Parmi ces cations, nous avons la mise en œuvre de la Politique Nationale en matière d'Habitat adoptée le 29 décembre 1998 (loi 98-54 du 29/12/98).
Cette politique prévoit, entre autres actions, la réalisation d'opérations de construction de logements, la réalisation de vastes programmes d'investissements d'infrastructures et d'équipements sociaux, ainsi que la réhabilitation et restructuration des quartiers anciens et irréguliers et la finalisation et l'adoption d'une Stratégie Nationale de Financement de l'habitat social.
Après son adoption, cette stratégie de financement de l'habitat social, accessible à toutes les catégories de ménages, fera l'objet d'une table-ronde des bailleurs de fonds qui permettra une mobilisation de ressources substantielles à injecter notamment dans la construction de logements sociaux.
Pour le volet Elaboration des textes règlementaires et législatifs en matière d'habitat, il s'agit entre autres de la loi portant sur la Promotion immobilière et les lois portant création des institutions de financement de l'habitat telles que le Fonds National de l'Habitat, la Banque de l'Habitat et l'Agence Nigérienne de Réhabilitation et d'Aménagements Urbains, etc.
Objectif du Programme de logements sociaux du Président de la République : construire 5000 logements sociaux en cinq ans, dans les huit (8) chefs-lieux de région

Au niveau de la préparation d'opérations d'amélioration de l'Habitat, il me plait de rappeler la réactivation des projets d'amélioration des conditions de vie et d'habitat des quartiers anciens ou sous intégrés de nos villes, projets dont les objectifs sont d'offrir un habitat minimal décent, disposant d'infrastructures et équipements de base et d'assurer l'intégration socio-économique des zones urbaines concernées.
En termes de réalisations physiques, permettez-moi de dire d'abord de citer la mise en œuvre du programme de logements sociaux de Son Excellence le Président de la République, qui consiste en la construction de 5000 logements sociaux durant les cinq ans de son mandat, et cela pour la première fois, dans les huit (8) chefs-lieux de région.
Pour le moment, les réalisations physiques se résument à l'achèvement en cours des 174 logements sociaux de Sarry Koubou dont 136 bénéficiaires ont déjà pris possession de leurs logements; la construction, en cours, de 100 logements de la Cité de la Renaissance par la SONUCI à Niamey ; la construction en cours de 198 logements par la société Fédéral Niger Développement à Niamey ; la construction en cours de 100 logements à Dosso dans le cadre de programme Dosso Sogha. A cela, s'ajoutent le démarrage des travaux de construction de 1000 logements sociaux à Niamey en partenariat avec la société DB IMMO et les acquisitions foncières pour la construction de logements sur le budget national.
Par ailleurs, deux autres contrats de partenariat public/privé de 3000 logements sont signés et les travaux sont en instance de démarrage.
Le premier contrat est relatif à la construction de 1000 logements sociaux à Niamey, Maradi et Zinder par le consortium Sadubel Consulting Limited (Sdc).
Quant au second contrat, il concerne la construction de 2000 logements sociaux par le groupe DEAPIQUADRO dans les chefs-lieux de région du Niger.
Enfin, les négociations sont en cours en vue d'aboutir à la construction de logements de 1000 unités en partenariat public privé avec le Groupe Upsand Projets Limited/Niger, et de 5000 logements en partenariat avec la Société China Gezhouba Group Compagny Limited (CGGC).
Ces mesures et actions nous permettent d'affirmer que, aujourd'hui, toutes les conditions sont réunies pour que l'année 2015 soit une année de mise en œuvre, à grande échelle, du programme de logements sociaux de Son Excellence le Président de la République.

Au regard des grands défis qui se posent au secteur de l'urbanisme et du logement dans notre pays, avez-vous les moyens humains, matériels et financiers pour réaliser vos objectifs?
Les moyens dont nous disposons sont ceux mis à notre disposition par la Loi de Finances. Cependant, vous devez vous dire que dans l'accomplissement de nos programmes, nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires qui nous apportent des appuis, notamment dans la construction de logements sociaux où nous avons signé beaucoup de conventions. En matière d'urbanisme, il revient surtout aux collectivités de prendre en charge l'exécution de leur programme. Cependant, l'Etat peut leur apporter un appui technique ou financier.

Oumarou Moussa

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