Le Sahel

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d-1Avec plus de 58% de la population constituée de jeunes, autant dire que la jeunesse est l'avenir et le potentiel de développement de notre pays. Pour en tirer le meilleur parti, le Gouvernement et ses partenaires ont élevé la question de l'éducation, notamment de la jeune fille, au centre des priorités nationales. Chaque garçon, chaque fille qui naît sur le territoire national doit être scolarisé(e), recevoir une éducation gratuite jusqu'à 16 ans au moins.
Bien que cette politique ait fait bondir le taux brut de scolarisation au Niger, certaines régions sont encore en proie à des pesanteurs. C'est le cas de la région de Tahoua, à cause de la prévalence du mariage des jeunes filles, qui demeure un obstacle à leur inscription et à leur maintien à l'école.
Mais la tendance est en train d'être inversée depuis que l'UNICEF et l'UNFPA, appuyant la politique gouvernementale, ont développé des stratégies et des approches terrain pour combattre le fléau.
Dans l'Ader, tout comme dans les régions de Zinder, Maradi et Diffa, il n'est pas rare de voir des jeunes filles données en mariage à partir de 12-13 ans. Or, ces mariages s'inscrivent dans la définition internationale des violences basées sur le genre (VBG).
Selon le représentant de l'UNFPA à Tahoua, « il existe six (6) principaux types de VBG: le viol, les agressions sexuelles, les agressions physiques, le mariage forcé, le déni de ressources, d'opportunité ou de service ; la maltraitance psychologique /émotionnelle ». En effet, qui parle de mariage d'enfant parle de mariage forcé, qui est par définition un mariage arrangé contre le gré de la personne (généralement la fille). Une dot est souvent payée à la famille et, en cas de refus, il en résulte des violences /abus ». Pour le juge des mineurs au tribunal de grande instance de Tahoua, M. Gonda Djibo Maman Sani, « des textes juridiques de droit commun et des textes juridiques spéciaux protègent l'enfant, à commencer par la Constitution nigérienne qui indique que la famille constitue l'unité de base de la communauté humaine. L'Etat assure sa protection ainsi que celle des jeunes contre l'exploitation et l'abandon ». Le Niger a également ratifié la Convention relative à la protection de l'Enfant.
Côté Education nationale, on n'hésite pas à brandir le Décret N°2017-935/PRN/MEP/A/PLN/EC /MES du 05/décembre 2017 portant sur la protection, le soutien et l'accompagnement de la jeune fille en cours de scolarité.
Bref, avec un tel arsenal juridique, les pouvoirs publics sont fondés à agir dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Mais pendant longtemps, cela n'a pas été le cas, à cause de la complexité d'une question qui touche aux us et coutumes, surtout en milieu rural où règnent l'illettrisme et l'indigence. .
Pour l'UNICEF Niger, dans une lettre de juillet 2018 sur le mariage des enfants intitulée « complément d'informations », «mettre fin au mariage des enfants peut préserver l'enfance d'une fille, promouvoir son droit à l'éducation, réduire son exposition à la violence et aux abus et contribuer à briser le cycle de pauvreté qui se transmet d'une génération à l'autre. Retarder le mariage et la grossesse peut également protéger les filles des risques de décès pendant l'accouchement et d'autres séquelles handicapantes comme les fistules obstétricales. En un mot, mettre fin à la pratique du mariage des enfants transforme des vies et améliore les conditions de vies des communautés ».
A Guidan Iddar et à Koloma, la mise en œuvre par l'UNFPA, de l'approche communautaire dénommée « Illimin » en faveur des adolescentes, est en train de révolutionner les mentalités. Dans chacune de ces deux localités que nous avons visitées, une centaine d'adolescentes âgées de 10 à 19 ans, dont la majorité sont non scolarisées, suivent des modules d'alphabétisation et de formation sous forme de conseils de vie sur la connaissance de leurs corps, l'hygiène, la reproduction. Bref, tout ce qui peut les préparer à comprendre leur futur rôle de mère. Mieux, des formations aux activités génératrices de revenus leur sont dispensées, comme la couture. Les «classes » s'appellent Espaces Sûrs. Le responsable de l'ONG Adkoul qui met en oeuvre ce programme nous indique que pour la région de TAHOUA : « il existe 116 Espaces Sûrs répartis à travers 44 communes rurales et urbaines. »
L'objectif est de « contribuer à l'autonomisation des filles et à un changement social au sein des communautés, en vue de l'abandon du mariage précoce des adolescentes et du retard de la survenue des grossesses chez ces dernières pour une meilleure prise en compte de leurs droits. » L'engouement que suscitent les Espaces Sûrs à Guiddan Idder et à Kolloma n'a d'égal que la volonté des jeunes adolescentes à suivre ces formations.
Toutes les filles que nous avons interrogées nous répondent avec enthousiasme qu'elles appréhendent mieux désormais les problèmes dont elles n'avaient pas conscience avant leur inscription dans les Espaces Sûrs. Mieux, certaines adolescentes y ont trouvé des lieux pour soigner les blessures morales résultant de l'incompréhension parentale ou les traumatismes d'un mariage précoce que les mentors et les marraines ont réussi à leur éviter. Parce que les Espaces Sûrs ne s'occupent pas que d'alphabétiser les adolescentes. Il y a aussi la dimension dialogue communautaire, à travers le travail des mentors et des marraines qui sont à la fois des lanceurs d'alerte et des négociateurs pour retarder les mariages des enfants. Bref, les programmes à base communautaire ainsi que les multiples réalisations d'infrastructures éducatives et sanitaires en faveur des jeunes que mènent l'UNICEF et l'UNFPA pour appuyer le Gouvernement dans la Région de Tahaoua ont eu un impact positif, car fortement apprécié des populations sur le terrain et soutenu par une large mobilisation des leaders traditionnels.

Par Mahaman Bako, envoyé spécial(onep)

12/10/18

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